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Lecture en ligne L'AFRIQUE: L'AFRIQUE, MÈRE DE L'HUMANITÉ Cette histoire défraye la chronique. Celle du mal, qui s'obstine à faire de l'Afrique la risée de l'universel. Va-t-elle demeurer toujours l'ombre des détresses? Non. Elle a enfanté l'humanité depuis le commencement, elle l'a vu éclore de ses propres yeux; en tout cas l'australopithèque est là pour corroborer cette affirmation. Elle a fait don d'elle-même pour que cette humanité puisse se multiplier, pour qu'elle ne dégénère dès sa genèse. Pour ce faire, elle lui a ouvert ses sources les plus vives, mis à sa disposition ses fruits les plus nourriciers, livré sa faune abondante et fourni les conditions nécessaires à sa survie. Elle n'était pas habitable de partout mais ses parties propices suffisaient pour supporter cette horde que constituait l'humanité. Pour sa sécurité elle a ouvert ses entrailles pour lui servir de gîte durant le repos afin de la soustraire du regard des fauves dangereux. Cette humanité s'est multipliée sur son sol durant des millions d'années. L'Afrique, oui l'Afrique, est témoin oculaire et auditive de l'histoire de l'humanité. Elle a suivi toute son évolution avant qu'elle ne songe à scruter de nouveaux horizons. C'est un départ qui l'a vraiment marqué. Elle ne voulait aucunement que certains d'entre ses fils partent sous d'autres cieux, mais ils étaient devenus majeurs et elle n'a pu les retenir, mais elle a pris soin de favoriser une brillante civilisation en amont du cordon ombilical qui demeurait le seul lien de communication. Et à 3000 ans avant le présent c'était déjà la civilisation la plus brillante que le monde ait jamais connu. Ils seront nombreux à venir se ressourcer au nombre des scientifiques, des philosophes, des politiques, des curieux … Mais elle ne savait pas que c'est du départ, à la limite définitif, de certains d'entre eux qu'allait survenir son malheur. Sinon, oui sinon, elle allait plier son bras d'isthme, côte asiatique, et s'écarter suffisamment de l'Europe en élargissant ipso facto le détroit de Gibraltar afin d'isoler pour de bon, du moins pour un bon bout de temps, le temps nécessaire pour faire d'elle le sésame nourricier de l'humanité, l'embryon de l'espèce humaine. Mais en disant si elle savait, on sous-entend trop tard et elle a mille raisons de regrets. Partis gratifiés des terres qui ignorent tout d'eux, ses fils aventuriers ont oublié la mère patrie qui les a tenu à bout de bras depuis leur tendre enfance. Mais elle a pris ces faits sans rancœur car elle savait qu'un jour ils reviendront vers elle, à la recherche de leur source, de leur frères restés au bercail. Mais elle se doutait que c'est de ces retrouvailles qu'allait subvenir ses malheurs. Elle aurait pu se cacher si elle savait ce qu'allait advenir de la rencontre des frères séparés pendant de longue date: esclavage, colonisation. Elle n'avait jamais pensé un seul instant que de tels faits pouvaient être de leur ressort à son égard. Elle était tellement convaincue de l'humanisme qui les caractérisait qu'elle ne se fiait de rien. Elle pensait dans son fort intérieur que c'est, somme toute, les retrouvailles des plus ordinaires, la GRANDE NOSTALGIE. Ce qui devait être célébré par des poignets de mains et des accolades l'a été par des empoignades. L'humanité allait signer la première barbarie de son existence. Les uns avec des esprits mercantilistes, les autres avec les esprits infantiles ont conjugués leurs côtés gauches pour semer le doute dans l'esprit des plus optimistes en la capacité rationnelle de l'homme. Pendant des siècles, le moral de l'humanité va être mis à rude épreuve. Mais ce qui devait arriver arriva. Et l'humanité doit apprendre à saisir les deux côtés de certaines de ces aventures humaines à savoir le bon et le mauvais. LA SITUATION A LA VEILLE DES RENCONTRES Pour voir clair dans le sujet qui va être abordé
dans le chapitre suivant il convient de faire une mise au point sur les
situations politiques en Afrique et en Europe à la veille des premiers
contacts. Ceci comptera beaucoup quand il va s'agir de situer les responsabilités. La division chronologique de l'histoire parle de Moyen Age, cette période constitue l'âge d'or de l'Afrique. Passé le cap de la civilisation égyptienne, l'Afrique n'avait jamais connu une évolution politique d'une telle portée. Une évolution continuelle sans ponctuation de crise majeure; une succession d'empires qui ne s'est jamais démentie au niveau de l'ensemble de ses quatre points cardinaux: les Empires du Ghana, du Mali, du Songhoï, du Kanem-Bornou, Zoulou, les royaumes Mossis, du Bénin, du Congo, de Monomotapa, les Etats Haussa et Yorouba, les Cités-Etats de Zanzibar, de Mogadiscio, de Mombassa, de Sofala, de kiloa,… En ce moment, et de l'autre côté, l'Europe croulait sous le poids de la féodalité; un système qui est resté un recul par rapport à l'antiquité. En Europe, durant cette période, les principes de l'Etat moderne ont été mis au rabais, une vie sociale, économique et politique à reculons comparativement à la vision économique contemporaine. Un système fait de guerres et qui imposait la mise en place, dans les châteaux, d'un plan de guerre défensif pour contrecarrer les vandales de tout bord. Un morcellement territorial sans précédant qui anéantissait tout développement et amenait tous les suzerains à faire entrave à la liberté de circuler sous peine de voir son "territoire" se dépeupler. L'agriculture et seulement l'agriculture, le commerce était nul et se limitait aux produits de l'artisanat, règles religieuses obligent. Au même moment, dans la partie occidentale de l'Afrique, les Africains établissaient les actes de commerce, se reconnaissaient débiteurs de sommes faramineuses. Ils avaient établi des cordons douaniers, percevaient des impôts sur l'entrée et la sortie des marchandises. Les citoyens s'acquittaient du payement de leurs impôts. Le rayonnement commercial était tel que les commerçants allaient au-delà des frontières pour se procurer des marchandises échangeables. Joseph Ki-Zerbo dans "Le monde noir contemporain" rapporte: "Les trafiquants de Djenné avaient dépassé le stade de petits commerçants d'occasion et mis sur pied une organisation complexe aux rouages multiples: succursales et représentants fixés dans les centres importants comme Tombouctou ; commis-voyageurs informant la maison mère des fluctuations des cours dans les diverses régions et recevant une commission sur les affaires conclues par eux. Une centaine de courriers officiels spécialisés dans les divers produits passaient de maison en maison pour porter des échantillons, indiquer les prix, offrir leurs services. Les opérations de spéculation n'étaient pas rares, surtout à l'approche des caravanes. Les fraudes non plus, comme celles qui sévissaient du temps des Askia : faux poids et fausses mesures, mélange du cuivre à l'or vierge, etc. Les grosses affaires se traitaient à l'ombre discrète des maisons. Mais l'ampleur de la place du marché au centre de la ville signifiait assez la fonction de Djenné. Mais c'est surtout dans l'organisation des transports, problème vital pour le rendement de leur métier, que les marchands de Djenné ont fait montre de leur intelligence. Au lieu de la pirogue étroite creusé dans un tronc d'arbre, les Djennéens ont créé des embarcations vastes, stables, résistants, de petits navires". Pour sécuriser cette vitalité économique, la stabilité et l'ordre dans l'empire étaient assurés par l'armée et la police du roi. L'industrialisation était amorcée. Le fer était fondu, les armes et autres outils de travail étaient fabriqués dans des forges…, et bien d'autres industries, rudimentaires bien sûr, existaient. L'éveil fut plus net encore à Tombouctou. Durant des siècles de magnificence, au gré des transactions commerciales, le savoir s'est accumulé à Tombouctou. Savoirs religieux bien sûr, mais aussi traités d'économie, d'astronomie, de droit, d'histoire, de culture générale, de mathématiques etc. Dès le 13ème tous les écrits des plus grands savants arabes mais aussi des philosophes grecs de l'antiquité, étaient présents à Tombouctou. Tous les savoirs du monde transitaient ou séjournaient à Tombouctou, y sont copiés, achetés, échangés, conservés, fixés sur du papier, à une époque où l'occident découvre tout juste ce support. Les pages s'ornent de schémas explicatifs, didactiques. On représente la course des planètes, la diffraction de la lumière ou la tonalité des cordes de musique. On y adjoint des tableaux, des formules mathématiques (Algèbre, géométrie), on compose des traités en vers1. C'était la prospérité. Sékéné Mody CISSOKO rapporte dans son article l'Intelligentsia de Tombouctou aux XV-XVIème siècles : "Leur effort [des marabouts] de répandre la culture fut très louable. Tombouctou attira des étudiants (talibé) de toutes les régions du Soudan et forma l'élite intellectuelle et religieuse de ces contrées. L'université était constituée non de facultés mais de nombreux foyers de culture, d'écoles dispersées à travers la ville. Mahamound Kâti mentionne 150 à 180 écoles au XVIème siècle; Chaque marabout disposant d'une licence pouvait ouvrir son école... Le grand centre de l'enseignement supérieur était la mosquée Université de Sankoré, dans le quartier du même nom. Sous les arcades de la Sankoré, les professeurs, venus de tous les coins de la ville, enseignaient leurs spécialités du matin au soir." A cette époque plus de 25 000 étudiants prenaient des cours dans ces écoles! Ces empires vont péricliter pour donner naissance à des royaumes. Survenue à la suite des tares de certains rois mais aussi et surtout par l'apparition d'entités solides un peu partout dans l'empire, ce dernier n'a pas pu résister à la nouvelle donne, c'était l'adaptation soit la disparition, et, comme le pouvoir ne souffre pas de partage, la deuxième solution s'est imposée. Mais nulle part n'a existé une zone tampon, la fluidité de l'espace était une réalité ; la circulation des personnes et des biens l'était aussi. Les parties savane de l'Afrique grâce à la fluidité naturelle de l'espace avaient déjà constitué des NATIONS. S'ils avaient régressé politiquement, grandeur territoriale s'entend ; l'organisation de la vie économique et sociale, …ont connu une évolution continuelle. Pour résumer les deux situations : l'Europe sortait de 10 (dix) siècles d'obscurantisme religieux tandis que l'Afrique, elle, sortait de près de 8 (huit) siècles d'évolutions politique, économique et sociale continues. RetourLES PREMIERES CAUSES DU RETARD DE L'AFRIQUE Comme depuis les premières rencontres entre Européens et Africains, l'Europe est l'initiatrice de la Traite des noirs. Les indiens utilisés dans les plantations des Antilles n'ont pas pu supporter les conditions dures de travail et mourraient en grand nombre. Les quelques noirs capturés par les navigateurs comme preuve de leur arrivée sur les côtes africaines résistaient bien à ces dures conditions de travail des plantations. Et très facilement l'idée est venue de remplacer ces indiens fébriles par les noirs africains coriaces. Mais comment faire? L'Europe est dans le besoin des produits des plantations (café, sucre,…) et il faut les noirs africains pour maintenir et augmenter les productions. Ainsi naîtra la traite Atlantique des Noirs. Une traite dont les conséquences ont fait l'objet d'études et d'estimations variées. De même, la situation des responsabilités n'a jamais fait l'unanimité. Mais une chose est sûre, c'est que l'Europe est le plus souvent dénoncée. Qu'en est-il en réalité? Epluchions les différentes situations. A la veille de la traite atlantique des noirs, la situation politique de l'Afrique était dominée par l'anarchie. Les micro-Etats en place étaient faibles pour maintenir l'ordre et la sécurité. Ces Etats s'entre-déchiraient pour de riens. Les rois pas plus que le simple citoyen, dans certaines mesures, ne laissaient entrevoir l'espérance. Les futilités servaient l'objet d'orgueil et on attachait plus d'importance à des superflus qu'à un réel développement. Les motifs de guerre étaient variés et tournaient souvent à la violence. Qu'un conseiller dans le Royaume Bambara de Ségou fasse savoir à son roi que le Roi d'à côté est entrain de gagner en notoriété et que s'il ne faisait rien, tôt ou tard, il en récolterait les frais de son imprudence, que ce dernier cherche des motifs de conflit en exigeant l'impossible pour que refus s'en suit et que se déclenche une guerre stupide. Le roi gagnait en notoriété quand il pouvait se décider sur le champ et aller capturer un roi supposé rival, l'attacher et l'alterner dans sa cour. Pour être chanté dans les louanges des griots dans le présent et le futur le roi se devait de faire de ses désirs des ordres sur les autres (roi ou simple citoyen) quitte à ce que des Etats s'écroulent ou des familles en pâtissent. A auditionner les cassettes des récits historiques, le constat est stupéfiant: une vie de défi vantardise et rarement de développement. Même l'orgueil du simple citoyen se calquait sur ces considérations sociales qui ont longtemps mis l'Afrique en retard. Posséder un nombre élevé d'esclaves était de notoriété. Des esclaves hommes et femmes le devenaient par descendance par la suite par reflet social. Le pouvoir rien que le pouvoir et chacun le voulait à sa porte et l'exercer à commencer par le roi et ensuite le simple citoyen. Avoir un groupe sur lequel on peut exercer un quelconque pouvoir de paternité était de règle. Cette chaîne de la religion du pouvoir s'enracinait jusque dans les familles où le commandement va du vieux patriarche jusqu'au cadet en passant par le chef de famille, l'aîné. Cette religion du pouvoir constitue encore de nos jours la cause principale de la déchéance de l'Afrique. Sinon qu'est-ce qui peut expliquer cette frénésie du pouvoir avec des rebellions qui foisonnent un peu partout si ce n'est le fait que les chefs d'Etat qui, s'apparentant au pouvoir, s'y agrippent et les chefs rebelles qui, en soif du pouvoir, le courtisent? L'esclave et l'esclavage font partie des mœurs et coutumes de l'Afrique et de l'Africain. Il est difficile de concevoir globalement les sociétés africaines sans l'esclave et sans l'esclavage. Dans cette situation on peut penser combien il a été vain de la part de certains empereur et roi africains d'essayer d'éradiquer ce fléau. Il n'est un secret pour personne que certains chefs de guerre se constituaient des réservoirs d'esclaves. Selon Wa kamissoko un traditionnaliste mandingue de Krina, tous les chefs mandingues ont eu à vendre leur part d'esclave et que certains comme Fakoli, un pré de Soundjata fondateur de l'Empire du Mali, s'était même constitué une réserve d'esclave qu'il a nommé Dundugu (qui veut dire la ville où on mange, qui?). Et l'anarchie régnant le plus fort pouvait capturer le plus faible, le réduire en esclavage soit pour lui-même, soit pour le vendre à la frontière voisine à d'autres commerçants noirs ou à des esclavagistes. Les prisonniers de guerre devenaient de facto esclave et travaillaient au compte du roi et certains chefs de guerre. Dans certains cas une famille qui n'arrive pas à payer son impôt per capita devait constituer un des leurs comme esclave du roi avant qu'elle ne parvienne à s'acquitter de l'impôt en question. Souvent ces monnaies d'échange devenaient des esclaves à part entière du roi. Comme on le voit toutes les occasions étaient appropriées pour se faire des esclaves. Les vieilles habitudes disparaissent difficilement et comme le disait l'autre, l'habitude est une seconde nature. Ainsi on peut imaginer ce qu'a pu constituer comme stimulant l'initiative européenne de substituer les noirs africains aux indiens. La question se pose de savoir: Pourquoi les Africains n'ont pas refusé de livrer leurs concitoyens à des étrangers pour les réduire à l'esclavage dans les plantations, sachant bien que ces derniers épargnaient les leurs? Qui pénétraient dans les confins de la brousse, dans l'arrière pays capturer les esclaves et les acheminer vers les comptoirs situés sur les côtes? Les africains, bien sûr. Est-ce qu'ils le faisaient le pistolet à la tempe? Bien sûr que non. Alors pourquoi s'esquiver et essayer de faire porter les responsabilités aux autres ? Ce sont les Africains qui sont les principaux responsables sinon les seuls responsables. Pire, il n'y avait même pas d'alternatives qui étaient à eux posées. S'ils avaient refusé, les européens auraient-ils pénétré de force à l'intérieur des terres pour capturer les Africains? Il est fort à parier que non. Et que même si les esclavagistes européens rechignaient à abandonner leurs entreprises, ils auraient peut être essayé de prendre possession de l'Afrique et se la partager comme la suite des événements l'a prouvé. Tout compte fait, les africains auraient fait preuve de responsabilité et de maturité. Mais il en a été autrement. Pourvoyeurs des marchandises sans lesquelles ce commerce n'auraient pas pu exister, les africains ont été les artisans de leurs propres autodafés, de leur propre autodestruction. Participer à la sélection puis à la commercialisation des bras valides de l'Afrique au moment où elle en avait le plus besoin, les Africains ont posé des actes insensés et imprudents à la fois. Personne parmi les Africains n'a le droit de culpabiliser quelques personnes d'autres que ce soient, si ce n'est eux-mêmes, les Africains. Regarder tout simplement les produits de l'échange, ce qu'on appelle les pacotilles: le vin, les verres, les perles, les soies,… Ceux-ci devaient constituer des motifs supplémentaires de refus d'être partenaire dans ce commerce. Les Africains se sont dévalorisés aux yeux du monde blanc: les pièces d'Inde. Tissu confectionné en Inde, une pièce d'Inde s'échangeait contre un bras valide. Drôle de commerce et de commerçant, l'esclavagiste noir africain qui vendait son frère ne sait pas qu'aux yeux de l'esclavagiste européen il ne vaut pas plus que sa marchandise et qu'il n'est pas exempt de réduction en esclavage en cas de pénurie. Partir de certains faits pour incriminer les esclavagistes européens est une faiblesse de l'esprit partisan et de révolte. Les conditions d'internat dans les comptoirs avant l'embarquement, les conditions de stockage dans les navires négriers, les crimes commis au bord de ces navires, les dures conditions de travail dans les plantations, la torture, les viols… sont autant de faits inhumains révoltants qui font oublier l'acte principal: la livraison des marchandises. Comme on le dit si bien: " Au lieu de culpabiliser ton point de chute, fais le plutôt à ton point de trébuchement." Si les Africains ne s'étaient pas livré entre eux, les esclaves n'auraient pas vécu ces conditions inhumaines? En tout cas elles se seront passées sans les Africains. D'aucuns trouveront à dire que partant de ce dicton, on peut approfondir le raisonnement et penser que si les européens n'avaient pas accostés sur les côtes africaines, rien de ces pires conditions inhumaines ne seraient pas arrivées. Je répondrais que les Africains n'ont pas attendus l'arrivée des européens pour s'adonner au commerce des esclaves. Ils avaient traité dans le temps avec les Arabes. Mais bien que les conditions de l'esclavage ne soient pas meilleures les unes par rapport aux autres, puisqu'ayant pour dénominateur commun la privation de liberté, les Africains se devaient d'être plus conséquents avec eux-mêmes. Eux qui disent être plus humains que les européens parce qu'ayant été plus magnanimes avec leurs esclaves que ne l'ont été les européens avec les leurs. Alors pourquoi être partie prenante dans un commerce dont on désapprouve les règles et la destination? Pire, l'insouciance des esclavagistes noirs n'a jamais été mise à rude épreuve devant la tournure que prenait ce commerce: la ponction démographique de plus en plus élevée, les conditions inhumaines qui étaient son lot quotidien encore moins le crime commis et le souci de préserver l'avenir. Il s'agit, maintenant, pour nous Africains d'aujourd'hui, de cesser de se considérer comme des victimes puisque tant que les Africains continueront à penser qu'ils ne sont que les victimes de l'histoire, ils ne trouveront jamais la solution à leurs problèmes. Tout se passera comme s'ils sont dans un engrenage où ils ne se trouvent être entourés que de comploteurs. Par ailleurs, au lieu de se lamenter à dire on m'a fait, on m'a fait cela; dit plutôt qu'est-ce que j'ai fait pour les en empêcher. Quand on vit c'est comme ça qu'on doit raisonner. Mais quand on veut simplement exister comme les objets dont on a le loisir de faire déplacer dans tout les sens sans qu'il y ait de résistance, on a plus droit à faire de reproches. Si les Africains avaient résisté, les européens auraient pu penser s'essayer côte asiatique. Qui sait? Mais comme il y avait un choix à faire, ils ont choisi de rallier et devenir partenaire dans ce commerce des esclaves noirs. Je ne veux pas dire que les esclavagistes sont exempts de reproches. Loin de là mon idée. Mon but est de faire prévaloir l'objectivité d'un point de vue historique sur la subjectivité résultant d'un sentiment de victimes expiatoires. Le tort, si on peut l'appeler tort, de l'esclavagiste européen, c'est d'avoir profité de la naïveté des africains, traqueurs d'esclaves, et, de l'insouciance des chefferies africaines pour donner libre cours à un commerce exempt de dignité humaine. Ceci demeure un fait établi et il le restera. Les nations civilisées d'Europe, les nations chrétiennes, ont eu au cours de l'histoire à sévir une partie de l'humanité par des pratiques humainement dégradantes qu'elles avaient interdites chez elles. Pourvus de moyens techniques (caravelle, gouvernail, boussole, astrolabe, quadrant, portulan…), les européens se sont lancés à corps perdu à la découverte de l'au-delà des mers. De l'aventure des frères Vivaldi en 1291 pour atteindre les Indes à celle de Vasco de Gama atteignant les Indes en 1498 en passant par Lanzarote Malocella aux Canaries en 1336, par Gil Eanes en 1424 au Cap Bojador, par Muno Tristao en 1441 au Cap Blanc, par Dinis Diaz en 1444 au Cap Vert, par Cada Mosto en 1450 en Casamance, par la construction du Fort de San Jorge d'El Mina (Mine de saint Georges) en 1482, par Diego Cao à l'embouchure du Congo en 1483, par Bartholemeo Diaz en 1487-1488 au Cap de Bonne Espérance, la route des Indes leur a été ouverte et les côtes africaines connues. Entre temps Christophe Colombe avait découvert les Amériques en 1492. En moins d'un siècle, ils parviennent à découvrir les côtes africaines et même atteindre l'Amérique et les Indes. Ces découvertes rattachent l'Afrique en même temps que l'Amérique et l'Asie à l'Oekumen tandis que l'Europe devient le centre du monde au détriment de la Méditerranée. Il n'en demeure pas moins qu'ils ont du mérite. Ils ont eu à faire un bond capital dans le sens du salut de l'espèce humaine c'est-à-dire les découvertes scientifiques et les progrès techniques. Les prouesses dans ces domaines avaient atteint une avancée significative et un haut degré du point de vue diversité et performance qu'ils avaient presque fait leur introduction dans presque tous les domaines de la vie. Sur la planète terre tous ceux qui avaient pris une avance certaine sur eux se verront rattraper un à un. Le machinisme avait commencé à libérer l'homme des durs travaux. Les progrès matériels ont amélioré les conditions d'existence de l'homme. La médecine a fait un progrès remarquable. Les grandes endémies et pandémies étaient devenues des mauvais souvenirs et certaines grandes maladies ont été vaincues. L'élan pris ne connaîtra pas d'éclipse, au contraire, il connaîtra une dynamisation. Le développement des moyens de communication (télécommunications, transports, moyens de transport) a permis de rapprocher des zones lointaines. Les distances ne constituent plus des obstacles. Ici, l'humanité étoffait sa domination sur la nature. La loi de Darwin de l'adaptation sinon la disparition était morte de sa belle mort comme jugement analytique. L'homme dicte désormais ses lois au "temps", à "l'espace", aux collines, aux cours d'eau, aux océans et mers, aux espèces nuisibles, … Ces prouesses sont devenues désormais des armes qu'il fallait savoir utiliser. Beaucoup d'alternatives existaient. Faut-il faire partager ces prouesses avec les autres membres de l'humanité qui, au grand regret, connaissait un retard très prononcé ? Je me demande si la question a jamais été à l'ordre du jour. Ou se garder de révéler ces découvertes à quiconque, donc de se le réserver jalousement ? Au dénouement des tiraillements de l'esprit, c'est l'égoïsme qui l'a emporté sur la solidarité, l'esprit de partage du progrès humain oubliant du coup que, somme toute, nous sommes de la même espèce et que si victoire humaine devait être; celle-ci ne le sera réellement que si elle est totale et que même une victoire partielle c'est-à-dire d'une partie de l'humanité ne sera qu'un échec. Au demeurant, ceux des autres espèces, au nombre des animés et des inanimés se feront le malin plaisir d'assister au spectacle immonde des êtres dotés de raisonnement que Dieu créa à son Image c'est-à-dire son Sosie. Le savoir de Tombouctou n'était pas l'apanage de quelques-uns. L'hospitalité était la règle, tout voyageur pouvait consulter la bibliothèque de son hôte, en faire recopier à son tour tel ou tel volume, l'échanger ou le racheter. Le savoir à Tombouctou était donc un savoir mobile, circulant de l'Andalousie à l'actuel Nigeria. Qu'à cela ne tienne ! Tant pis pour les retardataires. Dieu Le Maître Absolu a crée le monde et il lui a tourné le dos. Ce qui ne signifie pas abandon pour autant ! Il ne doit pas exister un bout de terre sans maître ou tu montres ta puissance militaire, économique et politique ou tu te fais coiffer. Mais au lieu d'utiliser ces prouesses techniques pour le bien de l'humanité, ils se sont ralliés aux traitres négriers africains. D'abord des explorateurs et des missionnaires en voyage de reconnaissance puis la Traite Atlantique des Noirs qui est à considérer comme l'acte humain de déshonneur le plus démesuré que la terre ait jamais vécu. Une entreprise mise en place au plus haut sommet par les Etats, organisée et financée par eux et les privées. Les voyages de découvertes ont été le fait de souverain. Le déploiement de grands moyens techniques et de l'organisation systématique dont a bénéficié la Traite témoigne à quel point l'être humain peut être immoral. Et quand débuta la Traite Atlantique ce sont de véritables compagnies qui vont être créées. Des grandes compagnies à tendance monopolistique; C'est le cas de la Compagnie française des Indes qui parvient à garder le monopole pendant trois ans au Sénégal ; C'est également le cas de la Compagnie hollandaise (West Indische Compagny) créée en 1625 et qui garde le monopole pendant plus de cent ans ; elle ne disparaîtra qu'en 1736. La Company Royal Adventures into Africa anglaise cède son monopole à la Royal African Company qui fonctionnera jusqu'au milieu du 18ème. A son tour cette dernière compagnie cède son monopole à la Company of Marchants Trading to Africa. Ces monopoles étaient obtenus au terme de traité, des accords d'intérêts et aux pires par les conflits. Ces compagnies présentent certaines caractéristiques communes. Elles étaient d'économie mixte avec la participation des Etats, des individus proches de la couronne et des instances politiques elle-même. L'objectif essentiel de ces compagnies était l'Assiento espagnol. L'Assiento est un contrat entre un intermédiaire et la couronne espagnole au terme duquel la compagnie s'engage à fournir un nombre d'esclaves noirs par an à la couronne. L'Assiento espagnol, qui ne disparaîtra qu'en 1789, a été d'abord acquis par les Portugais desquels il passe aux hollandais puis aux portugais ensuite aux français. Enfin il est acquis par les Britanniques à partir du traité d'Utrecht en 1713. De ces contrats, ce sont beaucoup d'Africains qui ont subi l'épreuve de la justice sommaire, la déportation, la torture, l'humiliation, le déshonneur, les travaux forcés. A la découverte de l'Amérique, des mines ayant été découvertes et des plantations créées, les populations autochtones, les Indiens, affectées à ce travail connaissaient une mortalité effroyable. Alors l'idée est venue de les remplacer par les esclaves noirs qui ont déjà fait la preuve de leur résistance dans les durs travaux du Fort de San jorge d'El Mina. En la matière il ne s'est pas agi de trouver seulement les solutions mais surtout d'inventer des tournures spirituelles d'accompagnement. Le prête espagnol Barthelo Meo De Las Casas, je cite Joseph Ki-zerbo, qui luttait contre l'emploi de ces indiens dans ces travaux a accepté la proposition de les remplacer par les Africains "Parce que si les noirs achetaient leur droit au baptême et donc le salut de leur âme par la servitude du corps, cela pouvait faire une pierre deux coups." Quel sadisme ! Le trafic des esclaves se faisait dans les comptoirs. On peut citer les comptoirs de Gorée, de Saint Louis, d'El Mina, de Ouidah ou Juda, de Luanda parmi tant d'autres. C'est sous la protection des Forts que les navires pouvaient vivre mais c'est également là que les navires étaient amarrés jusqu'à chargement. Les comptoirs étaient en fait des centres de stockage et de redistribution de marchandises et de cargaisons humaines. Ainsi les immenses caves de ces navires, spécialement construits pour ces activités ignobles, pouvaient contenir ensemble plus d'un millier d'individus ou du moins les esclavagistes en mettaient plus d'un millier. Le parcours de ces navires était ponctué de révoltes, de suicide, de sévices corporels, de viol, etc. de la part des marins qui faisaient office de surveillants et de policiers. Parfois, soit par insuffisance du stock des marchandises humaines dans le comptoir, soit pour échapper aux payements de taxe, les négriers procédaient au cabotage. Une fois le chargement réalisé, le navire prenait la direction des Amériques. La traversée pouvait alors durer un mois ponctué de révoltes, de suicides individuel et collectif, de noyade etc. Les conditions de parcage dans les navires (assis ou couchés et liés par le pied ou le cou les uns aux autres) rendaient la mortalité forte au sein des esclaves et François Régneau de dire "Nombreux dans les caves on les mène à respirer par roulement d'autant plus court qu'ils sont en nombre et on les reconduit à leur déjection, vomissure. Les relents de "flux" intestinaux blancs ou rouges, les senteurs d'épidémie ou de fièvre putride épicés de goudron. On reconnaissait de loin un navire négrier à son odeur". Les conséquences de la Traite pour l'Afrique ont été sans équivalence historique. Du fait que l'Afrique recevait des produits, son industrie est restée à l'état embryonnaire et stationnaire. C'est le cas de la métallurgie du fer, du tissage. En plus, du fait de la traite, les productions agricoles ont baissé puisqu'il y avait peu de bras valides, les autres ayant fui ou ayant été amené en Amérique. La traite a provoqué une diminution cruciale de la population. L'estimation de l'hémorragie démographie varie entre 12 000 000 à 150 000 000 d'individus. Et la perte peut s'estimer de toute autre manière car pour un Africain parti beaucoup d'autres sont morts. Jean Suret Canale notait à propos des pertes démographiques "pendant une période où la population du globe se trouvait en rapide expansion la population de l'Afrique est restée stagnante si elle n'a pas diminué, son poids relatif dans l'ensemble de la population du globe s'est trouvé considérablement réduit". Il en a résulté le déclin de la civilisation urbaine tandis que les sociétés rurales se dispersaient puisque villages et campagnes voyaient leur population partir. Il s'en est suivi pour l'Afrique un morcellement des Etats en des petites chefferies qui se faisaient la guerre pour s'enlever des esclaves. C'est l'effet du rouleau compresseur. Le corollaire de cette situation a été l'installation, partout, de l'anarchie. Ainsi, les petites chefferies, qui étaient en place, vivaient en grande partie de la prédation et éliminaient par conséquent les plus petites. La razzia devenait une activité lucrative et ceux qui s'y livraient s'enrichissaient énormément en attendant qu'un jour ils se trouvassent à leur tour enferrés et conduits à la côte. Jean Suret Canale dans "l'Afrique noire occidentale et centrale" dira à ce propos "La traite paralyse le développement des forces productives en Afrique noire : D'abord par l'énorme perte en forces de travail qui en résulta mais aussi par ses conséquences économique et politique indirectes". Donc au moment où l'humanité prenait son envol pour le progrès, l'Afrique était assignée à résidence ; et, pire, diminuée politiquement, économiquement et socialement. Cette assignation à résidence n'entamait outre mesure la conscience des esclavagistes noirs qui s'y adonnaient, au contraire, à cœur joie. Encore une fois le salut est venu du côté de l'Europe, des milieux intellectuels européens, anglais surtout et en premier lieu. Les abolitionnistes anglais ont fait un boulot énorme. Arguant à la société civile que chaque morceau de sucre et chaque pincée de café qu'elle consommait tranquillement étaient entachés de sang d'êtres humains innocents. Les anti-esclavagistes anglais ont réussi à rallier à leur cause les consommateurs par le boycott réussi des dits produits. La pression de la société civile ajoutée à celle des mouvements abolitionnistes ont fini par avoir raison de l'Etat britannique puis difficilement les autres Etats européens trempés dans ce commerce. L'esclavage sous sa forme commerciale prenait petit à petit fin. Au même moment certains esclavagistes noirs africains devaient se dire que les abolitionnistes ont gâché leurs affaires comme si ce commerce les profitait mieux. En conclusion des questions surgissent naturellement. A quoi peut-on s'attendre de mieux quand on pousse l'indélicatesse, l'indifférence, l'insouciance, … jusqu'à faire de soi-même des bêtes de somme? Quelles considérations voudrons-nous bénéficier de la part des gens au devant desquels nous avons faits preuve de comportements cannibales? De la manière dont les esclavagistes noirs s'activaient dans ce commerce, que voulez-vous que l'esclavagiste européen, installé sur les côtes africaines et qui ne connaît rien de l'intérieur de l'Afrique, pense de l'Afrique et de l'Africain? Quelle image les Africains ont-ils crées d'eux-mêmes en livrant les siens contre des perles, des tissus, du vin et autres produits dérisoires? Bien sûr, rien de positifs. Au bout du compte nous avons créé notre propre image parce que nous avons fourni les éléments nécessaires à sa construction. Et dans cette lancée ce ne serait pas du racisme si l'esclavagiste blanc a rapporté que la terre africaine est une sorte de vide politique, où l'anarchie, la sauvagerie sanglante et gratuite, l'esclavage, l'ignorance brute, la misère se donnaient libre cours. Des citoyens apatrides, oui, vous l'avez été à leurs yeux. Mais encore que dire de la couleur de votre peau, signe de la malédiction divine, descendant de Canaan, fils maudit de son père maudit Cham. Eux, autres blancs, seraient les descendants de Japhet et Sem, Dieu ayant décidé, à la demande de Noé, d'étendre les possessions de Japhet, d'habiter les tentes de Sem et de faire de Canaan leur esclave. Pourquoi ? Parce que Cham, au lieu de cacher la nudité de son père Noé, s'est tout simplement contenter de rapporter ce fait à ces deux frères qui, au contraire de Cham, se sont chargés de cacher le manteau naturel de leur père sans daigner le regarder. Suite à cette malédiction Cham serait devenu noir. Ces esclavagistes sont d'autant plus convaincus de ce signe de malheur que le noir est chez eux le signe du deuil. Fils impies de race cannibale vous l'avez été aussi à leurs yeux. Vous qui lapidez vos semblables, les dépouillez de leurs robes humaines pour les dévorer. Errant dans la nature, partageant les arbres avec les singes, les eaux avec les crocodiles et les hippopotames, la brousse avec les carnivores féroces, l'homme noir mène une vie plus que bestiale. Idolâtres à cent pour cent le nom de Dieu, l'Absolu, vous est étrange! Tout en vous est démesuré : une peau trop sombre, un nez trop épaté, une lèvre trop épaisse. Continent tropical avec un climat suffoquant : chaleur intense, chaleur humide intense, sécheresse et humidité extrêmes, l'Afrique sera considérée aussi comme le berceau des maladies ravageant comme la fièvre jaune, le paludisme, les maladies intestinales (microbiennes ou parasitaires), les épidémies de méningite cérébro-spinale, … ; des maladies qui ont été considérées comme les signes de la malédiction divine. Vivant au sommet de la barbarie vous devez, à tout prix, être arrimé au train de la "civilisation" et du "progrès". Pour ce faire aucun moyen ne sera épargné sauf ce qui a été oublié. L'absurdité des esclavagistes noirs africains n'a pas été que maléfique pour les héritiers restés en Afrique, mais aussi pour la diaspora des Amériques. Ces considérations ont entamés et continuent d'entamer le mental de l'homme africain et Afro-américain. Il est emprisonné. Il se minimise et se croit incapable. La démission de l'Africain est totale, et, pour preuve, l'ébahissement et l'émotion dégagés devant les prouesses techniques du Blanc et la confirmation de son incapacité à atteindre un jour le cap du progrès. Les Afro-américains, pas plus que les Africains, n'ont pas pu se démêler de ces considérations d'à priori infériorités par rapport au Blanc. Ce guêpier en dédale a fait tourner et fait tourner encore, d'une manière générale, les Noirs en rond même s'il y a des ébauches saisissantes qui infirment l'image qui a été établie jusque-là par les esclavagistes noirs africains. Cette image négative de l'Africain, du Noir, a été décrite par MALCOM X dans ce qui a été convenu d'appeler ses derniers discours. Cette description fait apparaître ce que cette image a pu avoir comme effets négatifs dans leur existence. Sa description est saisissante mais il a tout simplement fait l'amalgame dans la situation des responsabilités. Il disait: "Comprenez-moi bien. Jusqu'en 1959, l'image du continent africain était fabriquée par les ennemis de l'Afrique. L'Afrique était un territoire dominé par des puissances étrangères. Une terre dominée par les Européens. Et comme ces Européens dominaient le continent Africain, ils fabriquaient l'image de l'Afrique telle qu'elle était projetée dans le monde. Ils donnaient de l'Afrique et des peuples d'Afrique une image négative, une image haïssable. Ils nous faisaient croire que l'Afrique n'était qu'une terre de jungles, un territoire seulement bon pour les animaux, une région de cannibales et de sauvages. C'était une image haïssable. Ils réussissaient en fait si bien à montrer une image négative de l'Afrique que nous autres, originaires de l'Afrique de l'Ouest, nous autres, les Afro-américains, nous estimions que l'Afrique était en effet un endroit détestable. Nous considérions les Africains comme des personnes détestables. Nous qualifier d'Africains, c'était à nos yeux nous traiter en domestiques, en personnel de maison, c'était parler de nous en termes péjoratifs. Pourquoi? Parce que les oppresseurs savent qu'on ne peut pas demander à quelqu'un de détester la racine sans lui faire détester l'arbre. Vous ne pouvez détester vos origines sans finir par vous détester vous-mêmes. Et comme nous sommes tous originaires d'Afrique, on ne peut pas nous faire détester l'Afrique sans nous faire nous haïr nous-mêmes. Tout a été combiné avec une grande habileté. Avec pour résultat? Ils se sont retrouvés avec vingt-deux millions de Noirs sur les bras, ici, en Amérique, qui détestaient tout ce qui, en eux, leur rappelait l'Afrique. Nous détestions les caractéristiques Africaines, oui, les particularités africaines. Nous détestions nos cheveux. Nous détestions notre nez, la forme de notre nez; la forme de nos lèvres, la couleur de notre peau. Eh oui, c'est la vérité. Et c'est vous qui nous avez appris à nous détester nous-mêmes en nous manipulant pour que nous détestions la terre de nos ancêtres et tous les peuples de ce continent. Tant que nous détestions l'Afrique, nous nous détestions nous-mêmes. Tant que nous détestions les soi-disant caractéristiques Africaines, nous détestions notre propre aspect. Et vous m'appeliez le prédicateur de la haine ! Mais c'est vous qui nous avez appris à nous détester. Vous avez appris au monde à haïr une race tout entière, et maintenant, vous avez l'audace de nous reprocher de vous détester pour la simple raison que nous n'aimons pas la corde que vous avez mise à notre cou. Quand vous apprenez à un homme à détester ses lèvres, les lèvres que Dieu lui a données, la forme du nez que Dieu lui a donnée, la texture des cheveux que Dieu lui a donnée, la couleur de la peau que Dieu lui a donnée, vous commettez le pire crime qu'une race d'homme peut commettre. Voilà le crime que vous avez commis. Notre couleur s'est transformée en chaîne, une chaîne psychologique. Notre sang, le sang africain, est devenu une chaîne psychologique, une prison, car nous en avions honte. Nous croyons... Ils vous le disaient en face, et ils prétendaient ne pas l'être, pourtant ils l'étaient Nous nous sentions emprisonnés parce que notre peau était noire. Nous nous sentions emprisonnés parce que du sang africain coulait dans nos veines. Voilà comment vous nous avez emprisonnés. Il ne vous a pas suffi de nous amener ici et de faire de nous des esclaves. L'image que vous avez créée de notre terre ancestrale, l'image que vous avez créée de notre peuple sur ce continent était un piège, une prison, une chaîne, la pire forme d'esclavage jamais inventée par une soi-disant race civilisée, une nation civilisée depuis la nuit des temps. Le résultat s'en fait encore sentir aujourd'hui chez les nôtres. Comme nous détestions notre sang africain, nous ne nous sentions jamais à la hauteur, toujours inférieurs, toujours sans ressource. Et dans un tel désespoir, où trouver la Force de s'en sortir." Pauvre Malcom X, le blanc n'a absolument rien inventé, ce sont tes ancêtres esclavagistes qui t'ont mis dans la merde. Que l'Afrique, œuvre à la création d'une meilleure image d'elle-même, je jure que le monde l'appréciera à sa juste valeur. A l'image des victimes de l'holocauste les milieux politiques et la société civile réclament réparations à l'Europe et aux Etats-Unis pour les dommages causés par la Traite Atlantique des noirs. Je poserais tout simplement cette question: "Milieux politiques et société civile quelle année attendez-vous pour réclamer les réparations pour les différents Programmes d'Ajustement structurel, renforcés ou non?" Que réclamez-vous aux descendants des esclavagistes noirs Africains? Sont-ils innocents? Pour ma part la responsabilité des descendants des esclavagistes blancs se résume à une responsabilité morale. Il est trop prétentieux et calculateur à la fois que l'Afrique demande réparation matérielle ou financière par rapport à la Traite Atlantique des Noirs. Je vais revenir là-dessus. RetourLa colonisation, cet autre fait de l'histoire tenu
comme responsable de nos malheurs La cupidité à l'origine des conquêtes Comme démontré plus haut la colonisation a été une suite logique de l'entreprise de l'homme blanc. Sans mettre sous silence sur ce qui sous-tendait ces conquêtes c'est-à-dire l'esprit machiavélique pour les frics de la part du colonisateur, l'Afrique n'avait pas fait montre d'aucune maturité. C'est ainsi qu'à la suite du succès emporté par les mouvements abolitionnistes de l'esclavage en Europe, que l'Europe va marquer le tournant dans ces relations avec l'Afrique. A quoi bon d'acheter des esclaves si on peut prendre possession des terres et de tous les biens qui s'y trouvent ! Des monopoles sur les côtes Africaines à l'établissement des zones d'influence, l'Afrique sera au centre des intérêts des diplomates européens. Ce qui a constitué le préalable à son partage. A la conférence de Berlin en 1885 plusieurs puissances vont se mettre d'accord pour la placer, entièrement ou partiellement sous leur souveraineté. Il est vrai que la conquête de l'Afrique ne tient, en réalité, qu'au seul esprit de cupidité qui animait les tenants. La découverte imprévue du diamant au Transvaal en 1867, puis de l'or du Rand en 1881, et du cuivre de Rhodésie a fini par ranger l'Afrique parmi les terres, comme l'Australie et les Amériques, à conquérir. La succession des découvertes minières, réveillèrent les vieilles légendes sur la présence de l'or dans d'autres régions. Tombouctou était pavé d'or, les trésors étaient enfouis dans les montagnes d'Abyssine, "des pays aussi déshérités que le Bahr El Ghazal, par exemple ont été décrits par des savants aussi réputés qu'un Elisée Reclus, … comme d'une rare fertilité… Cinquante millions d'habitants vivraient à l'aise dans cette contrée", " le Sahara nourrirait une douzaine, sinon même deux douzaines de millions d'hommes". La cupidité a été sans commune mesure comme le décrit très bien Joseph Ki-Zerbo: " L'occupation côtière ne suffisait pas pour revendiquer l'hinterland, à moins que celui-ci soit occupé avec notification aux puissances. Les bassins du Congo et du Niger étaient déclarés libres pour le commerce international. Ce fut donc la ruée sur l'Afrique et probablement le principal méfait de l'impérialisme. En 1880 à peine un dixième de l'Afrique était vaguement occupée par les Européens. En moins de vingt ans, tout le reste va être pris. On prend parce que l'on pense en avoir besoin pour protéger des prises antérieures ; puis on prend parce que c'est à la portée de la main ; puis on prend pour devancer le voisin ; on finit par prendre pour prendre, comme en temps de pénurie, parce que "cela pourra toujours servir", ne serait ce que comme monnaie d'échange. Les méthodes sont à peu près partout les mêmes. Le bluff et les "traités" extorqués alternent avec la liquidation de toute résistance et au besoin les massacres. Il est impossible de décrire par le menu cette fièvre prédatrice, dont les grands "champions" furent incontestablement la Grande-Bretagne, la France, le roi des Belges Léopold II et, sur le tard, l'Allemagne de Bismarck". L'élan des
colonies brisé et l'oppression érigée en règle Il est vrai aussi que la colonisation a été avant tout un système d'exploitation économique sans aucun appareil de développement digne de ce nom mais seulement des éléments embryonnaires d'unités commerciales destinées à faciliter le bradage des ressources naturelles. L'exportation des matières premières et l'importation des produits fabriqués demeurent, dans le système colonial impérialiste, la caractéristique de l'économie des pays colonisés. Le capital importé sert surtout dans le commerce d'importation et d'exportation. Ce qui a conduit à la disparition des industries locales. Elles ne l'ont pas été ipso facto quoique leurs produits finis aient été, d'un certain point de vue, d'une facture plus élevée. C'est toute une machine de guerre commerciale qui a été mise en œuvre pour cette fin. De l'application de la loi de la jungle capitaliste aux industries locales, ils ont fini par adopter des politiques de prix assorties de subvention au commerce de leurs produits pour faire sombrer totalement les industries locales. L'industrie locale d'armement a été tout simplement anéantie. D'abord réglementée pour une fin de sécurité des colons, la production d'armement a été par la suite suspendue puis interdite. La qualité de la fonte du fer des ancêtres a été appréciée mais elle devait disparaître pour le bien de la métropole et de son industrie lourde. Pour cela des barres de fer vont tout simplement être écoulées à vils prix sur le marché. Les industries du textile, des produits alimentaires, … vont toutes être victimes de cette machine destructive. Que dire de l'affreux système d'indigénat qui a frappé l'Afrique. Il consistait à donner aux autorités administratives le droit de frapper les sujets, pour employer la terminologie officielle, de sanctions pénales, sans avoir à se justifier devant aucune autorité judiciaire. Les textes définissant les infractions sont ambigus. Les infractions portent entre autres sur : - le refus de payer les impôts, amendes ou de rembourser toute somme à la colonie, ainsi que l'exécution des prestations en nature ; négligence dans ces payements et dans l'exécution de ces prestations. - le refus ou négligence de faire les travaux ou de prêter les secours réclamés… dans tous les cas intéressant l'ordre, la sécurité et l'utilité publique - tout acte irrespectueux ou propos offensant vis à vis d'un représentant ou d'un agent de l'autorité. "Ainsi, on sanctionnera le "défaut de salut" au commandant du malheureux qui, faute d'inattention, aura omis au passage de l'administrateur de se mettre au garde-à-vous en faisant le salut militaire". Les indigènes n'étaient pas des citoyens de la métropole et n'avaient pas le droit de voter ? L'accès au titre de citoyen passait par la validation de certains critères. La citoyenneté donnait le droit de voter mais ne met pas au même pied d'égalité avec le citoyen blanc en termes de justice. L'indigène devenu citoyen était toujours sous le coup du système judiciaire de l'indigénat. Les pénalités prises par l'administrateur restent sans recours et la sanction de la décision par un arrêté du gouverneur n'était qu'une simple formalité. "L'emprisonnement administratif est généreusement utilisé quand on a besoin de main-d'œuvre". L'oppression culturelle tenait une bonne place dans la politique coloniale. La conviction était que toute culture nationale est prise de conscience: elle peut devenir un moyen de résistance. Il s'agissait de s'atteler à la dépersonnalisation de l'indigène. La justification coloniale est, selon Jean Suret-Canale, qu'elle s'applique à des peuples barbares, sauvages, des "peuples enfants", incapables, sans personnalité. Et comble de manquement, toute manifestation culturelle indigène était assimilée à de la barbarie. Les missionnaires y voient au besoin, en plus, le signe d'une manifestation démoniaque. Les instituons africaines en place ont soit été utilisées comme instrument de politique coloniale dans la mesure où elles favorisent le système, soit purement et simplement détruites au cas où elles se seraient posées en obstacle au système colonial. Il en fut ainsi de ce que l'Afrique avait assimilé de culture arabe des siècles durant. Les maîtres coraniques sont tout simplement réduits à la misère coupant ainsi l'arbre jusqu'à la racine. Le pillage des "brevets" scientifiques et littéraires de l'Afrique fut une catastrophe. Selon Joseph Ki-Zerbo, au cours des conquêtes, les manuscrits saisis dans les bibliothèques des vaincus furent soit détruits, soit se perdirent dans les collections privées, soit expédiés vers la métropole. Ainsi les indigènes vont se voir exproprier des trésors de savoirs écrits, accumulés par tant d'efforts intellectuels pendant des siècles et touchant à tous les domaines de la vie et à toutes les disciplines scientifiques et littéraires, désormais propriétaires de la métropole. Les tenants de ces manuscrits, les intellectuels, les savants seront malmenés, réduits à la misère. Cette oppression contre l'intellectualisme indigène sera le pivot de la politique coloniale pour faire accroupir à jamais les indigènes sous le joug de la domination et de l'exploitation coloniale. Selon Jean Suret Canal les écoles modernes introduites l'ont été tout simplement pour former au besoin des fonctionnaires indigènes de niveau plus ou moins élevé. Le retard économique et social, les conditions générales de vie misérables qui sont l'apanage de l'économie de traite se reflètent dans l'état de l'enseignement : "Plus est accusée l'arriération économique et technique, moins on a besoin de cadres instruits ; plus le système est oppressif, plus l'instruction apparaît comme un danger. Pour le régime colonial, l'instruction des masses présente un double péril : en élevant la qualification de la main-d'œuvre, elle la rend plus coûteuse; d'autre part, elle conduit les masses colonisées à prendre conscience de l'exploitation et de l'oppression auxquelles elles sont soumises. Mais d'autre part, l'appareil d'exploitation économique, d'oppression administrative et politique, ne peut fonctionner sans un minimum de cadres subalternes autochtones, courroies de transmission et agents d'exécution… pour la colonisation. L'instruction est un mal nécessaire. On s'efforcera donc de limiter sa diffusion au minimum strictement indispensable en quantité comme en qualité. Et puisqu'on ne peut se passer de l'enseignement, on cherche à l'utiliser au mieux des intérêts de la colonisation. La dépersonnalisation culturelle entre ici dans les moyens de cette politique. On donnera à ces agents subalternes une formation purement métropolitaine, on les convaincra de la supériorité exclusive de cette culture européenne dont ils ont le privilège d'obtenir quelques miettes, et on leur inculquera qu'elle les place bien au-dessus de leurs frères restés sauvages, incultes. Jean Suret Canal précise qu'en même temps on s'efforçait de modeler les subalternes suivant les règles du "bon esprit" : ils devaient reconnaître la supériorité du blanc, de sa civilisation qui les a sauvé de la cruauté sanguinaire des "roitelets barbares", lui vouer respect, reconnaissance et surtout obéissance. S'ils sont autorisés à marquer la distance qui les sépare de la vile multitude, ils sont expressément invités à ne pas oublier celle qui les sépare des maîtres européens : on leur rappelle qu'on ne peut, en quelques années, s'élever au niveau d'une civilisation millénaire." La dépersonnalisation des élèves exige que l'on écarte l'emploi des langues locales. L'apprentissage de la langue métropolitaine est le premier objectif de l'enseignement. Pour palier au danger de l'éveil de conscience de l'enseignement on s'efforcera de la vider de tout ce qui n'est pas indispensable aux pratiques de la colonisation. Les programmes éliminent donc toute culture générale, toute discipline susceptible de développer la réflexion : l'histoire locale n'est enseignée que sous forme d'une apologie de la colonisation ; la grandeur et la noblesse de la mission civilisatrice de la métropole. Le système colonial restreignit les possibilités d'expression politique proprement africaine. Ce sont les résistances armées, les mouvements religieux et l'action politique moderne dont les premières actions apparaissent parmi les premiers ouvriers (cheminots du Dakar-Niger) et les évolués. On s'efforcera tout le long de la colonisation de détourner les regards curieux et dérangeants des colonies pour ne pas étaler sur la place publique le système d'exploitation et l'administration surannés qui s'y pratiquent. Aussi toutes mesures sont-elles prises pour que rien ne filtre de ce qui se passe en Afrique : "Les voyages de journalistes, quand il y en a, sont habituellement suscités et payés, pour chanter la gloire du ministre des colonies ou du gouverneur général, et, par conséquent les bienfaits de la colonisation, tout en vouant aux gémonies les mal informés et les aigris qui découragent par leurs critiques intempestives les "acteurs courageux de la grande épopée coloniale… Agents de commerce ou fonctionnaires coloniaux étaient tenus au silence par la solidarité ou simplement par le désir de ne pas briser leur carrière". Et comme si cela ne suffisait pas l'Afrique sera mise à contribution dans les deux guerres, guerres dans lesquelles elle se trouve étrangère. Selon Jean Suret Canal les deux guerres mondiales vont mobiliser près de 400 000 indigènes sans compter la participation à l'effort de guerre pour approvisionner en denrées alimentaires et en matières premières les machines de guerre européennes. Des systèmes
d'exploitation économiques d'autres temps Selon Jean Suret Canal les investissements
productifs étaient insignifiants. L'accent était mis sur les cultures
d'exportation. Et elle devenait obligatoire au besoin par l'impôt malgré la
misère très prononcée du paysannat. L'objectif n'est pas d'engager les moyens
techniques pour une productivité élevée mais d'acheter peu et à un bas prix :
"L'extrême faiblesse de la productivité, correspond à la médiocrité des
moyens techniques mis en œuvre, le niveau très bas des prix à la production,
imposé par les sociétés de traite et sanctionné par les "mercuriales"
administratives, faisait obstacle au développement d'un incitant économique à
la production. L'autoconsommation à l'intérieur de la famille patriarcale,
quelques échanges marginaux sur les marchés locaux assuraient aux populations,
dans leur cadre traditionnel, une subsistance médiocre. L'attrait des
marchandises importées, souvent d'utilité douteuse, ne pouvait suffire à
pousser le paysan à de nouvelles cultures destinées au marché ; au surplus, ces
nouvelles cultures ne pouvaient se développer en règle générale sans une
limitation ou une régression des cultures vivrières, elles-mêmes à peine
suffisante à assurer la survie des populations, frappées de disettes
périodiques. A défaut d'incitant économique, l'obligation de l'impôt personnel
constituait un excellent moyen de pression. Pour se procurer l'argent
nécessaire à la capitalisation… le chef de famille patriarcale se voyait
obliger de consacrer une partie des champs familiaux à des produits exportables
marchands, c'est-à-dire en règle générale des produits exportables".
D'après Jean Suret Canale les logistiques de transports réalisées suivaient le
cheminement du commerce de traite. Ports, chemins de fer et pistes sont à la
mesure de la médiocrité du commerce de traite. Les chemins de fer ne formaient
pas un réseau mais simplement une série de voies de pénétration rudimentaires.
Il s'agissait de voies stratégiques liées au port et construites pour joindre
les biefs navigables des cours d'eau de l'intérieur. Ce n'est donc pas un fait né d'ex-nihilo. L'Afrique a toujours préparé le terrain pour les ingérences de toute nature. Les faits qui se sont déroulés après les indépendances ne me démentent pas. Les programmes d'ajustements structurels sont de ces types de solutions apportées par l'extérieur. Pendant de longues années les Etats africains ont brillé par le népotisme de toute sorte. Copinage, cousinage, amical ont constitué au quotidien les lits des malheurs des Etats africains. Les sociétés et entreprises d'Etat mal gérées, les effectifs pléthoriques dans l'administration, les emplois fictifs, les postes fictifs, les employés fictifs, les frais de mission des personnalités de l'Etat surestimés, les trains de vie de l'Etat à la démesure de ses moyens, … sont autant de faits qui ont été tolérés et qui ont contribué à faire sombrer les maigres ressources de l'Etat. La liberté d'expression n'était pas tolérée et les opposants se cachaient pour s'exprimer par des sobriquets ou s'exiler tout simplement. Aucune mesure, au pire des cas, des mesures timorées, n'a été prise pour remédier à cet état de fait. Or une simple rétrospection historique permettait de se rendre compte de la conception qu'ont les citoyens du pouvoir. L'immobilisme avec lequel les affaires des Etats africains ont été traitées a toujours créé des situations d'attentisme des réactions internationales. La démocratie a été recommandée au sommet France-Afrique de la Baule, dans les hall des Institutions de Brettons Wood les programmes d'ajustement structurels ont été ficelés par des étrangers pour l'Afrique parce que selon Soumana SACKO, ancien Premier Ministre du Mali sous la Transition démocratique et Président du Forum pour le Renforcement des Capacités Africaines, les Africains n'avaient pas la capacité de le faire, et, enfin à Ouagadougou la leçon de la bonne gouvernance a été dispensée au Forum regroupant certains chefs d'Etat africains. Par ailleurs, il est devenu coutumier de traiter la colonisation de tous « les péchés d'Israël. » La colonisation serait le responsable du malheur et du sous-développement de l'Afrique. Qu'à cela ne tienne. Mais quelles sont les institutions africaines qui ont été réhabilitées au lendemain de la colonisation c'est-à-dire après les indépendances? Quelles sont les œuvres scientifiques et littéraires qui ont été inventoriées et valorisées? En ce qui concerne l'oppression culturelle, quels sont les us et coutumes qui ont fait l'objet de légifération? Les citoyens se reconnaissent-ils dans les textes qui les régissent? N'eût été l'avènement de la démocratie, cela grâce au « concours » de la "métropole", combien de pays africains tolérait la liberté d'expression? En ce qui concerne le bradage des ressources naturelles quel est le pays subsaharien qui a pu exploiter au mieux ses ressources naturelles pour le développement? Il n'y en a pas. Et pourtant ce ne sont pas les ressources qui manquent. Scandales géologiques par excellence, certains pays comme la République Démocratique du Congo, l'Angola, la Guinée, le Gabon, le Congo Brazzaville, ... qui renferment les ressources naturelles les plus recherchées au monde pataugent au bas du classement des pays développés. L'exploitation des ressources n'est plus entre les mains de la métropole. Laissons nos boucs émissaires dormirent enfin en paix. Pour toute réponse à ces questions, l'honnêteté
intellectuelle nous oblige à répondre par la négative, c'est-à-dire rien. Mais
depuis l'année charnière des indépendances, 1960, les milieux politiques et
intellectuels ne cessent de chanter sur tous les toits que la colonisation a
mis en retard l'Afrique par la politique qui l'a sous-tendu depuis.
Paradoxalement, ils demeurent incapables d'initier le changement attendu. Alors
pris dans leurs propres dits et par leur immobilisme devant l'évolution de la
situation internationale, les dirigeants africains facilitent l'ingérence
factice de l'ex-métropole qui nous vient comme dresseuse des situations, mais
dont les actions font l'objet d'interprétations diverses. C'est vrai que toutes
les actions ne sont pas de la philanthropie, mais il est urgent aussi que les
dirigeants africains comprennent que l'Afrique n'est pas une exception sur la
scène internationale mais que c'est leurs comportements à eux qui en font une
exception. Les dirigeants africains doivent cesser d'attendre, au contraire ils
doivent souvent anticiper sur le cours de l'évolution politique et sociale. L'APRES-COLONISATION A la fin de la colonisation l'Afrique a poussé un grand ouf ! Pour elle c'était la fin des calvaires qui n'ont que trop duré. Pour l'heure, l'esclavage n'était, ni plus ni moins, qu'un vieux souvenir. Déjà, elle avait classé la colonisation dans son passé lointain pour ne plus se souvenir d'elle. Mais c'était oublier que la hantise de la colonisation est mille fois plus ravageant que la colonisation elle-même. Le malheur, c'est qu'aucune préparation n'a été faite, au préalable, pour déblayer les terrains politique, économique, social, culturel, etc. de la colonisation et de ses fléaux. L'indépendance a tout simplement été confisquée par des parvenus intellectuels n'ayant aucune connaissance des savoirs, des savoir-faire ; des valeurs ancestrales qu'ils méprisent d'ailleurs. Qui plus est, ils se déchiraient entre eux pour l'accession au pouvoir. Le pilotage des mouvements d'indépendance par ces pseudo-intellectuels, acculturés, assimilés, dualistes, formés pendant la colonisation pour les besoins de la cause, a été une grande erreur. Il aurait dû l'être par les forces imprégnées des vertus traditionnelles. Et c'est là qu'on peut dire que l'Afrique est mal partie pour, ainsi, paraphraser René Dumont. Des faux dirigeants de l'après-colonisation, manquant de flexibilité nécessaire, ont échoué dans cette tentative fatale de retour à l'authenticité, à ce qui faisait l'être des fils de l’Afrique. Le toilettage n'a pas été possible parce que tout simplement les acteurs n'étaient, eux-mêmes, pas disposés à subir les "supplices". Ils avaient fait le parti pris de tous ceux que le colonisateur leur avait enseignés à savoir : - Que la civilisation métropolitaine est la meilleure des civilisations dont ils ne reçoivent, là, qu'une miette partie, - Que l'assimilation de cette civilisation leur met à un rang supérieur au reste des indigènes. - Et qu'avec cette civilisation ils doivent
marquer la distance avec les autres indigènes. Des groupes conservateurs dans les confins lointains de l’Afrique l'avaient compris, mais leur soulèvement n'ira pas loin. Le poussin sera, tout simplement, tué dans l'œuf. Il en a été de même pour les quelques intellectuels avertis qui luttaient pour la fin de l'exploitation économique, de la domination politique, de l'oppression culturelle de l'Afrique: Patrice Emery Lumumba, Gamal Abdel Nasser, l'Empereur Haïllé Sélassié 1er le Négus, Ben Bella et Kwamé Krumah, Modibo Keïta, Sékou Touré, Amilcar Cabral, ... La liste de tous ceux qui tombèrent en Afrique pour avoir voulu d'une indépendance autre que celle pensée dans les capitales occidentales est interminable. L'histoire de la décolonisation est l'histoire des crimes crapuleux, d'attentats en tous genres et de complots permanents. Les sévices des services spéciaux occidentaux, "des barbouzes" aguerris dans l'art de la déstabilisation politique, du coup d'Etat militaire, de l'assassinat, des génocides ethniques ont ouvert des plaies béantes. Personne n'a le droit d'oublier et la jeunesse africaine, plus que toute autre, doit apprendre à connaître les sacrifices de ceux dont le rêve a été de lui ouvrir une voie autre que celle voulue par l'occident, dont elle paye aujourd'hui et plus encore demain les conséquences. Ces intellectuels ont été traqués jusque dans leur dernier retranchement avec la complicité de certains frères africains. Oui personne d'autre n'est venue traquer ces intellectuels et dirigeants africains, si ce n'est les africains eux-mêmes. C'est cette évidence des faits qui créent la frustration. Quand les bâtisseurs africains parlent de conscientisme, de sursaut national et supranational, de travail, de vertu, d'intérêt général, … d'autres, les taupes ceux-ci, sont là à nourrir des intérêts personnels pour le pouvoir comme au bon vieux temps. Aucun Français, aucun Anglais, aucun Portugais n'est venu traquer un président africain sur le sol africain. L'esprit infantile et primaire des comploteurs africains, leur immaturité, leur manque de discernement, … ont contribué à faire de l'Afrique une poudrière de coups d'Etat comme au temps des chefferies à l'époque de la traite Atlantique des noirs. Le problème est que, à quelques exceptions près, aucun renversement de régime en Afrique ne s'est soldé par une bonne gouvernance ou un développement conséquent. Qui a fait du président guinéen Sékou TOURE, qui n'est pas exempt de reproches non plus, un sanguinaire? Rien d'autres que les vagues de complots qui se tramaient dans les pays voisins et sur son sol; l'environnement politique. Qui a écarté Gamal Abdel Naser du pouvoir? Ses propres chefs militaires. Patrice Emery Lumumba torturé à mort par ses propres concitoyens. L'Empereur Haïllé Sélassié 1er, le Négus, mort étranglé. Ben Bella et Kwamé Krumah renversés par des coups d'Etat militaire par leurs propres militaires. Qui a assassiné Modibo Keïta? Ses propres milices qui, auparavant, avaient saboté son régime par les excès de toute sorte. Amilcar Cabral, leader du Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap Vert, assassiné. D'aucuns diront que les choses ne sont pas aussi simples que ça; je répondrais qu'il ne faut pas non plus trop compliquées les choses. Il est vrai que certains leaders ne sont pas des exemples de classe, mais les putschistes se doivent de cesser d'agir avec la bénédiction de l'extérieur. Quand vous devenez les artisans de votre propre autodafé! Et "Jean ne valant pas mieux que Paul" certains régimes révolutionnaires vont surtout se singulariser en tant que machine de répression dirigée contre des soi-disant comploteurs avec l'extérieur dont certains étaient des innocents mais aussi, et surtout, les visionnaires des plus avertis. Des opposants politiques, de simples concurrents dans la cour à une femme, des concurrents économiques etc. vont, tout simplement, subir la justice sommaire pour haute trahison et connivence avec l'ennemi et cela sur un simple "pointage" d'index des indicateurs qui ne sont pas au-dessus de tout soupçon. La peur au ventre, l'effort réel de ces dirigeants se portaient sur la survie du régime et non l'épanouissement des peuples. A la suite de ces régimes sanguinaires, les coups d'Etat vont entrer à la mode. Des groupes de soldats à la solde de l'extérieur vont se ruer à l'assaut du pouvoir. Et de cette ruée, ce sont les peuples et les richesses minières qui vont en pâtir. Les régimes faibles (militairement s'entend) deviennent des proies faciles à saisir. Et c'est simple. Les marionnettistes provoquent une rébellion quelconque maquillée en complicité tacite avec des subalternes rebelles qui ne savent pas trop ce qu’eux-mêmes veulent, le pouvoir ou quelques grains de poudre d'or ou de diamant, et présentée comme une émanation des populations autochtones et assurent l'approvisionnement en armement nécessaire pour ce faire. Les subalternes rebelles africains créent des zones tampons autour des gisements miniers, dilapident les ressources minières pour alimenter un trafic international dont les relais ignobles se trouvent être des frères africains de sang. Des rébellions dédoublées de carnage et de génocide planifiés sévissent en toute impunité et au meilleur des cas ils sont tout simplement décriés. Alors Nations civilisées qu'avez-vous fait de la Déclaration Universelle des droits de l'homme et de l'enfant en ces parties concernant le droit à la vie? Le Burundi, le Rwanda, l'Angola, la Sierra Leone, le Liberia, la République Démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, la République Centrafricaine sont autant de terres d'horreur et de honte pour l'Afrique. Ce ne sont pas tout un contingent d'agents de services spéciaux étrangers qui ont atterri sur le sol africain pour rendre inhospitalières ces parties de l'Afrique, mais ce sont des frères Africains armés qui se livrent à des désastres humanitaires sur leurs propres populations. Le crime pour le crime reste le cas des coupeurs de mains et de têtes et les auteurs de mutilation. Les "commanditaires étrangers", si commanditaires il y a, ont quand même plus besoin de poudre d'or et de diamant que des mains ou des têtes coupées. Aux vues de ces horreurs on est tenté de poser la question à savoir à qui profite ces crimes? Bien sûr que l'arsenal engagé ne peut provenir des peuples "qui n'ont jamais rien inventé, ni la poudre, ni la boussole". Mais pas d'amalgame. Les contingents sur les fronts de la rébellion n'ont pas été héliportés. Ce sont tous des Africains dédoublés de maquisards nés. L'habitude de tout mettre sur le dos de l'injonction extérieure doit être bannie à jamais. Il est impérieux de réfléchir à la question pourquoi ces désastres n'arrivent qu'à l'Afrique et aux Africains. Pourquoi ça n'arrive pas aux autres? Pourquoi sont-ils plus faciles à manipuler? Rien d'autre que par un manque de responsabilité et de crédulité. Et quelque soit les injonctions extérieures, personne ne pourra me tenir le contraire qu'un Mobutu Sésé Séko n'est rien dans la décadence de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre). Idem pour la Sierra Leone avec les rebelles du R.U.F., la République Centrafricaine avec Ange Félix Patassé et les rebelles, le Libéria avec les différents fronts rebelles, la République du Congo avec les rebelles et Dénis Sasoun N'guésso, la République de Côte d'Ivoire avec les héritiers de Feu Félix Houphouët Boigny, l'Angola avec les rebelles de l'U.N.I.T.A., le Burundi, le Rwanda, avec les génocidaires… Dans la suite logique de la prise du pouvoir par la force c'est le zèle de la toute puissance qui voit le jour. Ici on se couronne empereur, là bas on se proclame père de la nation, de l'autre côté on se crée des paradis terrestres au milieu des tonnes de misères, etc. Inconscients que vous êtes! C'est tout simplement écœurant. Il faut que les choses marchent autrement. Mais qu'est-ce qui reste à faire au peuple si les gangrènes du pays sont les dirigeants? Une seule chose: la révolution par les armes ou la révolution par les urnes. Aucune option n'est à écarter. Mais les actions sous coupole ne valent pas mieux non plus. Une jeunesse au bord de la défaillance De ces
dirigeants stéréotypés,
l'Afrique a à faire maintenant à des jeunes en manque de
repères,
d'orientation, d'exemples… à la mesure des illustres
disparus; une jeunesse
laissée à elle-même, s'autoéduquant dans un
labyrinthe d'influences au gré des
vagues de modes vagues ou consommant, tout simplement, à souhait
ces
stéréotypes sans origine. Hé! Fiston l'enfance
n'est pas, ipso facto, source
d'errements. Comme on le dit si bien "Un enfant éveillé
est à même capable
de malaxer le dèguè (bouillon de mil fait sous forme de
pâte) des
adultes." Jeunes, ne vous sous-estimez pas. Ayez confiance en
vous-mêmes.
La confiance est la base de tout succès. Un peuple qui doute de
lui-même, de
ses capacités, de ses valeurs intrinsèques est un peuple
sans avenir. Donc ayez
confiance en vous-mêmes et faites surtout la part des choses. Le
vieil adage de
Amadou Hamapaté BA selon lequel "En Afrique, un vieillard qui
meurt est
une bibliothèque qui brûle" doit être comprise
à la dialectique. La
vieillesse n'est pas une référence en soi. Et un
vieillard peut être aussi
stupide que n'importe quel commun des mortels. La synthèse de la
somme des
expériences acquises qui constituait les atouts d'un vieillard
est, de nos
jours, sans valeurs notoires. Rarement, aujourd'hui, la vie enseigne.
Les
valeurs sociales, qui étaient sacrées et qui faisait
préférer, l'homme, la mort
à la honte, se sont effondrées. Ne vouloir jamais devenir
un des cités en
exemple doit être votre credo. Le succès se gagne de
différentes manières, bonne
et mauvaise. La fortune et la renommée se gagnent aussi de
différentes
manières, ne l'oubliez pas. De même ne dédaignez
pas un infortuné, il a peut
être préféré la pauvreté à la
corruption et à la délinquance financière. La déroute morale
de la société Les Africains doivent, dans leurs activités de tous les jours, dans les bureaux, les comptoirs commerciaux, les transactions commerciales, les dépouillements d'appel d'offres, la prise des grandes décisions politiques, économiques et sociales etc., s'assurer qu'ils sont avec Dieu et les hommes. Sinon… La déroute actuelle de la société fait craindre le pire. Une société, où la corruption est érigée en règle et le manteau de la dignité trop lourd à porter est suspendu au porte manteau, ne peut aucunement espérer sur quelque chose. Certains corps de fonctionnaires comme les services de finance et certains postes de responsabilités sont classés parmi les boîtes à sous. Etant dans un de ces corps ou à un poste très prisé, gares à toi si tu ne fais pas de réalisations visibles. Des propos accablants vont fuser de partout : mais c'est un monsieur amorphe; il n'a pas le sens des affaires; c'est un maudit; … Ils, ces propos, viennent des parents, des amis, des conjointes ou conjoints, … et, comble de contrariété, parmi eux des personnalités au-dessus de tout soupçon. Selon Edward Van Roy: "La corruption implique la corrosion des valeurs et mœurs traditionnelles et de la sorte l'affaiblissement et l'écroulement des standards de conduite modèle."
Des pouvoirs qui
calquent mal les réalités africaines Les pouvoirs actuels en exercice en Afrique ont ceci en commun : leur incompréhension par les populations sur lesquelles ils sont pourtant censés s'exercer. Cette étrangeté manifeste des pouvoirs actuels anime beaucoup de débats en Afrique; des cercles d'intellectuels au commun des mortels en passant par les politiques. Ces débats virent à l'émotionnel. Des pouvoirs judiciaires en déphasage avec les réalités sociales, les us et coutumes. Les magistrats et les avocats sont tous conscients de cet état de fait mais il faut sacrifier les us et coutumes sur l'autel de l'universalité sans autre forme de procès. Un pouvoir judiciaire conduit en représailles contre des populations terrorisées dont il est censé protéger. Le comble de cette crainte est perceptible dans les regards des justiciables quand ils ont des affaires qui trament en justice. Des juges à compétence étendue, une réplique du système colonial, continuent de sévir et, connaissant que la juridiction est rendue dans les langues coloniales, on imagine le chemin de croix des usagers illettrés et ignorants. Pourtant ce n'est plus les ex-métropoles qui dirigent les Etats africains. Les appareils judiciaires sèment les tourments dans la société. Les arrêts de tribunaux pourvus en cassation sont renvoyés pour un nouveau jugement. Mais, dans tout ça, qui ment? Qui triche ?, s'indignerait un traditionnaliste. Un autre problème est le fossé large qui sépare les lois "modernes" et les règles sociales traditionnelles. Quand la tradition enseigne que l'individu doit honorer partout le nom de la famille, la justice moderne érige en droit que l'individu est responsable de ses actes. Quand la justice moderne érige en droit la liberté individuelle, la tradition maintient qu'il n'y a de liberté en dehors de celle que la famille consente pour l'individu. Dans la conception de la tradition l'individu n'est jamais seul. Il résume lui-même, la famille, la société, l'univers. Il agit en leur nom. Ses actes posés engagent toute la famille, toute la communauté qui partage les responsabilités. On ne dit jamais un tel a fait ceci mais plutôt un des nôtres a fait ceci. Magnifique ! Là où la justice "moderne" érige en droit que l'homme et la femme naissent égaux, la tradition enseigne que l'homme et la femme, de par leur nature, ont des rôles différents à jouer dans cette vie ici bas. Mais ceci demeure un pseudo-débat. Ce ne sont que des formules d'appréciation de valeurs : égalité d'un côté, différence et complémentarité de l'autre. Quand le droit "moderne" cultive à outrance l'individualisme, la tradition enseigne un socialisme familial. On ferme les yeux; pardon, on ne mesure pas les dégâts sociaux que ces droits "modernes" peuvent engendrer à la longue. A leur élaboration on oublie volontiers les tares de la société occidentale dans le domaine du social : la solitude, les établissements d'accueil des personnes du 3ème âge, l'abandon pur et simple des vieilles personnes… Choses impensables ici mais qui peuvent, si on y prend garde, entrer dans les mœurs avec la culture de l'individualisme. La société traditionnelle est
assise sur la culture de la "Baraka". Ce n'est pas un vain mot et
quiconque ose le défier en subit inexorablement les conséquences effroyables.
Elle est devenue un pacte social et familial inviolable et chaque membre de la
société mesure les bienfaits de sa possession et les méfaits de sa défection.
La "Baraka" s'obtient par le respect dû aux parents et semblables et
tous ceux qui se trouvent être plus âgé que soi, l'obéissance, l'assistance et
la prise en charge des parents durant la période de retraite. Qu'on ne s'y
trompe pas le fiston blanc peut se permettre de désobéir aux parents, à leur
tenir des propos insultants sans se soucier de quoique ce soit, mais le fiston
noir Africain ne peut se permettre ce "luxe odieux". Cela est compréhensible
dans la mesure où l'occident n'a pas connu la culture de la "Baraka".
Ceci dit ce n'est pas le fait qu'on soit autorité aujourd'hui qui doit faire
oublier cette culture de la "Baraka". Mais fort est de constater que
la situation de la société dont les autorités ont en charge de préserver peut
aboutir dans un avenir proche à un désastre. LES LEÇONS ENTERINEES SANS DISCERNEMENT
L'Afrique est ce continent qui n'a pas su mettre en évidence ces valeurs
sociales. Elles sont restées les champs propices des spéculations, de
falsifications de toutes sortes. Là aussi l'Afrique n'a pas su s'imposer. Or
elle pouvait se faire valoir vue sa richesse dans ce domaine à l'image d'un
Rome qui conquit conquière son conquérant. Mais non ! L'Afrique a, encore
une fois, péché par son manque d'initiative et du sens de forceps. En la
matière quand on est économiquement faible et qu’on n’arrive pas à s'imposer,
on subit inexorablement la loi de l'évolution générale sans pouvoir y mettre
les siens. Les valeurs sociales des pauvres sont le plus souvent considérées
comme responsables d’arriération économique et politique. Et paradoxalement au
lieu d'être donneur de leçon, on devient élève. Dans cette logique les leçons
sont à la limite des vexations. Que ce soient l'émancipation de la femme, le
travail des enfants mineurs, les droits de l'homme, les droits de la femme et
de l'enfant, … l'Afrique aurait pu se faire entendre si elle n'avait pas fait
main basse sur son passé, ce qui a fait son être. De nos jours l'émancipation
de la femme est une imposition de l'extérieur aux Etats. Et ces derniers,
sachant bien que de la manière dont elle est conduite constitue un double péril
pour l'Etat et la société par rapport à laquelle elle est en déphasage,
l'érigent en orientation politique en vendant leur âme au diable contre des
miettes promesses d'aide. Mais pour les intellectuels désaxés ce système décentralisé est caduque, et il ne vaut même pas la peine d'être revu et corrigé! C'est uniquement tout ce qui vient du maître à penser avec sa pensée unique qui compte! RetourLES SOLUTIONS CULTURELLES AUX PROBLEMES POSES PAR LES
PLAIES DE L'HISTOIRE La pauvreté à la
loupe Parodie de langage ou bonne
initiative restent le combat engagé contre la pauvreté. Mais comment si prendre
? Qu'est-ce que la pauvreté ? Qu'est-ce qui engendre la pauvreté ? Comment
survient-elle ? Quels sont les éléments appropriés de lutte contre la pauvreté?
Comment lutter contre la pauvreté ? De toutes ces questions il faut savoir de
quelle pauvreté l'Afrique souffre puisque cela en vaut la peine. On peut en
dénombrer deux : la pauvreté structurelle et la pauvreté conjoncturelle. La
première est liée à des éléments culturels anéantis par le relâchement des
valeurs et délaissés depuis l'indépendance par les dirigeants tandis que la
seconde est liée aux éléments naturels circonstanciels et à des effets de
marché à savoir entre autres la détérioration des termes de l'échange. Si la
seconde, externe, demeure un facteur incontrôlable vue la préhension difficile
des différents paramètres, la première, interne, reste toute fois préhensile et
constitue un élément sur lequel les africains doivent à jamais jouer s'ils
veulent enfin sortir, pour toujours, de l'ornière, de l'arriération. L'Afrique
ne doit pas se leurrer; aucune économie extravertie n'a pu faire le poids dans
le concert de l'universel. Toutes les économies, tous les peuples, qui ont pu
s'imposer dans le concert des nations, ont d'abord réalisé un développement
économique intégré avant d'entamer la conquête des marchés extérieurs. Jamais
et nulle part ailleurs, des nations et des peuples ne sont partis sur la base
des besoins d'autrui pour poser les jalons de leur développement. Toutes les
économies dominantes ont pris d'abord une assise dans leur ferment, créé et
soutenu un dynamisme économique mécanique et culturel des besoins chez les
populations avant de s'aventurer vers les marchés extérieurs comme pour dire
que la meilleure façon d'attaquer est d'assurer ses arrières.
Traiter du thème "culture et
développement" n'est pas un exercice facile pas plus que le consensus à
obtenir autour de la corrélation entre la culture et le développement. Pendant
longtemps et encore aujourd'hui la culture a été un laisser pour compte des
politiques de développement. Elle n'a jamais été une chose pas plus que la
chose sur laquelle on devait porter une attention particulière. Les regards,
qui se sont portés sur elle, ont surtout été motivés par l'affirmation de
l'identité nationale "temps des régimes socialistes" et par une réelle
reconnaissance de la place à lui conférer. Aux premières heures de
l'indépendance, la culture a été prise en otage. Et comme puissant moyen
d'éveil de conscience elle a été manipulée dans tous les sens sauf celui du
développement. Dans la foulée de l'indépendance, aux heures du nationalisme à
outrance et à l'instar d'autres pays, les préoccupations premières en matière
de culture était d'arriver à réaliser un mouvement de foule (manifestations
culturelles et artistiques, rassemblement de jeunesse à caractère culturel,
biennale artistique et culturelle, promotion des orchestres nationaux à
rayonnement international, …). Elle n'a jamais été abordée sous l'angle de
facteur économique ni de facteur déterminant pour l'activité économique. Dans
ces conditions il n'est pas étonnant que la dimension culturelle du
développement ait été occultée. Ailleurs déjà le conflit était ouvert entre les
tenants d'un investissement plus conséquent dans les industries culturelles et
les adversaires qui la considéraient comme un gouffre économique donc un
investissement non rentable. Mais ceux-là avaient pris conscience déjà de
l'essence de la culture et sa place effective et son rôle possible dans le
développement c'est-à-dire son rôle de dynamisme et de structuration du développement.
Les interactions entre la culture et le développement et les grands débats qui
l'entourent
Selon Xavier Dupuis l'analyse des
interactions entre la culture et l'économie peut se concevoir dans deux sens :
soit que la place effective et le rôle possible de la culture dans le
développement soient mise en lumière (la culture de l'économie), soit que la
vie et les activités culturelles soient appréhendées selon les méthodes de
l'analyse économique (l'économie de la culture) et la rigueur qui résulte de
l'application de ces deux méthodes présente une utilité indéniable pour la
définition et l'évaluation des politiques et projets de développement culturel.
Toujours selon lui recourir à une argumentation économique pour légitimer
l'engagement des pouvoirs publics en faveur de la culture constitue un
véritable engrenage où seront broyés les idéaux et les vrais enjeux de la
culture ; et dont le but est d'éclairer les vraies questions et de chercher à y
répondre avec des arguments de poids et non avec des arguments idéologiques.
Aussi l'investissement culturel ne doit pas être vu sous l'angle de
l'investissement industriel ou commercial en entrevoyant des retombées
économiques en termes de bénéfice dans un laps de temps. Au contraire,
l'investissement culturel doit être compris comme un investissement dans la
recherche scientifique dont les résultats tôt ou tard probants dépendent d'une
constance dans l'investissement. Au tout début il s'agit de prendre conscience
que la culture est la première des richesses, la première des ressources
humaines et que parier sur elle constitue un acte de foi en l'avenir, un avenir
qui appartient aux hommes et qui répondra à leurs ententes. Un avenir qui sera
le garant d'un juste équilibre dans la répartition et les échanges des
productions matérielles et immatérielles au sein de l'humanité. L'approche
culturelle des problèmes de développement économique et social vise à en
accroître les chances de réussite technique, tout en garantissant les
aboutissements humains.
L'histoire de l'humanité le
prouve : la culture est le fondement, la source de l'économie. A ses obscures
origines, celle-ci se réduisait à une médiocre économie individuelle guidée,
dans un environnement hostile, par le souci permanent de la survie, ce qui,
bien entendu, limitait l'espace des choix. L'économie se réduisait alors pour
l'essentiel à de l'autoproduction alimentaire à partir de la cueillette et de
la chasse et elle était subordonnée, insérée, dans un ensemble de cadres et
règles d'origine religieuse, morale et sociale. La culture régissait
strictement le quotidien. Même quand l'économie s'est développée dans
l'antiquité, il ne fait pas de doute qu'elle est restée profondément ancrée aux
valeurs spirituelles. L'esclave devait accepter le fait accompli. Il devait
s'atteler à la satisfaction des besoins substantiels de la haute classe
constituée du clergé et des nobles. Cet ordre était divin et se soustraire
équivalait à enfreindre à la loi Divine. L'économie moyenâgeuse sera encore
beaucoup plus régie par la religion. En effet, en plus de l'ordre divin tracé
dans la hiérarchie sociale, les activités économiques étaient strictement
limitées à la vente des produits artisanaux. La pratique de l'usure et autres
actes commerciaux étaient contraires à la religion. "L'économie moderne,
plus exactement le capitalisme en tant que mode d'organisation, ne serait
l'expression, selon Max WEBER, qu'un processus historique de rationalisation et
de bureaucratisation, générée par une conception religieuse et spirituelle, par
conséquent culturelle, à savoir celle du puritanisme : "seul l'occident a
vu s'accomplir, avec le protestantisme ascétique, le transfert de l'ascétisme
rationnel dans la vie mondaine. Le protestantisme ascétique est le seul au
monde à avoir associé, par principe, dans une unité systématique irréductible,
l'éthique de la profession dans le monde et la certitude du salut". Selon
Xavier Dupuis rapporte que Michio Morishima, dans son ouvrage capitalisme et
confucianisme, démontre clairement que le confucianisme, renforcé par les
apports du shintoïsme et du bouddhisme, a crée une dynamique et structuré toute
la société et l'économie japonaises, qui sont aujourd'hui, à ses yeux,
caractérisées par une "asymétrie étatique", c'est-à-dire un ordre
social dans lequel l'enfant cultive à outrance l'esprit de la compétition et de
l'agressivité ; tandis que l'adulte, pour sa part, cultive un esprit de
coopération, d'harmonie, voire de toute soumission à l'ordre et à la hiérarchie,
et ce en premier lieu dans le cadre de l'entreprise". Les motivations
métaphysiques ou morales ont amené les individus à se conformer aux règles de
"bonne conduite des activités économiques". LES SOLUTIONS CULTURELLES POSSIBLES AUX PROBLEMES
ECONOMIQUES POSES A L’AFRIQUE "La question se pose de
savoir comment il a pu se faire que l'Afrique, après en moyenne cent années
d'expériences coloniales non pourtant caractérisées par un développement
effectif et autocentré, n'est devenue plus critique par rapport à ce que son
monde extérieur industrialisé lui a tant prôné et proposé et lui propose
encore?" C'est avec ce genre de pensée qu'il convient d'aborder des solutions
culturelles aux problèmes de développement de l'Afrique. Pour le faire il est
important de faire une certaine mise au point. La culture n'est pas seulement
un ensemble de pratiques savantes ou artistiques, elle n'est pas non plus
seulement une accumulation d'œuvres et de connaissances élitistes, elle est
aussi systèmes de valeurs et structures, savoir-faire, manière de penser et
d'agir, conditions de vie, modes de vie. Mais longtemps et aujourd'hui encore
les préoccupations culturelles des peuples sont détournées pour les calquer à
l'exotisme et l'esthétique de la culture matérielle et chemin faisant nie ce
qui façonne cette moitié de la culture c'est-à-dire l'immatérielle. Les tenants
ont été suivi en cela par les institutions chargées de la culture des pays en
voie de développement; et, leurs institutions, comme pour répondre à un besoin
de l'étranger, ont accumulé plus de masques et statues qu'elles n'en ont
enregistré de systèmes de valeurs et d'institutions à plus forte raison de les
approfondir et de les penser dans la perspective d'une éventuelle transposition
dans le présent. La culture a souffert et continue de souffrir de cette distraction
qui n'a que trop duré. Copyright © Soumana Soni 2001-Tous Droits Réservés BIBLIOGRAPHIE: · Ki-Zerbo, J., Histoire de
l'Afrique noire. Pris, Hatier, 1972 |