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L'AFRIQUE:
A QUI LA FAUTE?

 

L'AFRIQUE, MÈRE DE L'HUMANITÉ

Cette histoire défraye la chronique. Celle du mal, qui s'obstine à faire de l'Afrique la risée de l'universel. Va-t-elle demeurer toujours l'ombre des détresses? Non. Elle a enfanté l'humanité depuis le commencement, elle l'a vu éclore de ses propres yeux; en tout cas l'australopithèque est là pour corroborer cette affirmation. Elle a fait don d'elle-même pour que cette humanité puisse se multiplier, pour qu'elle ne dégénère dès sa genèse. Pour ce faire, elle lui a ouvert ses sources les plus vives, mis à sa disposition ses fruits les plus nourriciers, livré sa faune abondante et fourni les conditions nécessaires à sa survie. Elle n'était pas habitable de partout mais ses parties propices suffisaient pour supporter cette horde que constituait l'humanité. Pour sa sécurité elle a ouvert ses entrailles pour lui servir de gîte durant le repos afin de la soustraire du regard des fauves dangereux. Cette humanité s'est multipliée sur son sol durant des millions d'années.

L'Afrique, oui l'Afrique, est témoin oculaire et auditive de l'histoire de l'humanité. Elle a suivi toute son évolution avant qu'elle ne songe à scruter de nouveaux horizons. C'est un départ qui l'a vraiment marqué. Elle ne voulait aucunement que certains d'entre ses fils partent sous d'autres cieux, mais ils étaient devenus majeurs et elle n'a pu les retenir, mais elle a pris soin de favoriser une brillante civilisation en amont du cordon ombilical qui demeurait le seul lien de communication. Et à 3000 ans avant le présent c'était déjà la civilisation la plus brillante que le monde ait jamais connu. Ils seront nombreux à venir se ressourcer au nombre des scientifiques, des philosophes, des politiques, des curieux … Mais elle ne savait pas que c'est du départ, à la limite définitif, de certains d'entre eux qu'allait survenir son malheur. Sinon, oui sinon, elle allait plier son bras d'isthme, côte asiatique, et s'écarter suffisamment de l'Europe en élargissant ipso facto le détroit de Gibraltar afin d'isoler pour de bon, du moins pour un bon bout de temps, le temps nécessaire pour faire d'elle le sésame nourricier de l'humanité, l'embryon de l'espèce humaine. Mais en disant si elle savait, on sous-entend trop tard et elle a mille raisons de regrets.

Partis gratifiés des terres qui ignorent tout d'eux, ses fils aventuriers ont oublié la mère patrie qui les a tenu à bout de bras depuis leur tendre enfance. Mais elle a pris ces faits sans rancœur car elle savait qu'un jour ils reviendront vers elle, à la recherche de leur source, de leur frères restés au bercail. Mais elle se doutait que c'est de ces retrouvailles qu'allait subvenir ses malheurs. Elle aurait pu se cacher si elle savait ce qu'allait advenir de la rencontre des frères séparés pendant de longue date: esclavage, colonisation. Elle n'avait jamais pensé un seul instant que de tels faits pouvaient être de leur ressort à son égard. Elle était tellement convaincue de l'humanisme qui les caractérisait qu'elle ne se fiait de rien. Elle pensait dans son fort intérieur que c'est, somme toute, les retrouvailles des plus ordinaires, la GRANDE NOSTALGIE. Ce qui devait être célébré par des poignets de mains et des accolades l'a été par des empoignades. L'humanité allait signer la première barbarie de son existence. Les uns avec des esprits mercantilistes, les autres avec les esprits infantiles ont conjugués leurs côtés gauches pour semer le doute dans l'esprit des plus optimistes en la capacité rationnelle de l'homme. Pendant des siècles, le moral de l'humanité va être mis à rude épreuve. Mais ce qui devait arriver arriva. Et l'humanité doit apprendre à saisir les deux côtés de certaines de ces aventures humaines à savoir le bon et le mauvais.

 

LA SITUATION A LA VEILLE DES RENCONTRES

Pour voir clair dans le sujet qui va être abordé dans le chapitre suivant il convient de faire une mise au point sur les situations politiques en Afrique et en Europe à la veille des premiers contacts. Ceci comptera beaucoup quand il va s'agir de situer les responsabilités.
A la veille des aventures coloniales, les situations politiques en Afrique n'étaient pas enviables. Certains Etats avaient commencé à régresser. On dirait, même, que l'évolution s'était arrêtée quelques instants de vie. Des grands empires, qui ont constitué la fierté de l'Afrique, sa joie et assuré sa stabilité avec une organisation politique, économique et sociale sans commune mesure et nulle part ailleurs, il ne restait que des lambeaux de terre sur lesquels on ne cessait de s'agripper sans réserve avec une fierté mal placée.

La division chronologique de l'histoire parle de Moyen Age, cette période constitue l'âge d'or de l'Afrique. Passé le cap de la civilisation égyptienne, l'Afrique n'avait jamais connu une évolution politique d'une telle portée. Une évolution continuelle sans ponctuation de crise majeure; une succession d'empires qui ne s'est jamais démentie au niveau de l'ensemble de ses quatre points cardinaux: les Empires du Ghana, du Mali, du Songhoï, du Kanem-Bornou, Zoulou, les royaumes Mossis, du Bénin, du Congo, de Monomotapa, les Etats Haussa et Yorouba, les Cités-Etats de Zanzibar, de Mogadiscio, de Mombassa, de Sofala, de kiloa,… En ce moment, et de l'autre côté, l'Europe croulait sous le poids de la féodalité; un système qui est resté un recul par rapport à l'antiquité.

En Europe, durant cette période, les principes de l'Etat moderne ont été mis au rabais, une vie sociale, économique et politique à reculons comparativement à la vision économique contemporaine. Un système fait de guerres et qui imposait la mise en place, dans les châteaux, d'un plan de guerre défensif pour contrecarrer les vandales de tout bord. Un morcellement territorial sans précédant qui anéantissait tout développement et amenait tous les suzerains à faire entrave à la liberté de circuler sous peine de voir son "territoire" se dépeupler. L'agriculture et seulement l'agriculture, le commerce était nul et se limitait aux produits de l'artisanat, règles religieuses obligent.

Au même moment, dans la partie occidentale de l'Afrique, les Africains établissaient les actes de commerce, se reconnaissaient débiteurs de sommes faramineuses. Ils avaient établi des cordons douaniers, percevaient des impôts sur l'entrée et la sortie des marchandises. Les citoyens s'acquittaient du payement de leurs impôts. Le rayonnement commercial était tel que les commerçants allaient au-delà des frontières pour se procurer des marchandises échangeables. Joseph Ki-Zerbo dans "Le monde noir contemporain" rapporte: "Les trafiquants de Djenné avaient dépassé le stade de petits commerçants d'occasion et mis sur pied une organisation complexe aux rouages multiples: succursales et représentants fixés dans les centres importants comme Tombouctou ; commis-voyageurs informant la maison mère des fluctuations des cours dans les diverses régions et recevant une commission sur les affaires conclues par eux. Une centaine de courriers officiels spécialisés dans les divers produits passaient de maison en maison pour porter des échantillons, indiquer les prix, offrir leurs services. Les opérations de spéculation n'étaient pas rares, surtout à l'approche des caravanes. Les fraudes non plus, comme celles qui sévissaient du temps des Askia : faux poids et fausses mesures, mélange du cuivre à l'or vierge, etc. Les grosses affaires se traitaient à l'ombre discrète des maisons. Mais l'ampleur de la place du marché au centre de la ville signifiait assez la fonction de Djenné. Mais c'est surtout dans l'organisation des transports, problème vital pour le rendement de leur métier, que les marchands de Djenné ont fait montre de leur intelligence. Au lieu de la pirogue étroite creusé dans un tronc d'arbre, les Djennéens ont créé des embarcations vastes, stables, résistants, de petits navires".

Pour sécuriser cette vitalité économique, la stabilité et l'ordre dans l'empire étaient assurés par l'armée et la police du roi. L'industrialisation était amorcée. Le fer était fondu, les armes et autres outils de travail étaient fabriqués dans des forges…, et bien d'autres industries, rudimentaires bien sûr, existaient. L'éveil fut plus net encore à Tombouctou. Durant des siècles de magnificence, au gré des transactions commerciales, le savoir s'est accumulé à Tombouctou. Savoirs religieux bien sûr, mais aussi traités d'économie, d'astronomie, de droit, d'histoire, de culture générale, de mathématiques etc. Dès le 13ème tous les écrits des plus grands savants arabes mais aussi des philosophes grecs de l'antiquité, étaient présents à Tombouctou. Tous les savoirs du monde transitaient ou séjournaient à Tombouctou, y sont copiés, achetés, échangés, conservés, fixés sur du papier, à une époque où l'occident découvre tout juste ce support. Les pages s'ornent de schémas explicatifs, didactiques. On représente la course des planètes, la diffraction de la lumière ou la tonalité des cordes de musique. On y adjoint des tableaux, des formules mathématiques (Algèbre, géométrie), on compose des traités en vers1. C'était la prospérité. Sékéné Mody CISSOKO rapporte dans son article l'Intelligentsia de Tombouctou aux XV-XVIème siècles : "Leur effort [des marabouts] de répandre la culture fut très louable. Tombouctou attira des étudiants (talibé) de toutes les régions du Soudan et forma l'élite intellectuelle et religieuse de ces contrées. L'université était constituée non de facultés mais de nombreux foyers de culture, d'écoles dispersées à travers la ville. Mahamound Kâti mentionne 150 à 180 écoles au XVIème siècle; Chaque marabout disposant d'une licence pouvait ouvrir son école... Le grand centre de l'enseignement supérieur était la mosquée Université de Sankoré, dans le quartier du même nom. Sous les arcades de la Sankoré, les professeurs, venus de tous les coins de la ville, enseignaient leurs spécialités du matin au soir." A cette époque plus de 25 000 étudiants prenaient des cours dans ces écoles! Ces empires vont péricliter pour donner naissance à des royaumes.

Survenue à la suite des tares de certains rois mais aussi et surtout par l'apparition d'entités solides un peu partout dans l'empire, ce dernier n'a pas pu résister à la nouvelle donne, c'était l'adaptation soit la disparition, et, comme le pouvoir ne souffre pas de partage, la deuxième solution s'est imposée. Mais nulle part n'a existé une zone tampon, la fluidité de l'espace était une réalité ; la circulation des personnes et des biens l'était aussi. Les parties savane de l'Afrique grâce à la fluidité naturelle de l'espace avaient déjà constitué des NATIONS. S'ils avaient régressé politiquement, grandeur territoriale s'entend ; l'organisation de la vie économique et sociale, …ont connu une évolution continuelle. Pour résumer les deux situations : l'Europe sortait de 10 (dix) siècles d'obscurantisme religieux tandis que l'Afrique, elle, sortait de près de 8 (huit) siècles d'évolutions politique, économique et sociale continues.

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LES PREMIERES CAUSES DU RETARD DE L'AFRIQUE

Comme depuis les premières rencontres entre Européens et Africains, l'Europe est l'initiatrice de la Traite des noirs. Les indiens utilisés dans les plantations des Antilles n'ont pas pu supporter les conditions dures de travail et mourraient en grand nombre. Les quelques noirs capturés par les navigateurs comme preuve de leur arrivée sur les côtes africaines résistaient bien à ces dures conditions de travail des plantations. Et très facilement l'idée est venue de remplacer ces indiens fébriles par les noirs africains coriaces. Mais comment faire? L'Europe est dans le besoin des produits des plantations (café, sucre,…) et il faut les noirs africains pour maintenir et augmenter les productions. Ainsi naîtra la traite Atlantique des Noirs. Une traite dont les conséquences ont fait l'objet d'études et d'estimations variées. De même, la situation des responsabilités n'a jamais fait l'unanimité. Mais une chose est sûre, c'est que l'Europe est le plus souvent dénoncée. Qu'en est-il en réalité? Epluchions les différentes situations.

A la veille de la traite atlantique des noirs, la situation politique de l'Afrique était dominée par l'anarchie. Les micro-Etats en place étaient faibles pour maintenir l'ordre et la sécurité. Ces Etats s'entre-déchiraient pour de riens. Les rois pas plus que le simple citoyen, dans certaines mesures, ne laissaient entrevoir l'espérance. Les futilités servaient l'objet d'orgueil et on attachait plus d'importance à des superflus qu'à un réel développement. Les motifs de guerre étaient variés et tournaient souvent à la violence. Qu'un conseiller dans le Royaume Bambara de Ségou fasse savoir à son roi que le Roi d'à côté est entrain de gagner en notoriété et que s'il ne faisait rien, tôt ou tard, il en récolterait les frais de son imprudence, que ce dernier cherche des motifs de conflit en exigeant l'impossible pour que refus s'en suit et que se déclenche une guerre stupide. Le roi gagnait en notoriété quand il pouvait se décider sur le champ et aller capturer un roi supposé rival, l'attacher et l'alterner dans sa cour. Pour être chanté dans les louanges des griots dans le présent et le futur le roi se devait de faire de ses désirs des ordres sur les autres (roi ou simple citoyen) quitte à ce que des Etats s'écroulent ou des familles en pâtissent. A auditionner les cassettes des récits historiques, le constat est stupéfiant: une vie de défi vantardise et rarement de développement.

Même l'orgueil du simple citoyen se calquait sur ces considérations sociales qui ont longtemps mis l'Afrique en retard. Posséder un nombre élevé d'esclaves était de notoriété. Des esclaves hommes et femmes le devenaient par descendance par la suite par reflet social. Le pouvoir rien que le pouvoir et chacun le voulait à sa porte et l'exercer à commencer par le roi et ensuite le simple citoyen. Avoir un groupe sur lequel on peut exercer un quelconque pouvoir de paternité était de règle. Cette chaîne de la religion du pouvoir s'enracinait jusque dans les familles où le commandement va du vieux patriarche jusqu'au cadet en passant par le chef de famille, l'aîné. Cette religion du pouvoir constitue encore de nos jours la cause principale de la déchéance de l'Afrique. Sinon qu'est-ce qui peut expliquer cette frénésie du pouvoir avec des rebellions qui foisonnent un peu partout si ce n'est le fait que les chefs d'Etat qui, s'apparentant au pouvoir, s'y agrippent et les chefs rebelles qui, en soif du pouvoir, le courtisent? L'esclave et l'esclavage font partie des mœurs et coutumes de l'Afrique et de l'Africain. Il est difficile de concevoir globalement les sociétés africaines sans l'esclave et sans l'esclavage. Dans cette situation on peut penser combien il a été vain de la part de certains empereur et roi africains d'essayer d'éradiquer ce fléau. Il n'est un secret pour personne que certains chefs de guerre se constituaient des réservoirs d'esclaves. Selon Wa kamissoko un traditionnaliste mandingue de Krina, tous les chefs mandingues ont eu à vendre leur part d'esclave et que certains comme Fakoli, un pré de Soundjata fondateur de l'Empire du Mali, s'était même constitué une réserve d'esclave qu'il a nommé Dundugu (qui veut dire la ville où on mange, qui?). Et l'anarchie régnant le plus fort pouvait capturer le plus faible, le réduire en esclavage soit pour lui-même, soit pour le vendre à la frontière voisine à d'autres commerçants noirs ou à des esclavagistes. Les prisonniers de guerre devenaient de facto esclave et travaillaient au compte du roi et certains chefs de guerre. Dans certains cas une famille qui n'arrive pas à payer son impôt per capita devait constituer un des leurs comme esclave du roi avant qu'elle ne parvienne à s'acquitter de l'impôt en question. Souvent ces monnaies d'échange devenaient des esclaves à part entière du roi. Comme on le voit toutes les occasions étaient appropriées pour se faire des esclaves.

Les vieilles habitudes disparaissent difficilement et comme le disait l'autre, l'habitude est une seconde nature. Ainsi on peut imaginer ce qu'a pu constituer comme stimulant l'initiative européenne de substituer les noirs africains aux indiens. La question se pose de savoir: Pourquoi les Africains n'ont pas refusé de livrer leurs concitoyens à des étrangers pour les réduire à l'esclavage dans les plantations, sachant bien que ces derniers épargnaient les leurs? Qui pénétraient dans les confins de la brousse, dans l'arrière pays capturer les esclaves et les acheminer vers les comptoirs situés sur les côtes? Les africains, bien sûr. Est-ce qu'ils le faisaient le pistolet à la tempe? Bien sûr que non. Alors pourquoi s'esquiver et essayer de faire porter les responsabilités aux autres ? Ce sont les Africains qui sont les principaux responsables sinon les seuls responsables. Pire, il n'y avait même pas d'alternatives qui étaient à eux posées. S'ils avaient refusé, les européens auraient-ils pénétré de force à l'intérieur des terres pour capturer les Africains? Il est fort à parier que non. Et que même si les esclavagistes européens rechignaient à abandonner leurs entreprises, ils auraient peut être essayé de prendre possession de l'Afrique et se la partager comme la suite des événements l'a prouvé. Tout compte fait, les africains auraient fait preuve de responsabilité et de maturité. Mais il en a été autrement.

Pourvoyeurs des marchandises sans lesquelles ce commerce n'auraient pas pu exister, les africains ont été les artisans de leurs propres autodafés, de leur propre autodestruction. Participer à la sélection puis à la commercialisation des bras valides de l'Afrique au moment où elle en avait le plus besoin, les Africains ont posé des actes insensés et imprudents à la fois. Personne parmi les Africains n'a le droit de culpabiliser quelques personnes d'autres que ce soient, si ce n'est eux-mêmes, les Africains. Regarder tout simplement les produits de l'échange, ce qu'on appelle les pacotilles: le vin, les verres, les perles, les soies,… Ceux-ci devaient constituer des motifs supplémentaires de refus d'être partenaire dans ce commerce.

Les Africains se sont dévalorisés aux yeux du monde blanc: les pièces d'Inde. Tissu confectionné en Inde, une pièce d'Inde s'échangeait contre un bras valide. Drôle de commerce et de commerçant, l'esclavagiste noir africain qui vendait son frère ne sait pas qu'aux yeux de l'esclavagiste européen il ne vaut pas plus que sa marchandise et qu'il n'est pas exempt de réduction en esclavage en cas de pénurie. Partir de certains faits pour incriminer les esclavagistes européens est une faiblesse de l'esprit partisan et de révolte. Les conditions d'internat dans les comptoirs avant l'embarquement, les conditions de stockage dans les navires négriers, les crimes commis au bord de ces navires, les dures conditions de travail dans les plantations, la torture, les viols… sont autant de faits inhumains révoltants qui font oublier l'acte principal: la livraison des marchandises. Comme on le dit si bien: " Au lieu de culpabiliser ton point de chute, fais le plutôt à ton point de trébuchement." Si les Africains ne s'étaient pas livré entre eux, les esclaves n'auraient pas vécu ces conditions inhumaines? En tout cas elles se seront passées sans les Africains. D'aucuns trouveront à dire que partant de ce dicton, on peut approfondir le raisonnement et penser que si les européens n'avaient pas accostés sur les côtes africaines, rien de ces pires conditions inhumaines ne seraient pas arrivées. Je répondrais que les Africains n'ont pas attendus l'arrivée des européens pour s'adonner au commerce des esclaves. Ils avaient traité dans le temps avec les Arabes. Mais bien que les conditions de l'esclavage ne soient pas meilleures les unes par rapport aux autres, puisqu'ayant pour dénominateur commun la privation de liberté, les Africains se devaient d'être plus conséquents avec eux-mêmes. Eux qui disent être plus humains que les européens parce qu'ayant été plus magnanimes avec leurs esclaves que ne l'ont été les européens avec les leurs. Alors pourquoi être partie prenante dans un commerce dont on désapprouve les règles et la destination?

Pire, l'insouciance des esclavagistes noirs n'a jamais été mise à rude épreuve devant la tournure que prenait ce commerce: la ponction démographique de plus en plus élevée, les conditions inhumaines qui étaient son lot quotidien encore moins le crime commis et le souci de préserver l'avenir. Il s'agit, maintenant, pour nous Africains d'aujourd'hui, de cesser de se considérer comme des victimes puisque tant que les Africains continueront à penser qu'ils ne sont que les victimes de l'histoire, ils ne trouveront jamais la solution à leurs problèmes. Tout se passera comme s'ils sont dans un engrenage où ils ne se trouvent être entourés que de comploteurs. Par ailleurs, au lieu de se lamenter à dire on m'a fait, on m'a fait cela; dit plutôt qu'est-ce que j'ai fait pour les en empêcher. Quand on vit c'est comme ça qu'on doit raisonner. Mais quand on veut simplement exister comme les objets dont on a le loisir de faire déplacer dans tout les sens sans qu'il y ait de résistance, on a plus droit à faire de reproches. Si les Africains avaient résisté, les européens auraient pu penser s'essayer côte asiatique. Qui sait? Mais comme il y avait un choix à faire, ils ont choisi de rallier et devenir partenaire dans ce commerce des esclaves noirs.

Je ne veux pas dire que les esclavagistes sont exempts de reproches. Loin de là mon idée. Mon but est de faire prévaloir l'objectivité d'un point de vue historique sur la subjectivité résultant d'un sentiment de victimes expiatoires. Le tort, si on peut l'appeler tort, de l'esclavagiste européen, c'est d'avoir profité de la naïveté des africains, traqueurs d'esclaves, et, de l'insouciance des chefferies africaines pour donner libre cours à un commerce exempt de dignité humaine. Ceci demeure un fait établi et il le restera. Les nations civilisées d'Europe, les nations chrétiennes, ont eu au cours de l'histoire à sévir une partie de l'humanité par des pratiques humainement dégradantes qu'elles avaient interdites chez elles. Pourvus de moyens techniques (caravelle, gouvernail, boussole, astrolabe, quadrant, portulan…), les européens se sont lancés à corps perdu à la découverte de l'au-delà des mers.

De l'aventure des frères Vivaldi en 1291 pour atteindre les Indes à celle de Vasco de Gama atteignant les Indes en 1498 en passant par Lanzarote Malocella aux Canaries en 1336, par Gil Eanes en 1424 au Cap Bojador, par Muno Tristao en 1441 au Cap Blanc, par Dinis Diaz en 1444 au Cap Vert, par Cada Mosto en 1450 en Casamance, par la construction du Fort de San Jorge d'El Mina (Mine de saint Georges) en 1482, par Diego Cao à l'embouchure du Congo en 1483, par Bartholemeo Diaz en 1487-1488 au Cap de Bonne Espérance, la route des Indes leur a été ouverte et les côtes africaines connues. Entre temps Christophe Colombe avait découvert les Amériques en 1492. En moins d'un siècle, ils parviennent à découvrir les côtes africaines et même atteindre l'Amérique et les Indes. Ces découvertes rattachent l'Afrique en même temps que l'Amérique et l'Asie à l'Oekumen tandis que l'Europe devient le centre du monde au détriment de la Méditerranée. Il n'en demeure pas moins qu'ils ont du mérite. Ils ont eu à faire un bond capital dans le sens du salut de l'espèce humaine c'est-à-dire les découvertes scientifiques et les progrès techniques. Les prouesses dans ces domaines avaient atteint une avancée significative et un haut degré du point de vue diversité et performance qu'ils avaient presque fait leur introduction dans presque tous les domaines de la vie. Sur la planète terre tous ceux qui avaient pris une avance certaine sur eux se verront rattraper un à un.

Le machinisme avait commencé à libérer l'homme des durs travaux. Les progrès matériels ont amélioré les conditions d'existence de l'homme. La médecine a fait un progrès remarquable. Les grandes endémies et pandémies étaient devenues des mauvais souvenirs et certaines grandes maladies ont été vaincues. L'élan pris ne connaîtra pas d'éclipse, au contraire, il connaîtra une dynamisation. Le développement des moyens de communication (télécommunications, transports, moyens de transport) a permis de rapprocher des zones lointaines. Les distances ne constituent plus des obstacles. Ici, l'humanité étoffait sa domination sur la nature. La loi de Darwin de l'adaptation sinon la disparition était morte de sa belle mort comme jugement analytique. L'homme dicte désormais ses lois au "temps", à "l'espace", aux collines, aux cours d'eau, aux océans et mers, aux espèces nuisibles, …

Ces prouesses sont devenues désormais des armes qu'il fallait savoir utiliser. Beaucoup d'alternatives existaient. Faut-il faire partager ces prouesses avec les autres membres de l'humanité qui, au grand regret, connaissait un retard très prononcé ? Je me demande si la question a jamais été à l'ordre du jour. Ou se garder de révéler ces découvertes à quiconque, donc de se le réserver jalousement ? Au dénouement des tiraillements de l'esprit, c'est l'égoïsme qui l'a emporté sur la solidarité, l'esprit de partage du progrès humain oubliant du coup que, somme toute, nous sommes de la même espèce et que si victoire humaine devait être; celle-ci ne le sera réellement que si elle est totale et que même une victoire partielle c'est-à-dire d'une partie de l'humanité ne sera qu'un échec. Au demeurant, ceux des autres espèces, au nombre des animés et des inanimés se feront le malin plaisir d'assister au spectacle immonde des êtres dotés de raisonnement que Dieu créa à son Image c'est-à-dire son Sosie.

Le savoir de Tombouctou n'était pas l'apanage de quelques-uns. L'hospitalité était la règle, tout voyageur pouvait consulter la bibliothèque de son hôte, en faire recopier à son tour tel ou tel volume, l'échanger ou le racheter. Le savoir à Tombouctou était donc un savoir mobile, circulant de l'Andalousie à l'actuel Nigeria. Qu'à cela ne tienne ! Tant pis pour les retardataires. Dieu Le Maître Absolu a crée le monde et il lui a tourné le dos. Ce qui ne signifie pas abandon pour autant ! Il ne doit pas exister un bout de terre sans maître ou tu montres ta puissance militaire, économique et politique ou tu te fais coiffer. Mais au lieu d'utiliser ces prouesses techniques pour le bien de l'humanité, ils se sont ralliés aux traitres négriers africains.

D'abord des explorateurs et des missionnaires en voyage de reconnaissance puis la Traite Atlantique des Noirs qui est à considérer comme l'acte humain de déshonneur le plus démesuré que la terre ait jamais vécu. Une entreprise mise en place au plus haut sommet par les Etats, organisée et financée par eux et les privées. Les voyages de découvertes ont été le fait de souverain. Le déploiement de grands moyens techniques et de l'organisation systématique dont a bénéficié la Traite témoigne à quel point l'être humain peut être immoral. Et quand débuta la Traite Atlantique ce sont de véritables compagnies qui vont être créées. Des grandes compagnies à tendance monopolistique; C'est le cas de la Compagnie française des Indes qui parvient à garder le monopole pendant trois ans au Sénégal ; C'est également le cas de la Compagnie hollandaise (West Indische Compagny) créée en 1625 et qui garde le monopole pendant plus de cent ans ; elle ne disparaîtra qu'en 1736. La Company Royal Adventures into Africa anglaise cède son monopole à la Royal African Company qui fonctionnera jusqu'au milieu du 18ème. A son tour cette dernière compagnie cède son monopole à la Company of Marchants Trading to Africa. Ces monopoles étaient obtenus au terme de traité, des accords d'intérêts et aux pires par les conflits. Ces compagnies présentent certaines caractéristiques communes. Elles étaient d'économie mixte avec la participation des Etats, des individus proches de la couronne et des instances politiques elle-même. L'objectif essentiel de ces compagnies était l'Assiento espagnol. L'Assiento est un contrat entre un intermédiaire et la couronne espagnole au terme duquel la compagnie s'engage à fournir un nombre d'esclaves noirs par an à la couronne. L'Assiento espagnol, qui ne disparaîtra qu'en 1789, a été d'abord acquis par les Portugais desquels il passe aux hollandais puis aux portugais ensuite aux français. Enfin il est acquis par les Britanniques à partir du traité d'Utrecht en 1713. De ces contrats, ce sont beaucoup d'Africains qui ont subi l'épreuve de la justice sommaire, la déportation, la torture, l'humiliation, le déshonneur, les travaux forcés.

A la découverte de l'Amérique, des mines ayant été découvertes et des plantations créées, les populations autochtones, les Indiens, affectées à ce travail connaissaient une mortalité effroyable. Alors l'idée est venue de les remplacer par les esclaves noirs qui ont déjà fait la preuve de leur résistance dans les durs travaux du Fort de San jorge d'El Mina. En la matière il ne s'est pas agi de trouver seulement les solutions mais surtout d'inventer des tournures spirituelles d'accompagnement. Le prête espagnol Barthelo Meo De Las Casas, je cite Joseph Ki-zerbo, qui luttait contre l'emploi de ces indiens dans ces travaux a accepté la proposition de les remplacer par les Africains "Parce que si les noirs achetaient leur droit au baptême et donc le salut de leur âme par la servitude du corps, cela pouvait faire une pierre deux coups." Quel sadisme ! Le trafic des esclaves se faisait dans les comptoirs. On peut citer les comptoirs de Gorée, de Saint Louis, d'El Mina, de Ouidah ou Juda, de Luanda parmi tant d'autres. C'est sous la protection des Forts que les navires pouvaient vivre mais c'est également là que les navires étaient amarrés jusqu'à chargement. Les comptoirs étaient en fait des centres de stockage et de redistribution de marchandises et de cargaisons humaines.

Ainsi les immenses caves de ces navires, spécialement construits pour ces activités ignobles, pouvaient contenir ensemble plus d'un millier d'individus ou du moins les esclavagistes en mettaient plus d'un millier. Le parcours de ces navires était ponctué de révoltes, de suicide, de sévices corporels, de viol, etc. de la part des marins qui faisaient office de surveillants et de policiers. Parfois, soit par insuffisance du stock des marchandises humaines dans le comptoir, soit pour échapper aux payements de taxe, les négriers procédaient au cabotage. Une fois le chargement réalisé, le navire prenait la direction des Amériques. La traversée pouvait alors durer un mois ponctué de révoltes, de suicides individuel et collectif, de noyade etc. Les conditions de parcage dans les navires (assis ou couchés et liés par le pied ou le cou les uns aux autres) rendaient la mortalité forte au sein des esclaves et François Régneau de dire "Nombreux dans les caves on les mène à respirer par roulement d'autant plus court qu'ils sont en nombre et on les reconduit à leur déjection, vomissure. Les relents de "flux" intestinaux blancs ou rouges, les senteurs d'épidémie ou de fièvre putride épicés de goudron. On reconnaissait de loin un navire négrier à son odeur".

Les conséquences de la Traite pour l'Afrique ont été sans équivalence historique. Du fait que l'Afrique recevait des produits, son industrie est restée à l'état embryonnaire et stationnaire. C'est le cas de la métallurgie du fer, du tissage. En plus, du fait de la traite, les productions agricoles ont baissé puisqu'il y avait peu de bras valides, les autres ayant fui ou ayant été amené en Amérique. La traite a provoqué une diminution cruciale de la population. L'estimation de l'hémorragie démographie varie entre 12 000 000 à 150 000 000 d'individus. Et la perte peut s'estimer de toute autre manière car pour un Africain parti beaucoup d'autres sont morts. Jean Suret Canale notait à propos des pertes démographiques "pendant une période où la population du globe se trouvait en rapide expansion la population de l'Afrique est restée stagnante si elle n'a pas diminué, son poids relatif dans l'ensemble de la population du globe s'est trouvé considérablement réduit". Il en a résulté le déclin de la civilisation urbaine tandis que les sociétés rurales se dispersaient puisque villages et campagnes voyaient leur population partir. Il s'en est suivi pour l'Afrique un morcellement des Etats en des petites chefferies qui se faisaient la guerre pour s'enlever des esclaves. C'est l'effet du rouleau compresseur. Le corollaire de cette situation a été l'installation, partout, de l'anarchie. Ainsi, les petites chefferies, qui étaient en place, vivaient en grande partie de la prédation et éliminaient par conséquent les plus petites. La razzia devenait une activité lucrative et ceux qui s'y livraient s'enrichissaient énormément en attendant qu'un jour ils se trouvassent à leur tour enferrés et conduits à la côte. Jean Suret Canale dans "l'Afrique noire occidentale et centrale" dira à ce propos "La traite paralyse le développement des forces productives en Afrique noire : D'abord par l'énorme perte en forces de travail qui en résulta mais aussi par ses conséquences économique et politique indirectes".

Donc au moment où l'humanité prenait son envol pour le progrès, l'Afrique était assignée à résidence ; et, pire, diminuée politiquement, économiquement et socialement. Cette assignation à résidence n'entamait outre mesure la conscience des esclavagistes noirs qui s'y adonnaient, au contraire, à cœur joie. Encore une fois le salut est venu du côté de l'Europe, des milieux intellectuels européens, anglais surtout et en premier lieu. Les abolitionnistes anglais ont fait un boulot énorme. Arguant à la société civile que chaque morceau de sucre et chaque pincée de café qu'elle consommait tranquillement étaient entachés de sang d'êtres humains innocents. Les anti-esclavagistes anglais ont réussi à rallier à leur cause les consommateurs par le boycott réussi des dits produits. La pression de la société civile ajoutée à celle des mouvements abolitionnistes ont fini par avoir raison de l'Etat britannique puis difficilement les autres Etats européens trempés dans ce commerce. L'esclavage sous sa forme commerciale prenait petit à petit fin. Au même moment certains esclavagistes noirs africains devaient se dire que les abolitionnistes ont gâché leurs affaires comme si ce commerce les profitait mieux.

En conclusion des questions surgissent naturellement. A quoi peut-on s'attendre de mieux quand on pousse l'indélicatesse, l'indifférence, l'insouciance, … jusqu'à faire de soi-même des bêtes de somme? Quelles considérations voudrons-nous bénéficier de la part des gens au devant desquels nous avons faits preuve de comportements cannibales? De la manière dont les esclavagistes noirs s'activaient dans ce commerce, que voulez-vous que l'esclavagiste européen, installé sur les côtes africaines et qui ne connaît rien de l'intérieur de l'Afrique, pense de l'Afrique et de l'Africain? Quelle image les Africains ont-ils crées d'eux-mêmes en livrant les siens contre des perles, des tissus, du vin et autres produits dérisoires? Bien sûr, rien de positifs.

Au bout du compte nous avons créé notre propre image parce que nous avons fourni les éléments nécessaires à sa construction. Et dans cette lancée ce ne serait pas du racisme si l'esclavagiste blanc a rapporté que la terre africaine est une sorte de vide politique, où l'anarchie, la sauvagerie sanglante et gratuite, l'esclavage, l'ignorance brute, la misère se donnaient libre cours. Des citoyens apatrides, oui, vous l'avez été à leurs yeux. Mais encore que dire de la couleur de votre peau, signe de la malédiction divine, descendant de Canaan, fils maudit de son père maudit Cham. Eux, autres blancs, seraient les descendants de Japhet et Sem, Dieu ayant décidé, à la demande de Noé, d'étendre les possessions de Japhet, d'habiter les tentes de Sem et de faire de Canaan leur esclave. Pourquoi ? Parce que Cham, au lieu de cacher la nudité de son père Noé, s'est tout simplement contenter de rapporter ce fait à ces deux frères qui, au contraire de Cham, se sont chargés de cacher le manteau naturel de leur père sans daigner le regarder. Suite à cette malédiction Cham serait devenu noir. Ces esclavagistes sont d'autant plus convaincus de ce signe de malheur que le noir est chez eux le signe du deuil. Fils impies de race cannibale vous l'avez été aussi à leurs yeux. Vous qui lapidez vos semblables, les dépouillez de leurs robes humaines pour les dévorer. Errant dans la nature, partageant les arbres avec les singes, les eaux avec les crocodiles et les hippopotames, la brousse avec les carnivores féroces, l'homme noir mène une vie plus que bestiale. Idolâtres à cent pour cent le nom de Dieu, l'Absolu, vous est étrange! Tout en vous est démesuré : une peau trop sombre, un nez trop épaté, une lèvre trop épaisse. Continent tropical avec un climat suffoquant : chaleur intense, chaleur humide intense, sécheresse et humidité extrêmes, l'Afrique sera considérée aussi comme le berceau des maladies ravageant comme la fièvre jaune, le paludisme, les maladies intestinales (microbiennes ou parasitaires), les épidémies de méningite cérébro-spinale, … ; des maladies qui ont été considérées comme les signes de la malédiction divine. Vivant au sommet de la barbarie vous devez, à tout prix, être arrimé au train de la "civilisation" et du "progrès". Pour ce faire aucun moyen ne sera épargné sauf ce qui a été oublié.

L'absurdité des esclavagistes noirs africains n'a pas été que maléfique pour les héritiers restés en Afrique, mais aussi pour la diaspora des Amériques. Ces considérations ont entamés et continuent d'entamer le mental de l'homme africain et Afro-américain. Il est emprisonné. Il se minimise et se croit incapable. La démission de l'Africain est totale, et, pour preuve, l'ébahissement et l'émotion dégagés devant les prouesses techniques du Blanc et la confirmation de son incapacité à atteindre un jour le cap du progrès. Les Afro-américains, pas plus que les Africains, n'ont pas pu se démêler de ces considérations d'à priori infériorités par rapport au Blanc. Ce guêpier en dédale a fait tourner et fait tourner encore, d'une manière générale, les Noirs en rond même s'il y a des ébauches saisissantes qui infirment l'image qui a été établie jusque-là par les esclavagistes noirs africains.

Cette image négative de l'Africain, du Noir, a été décrite par MALCOM X dans ce qui a été convenu d'appeler ses derniers discours. Cette description fait apparaître ce que cette image a pu avoir comme effets négatifs dans leur existence. Sa description est saisissante mais il a tout simplement fait l'amalgame dans la situation des responsabilités. Il disait: "Comprenez-moi bien. Jusqu'en 1959, l'image du continent africain était fabriquée par les ennemis de l'Afrique. L'Afrique était un territoire dominé par des puissances étrangères. Une terre dominée par les Européens. Et comme ces Européens dominaient le continent Africain, ils fabriquaient l'image de l'Afrique telle qu'elle était projetée dans le monde. Ils donnaient de l'Afrique et des peuples d'Afrique une image négative, une image haïssable. Ils nous faisaient croire que l'Afrique n'était qu'une terre de jungles, un territoire seulement bon pour les animaux, une région de cannibales et de sauvages. C'était une image haïssable. Ils réussissaient en fait si bien à montrer une image négative de l'Afrique que nous autres, originaires de l'Afrique de l'Ouest, nous autres, les Afro-américains, nous estimions que l'Afrique était en effet un endroit détestable. Nous considérions les Africains comme des personnes détestables. Nous qualifier d'Africains, c'était à nos yeux nous traiter en domestiques, en personnel de maison, c'était parler de nous en termes péjoratifs. Pourquoi? Parce que les oppresseurs savent qu'on ne peut pas demander à quelqu'un de détester la racine sans lui faire détester l'arbre. Vous ne pouvez détester vos origines sans finir par vous détester vous-mêmes. Et comme nous sommes tous originaires d'Afrique, on ne peut pas nous faire détester l'Afrique sans nous faire nous haïr nous-mêmes. Tout a été combiné avec une grande habileté. Avec pour résultat? Ils se sont retrouvés avec vingt-deux millions de Noirs sur les bras, ici, en Amérique, qui détestaient tout ce qui, en eux, leur rappelait l'Afrique. Nous détestions les caractéristiques Africaines, oui, les particularités africaines. Nous détestions nos cheveux. Nous détestions notre nez, la forme de notre nez; la forme de nos lèvres, la couleur de notre peau. Eh oui, c'est la vérité. Et c'est vous qui nous avez appris à nous détester nous-mêmes en nous manipulant pour que nous détestions la terre de nos ancêtres et tous les peuples de ce continent. Tant que nous détestions l'Afrique, nous nous détestions nous-mêmes. Tant que nous détestions les soi-disant caractéristiques Africaines, nous détestions notre propre aspect. Et vous m'appeliez le prédicateur de la haine ! Mais c'est vous qui nous avez appris à nous détester. Vous avez appris au monde à haïr une race tout entière, et maintenant, vous avez l'audace de nous reprocher de vous détester pour la simple raison que nous n'aimons pas la corde que vous avez mise à notre cou. Quand vous apprenez à un homme à détester ses lèvres, les lèvres que Dieu lui a données, la forme du nez que Dieu lui a donnée, la texture des cheveux que Dieu lui a donnée, la couleur de la peau que Dieu lui a donnée, vous commettez le pire crime qu'une race d'homme peut commettre. Voilà le crime que vous avez commis. Notre couleur s'est transformée en chaîne, une chaîne psychologique. Notre sang, le sang africain, est devenu une chaîne psychologique, une prison, car nous en avions honte. Nous croyons... Ils vous le disaient en face, et ils prétendaient ne pas l'être, pourtant ils l'étaient Nous nous sentions emprisonnés parce que notre peau était noire. Nous nous sentions emprisonnés parce que du sang africain coulait dans nos veines. Voilà comment vous nous avez emprisonnés. Il ne vous a pas suffi de nous amener ici et de faire de nous des esclaves. L'image que vous avez créée de notre terre ancestrale, l'image que vous avez créée de notre peuple sur ce continent était un piège, une prison, une chaîne, la pire forme d'esclavage jamais inventée par une soi-disant race civilisée, une nation civilisée depuis la nuit des temps. Le résultat s'en fait encore sentir aujourd'hui chez les nôtres. Comme nous détestions notre sang africain, nous ne nous sentions jamais à la hauteur, toujours inférieurs, toujours sans ressource. Et dans un tel désespoir, où trouver la Force de s'en sortir." Pauvre Malcom X, le blanc n'a absolument rien inventé, ce sont tes ancêtres esclavagistes qui t'ont mis dans la merde. Que l'Afrique, œuvre à la création d'une meilleure image d'elle-même, je jure que le monde l'appréciera à sa juste valeur. A l'image des victimes de l'holocauste les milieux politiques et la société civile réclament réparations à l'Europe et aux Etats-Unis pour les dommages causés par la Traite Atlantique des noirs. Je poserais tout simplement cette question: "Milieux politiques et société civile quelle année attendez-vous pour réclamer les réparations pour les différents Programmes d'Ajustement structurel, renforcés ou non?" Que réclamez-vous aux descendants des esclavagistes noirs Africains? Sont-ils innocents? Pour ma part la responsabilité des descendants des esclavagistes blancs se résume à une responsabilité morale. Il est trop prétentieux et calculateur à la fois que l'Afrique demande réparation matérielle ou financière par rapport à la Traite Atlantique des Noirs. Je vais revenir là-dessus.

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La colonisation, cet autre fait de l'histoire tenu comme responsable de nos malheurs

La cupidité à l'origine des conquêtes

Comme démontré plus haut la colonisation a été une suite logique de l'entreprise de l'homme blanc. Sans mettre sous silence sur ce qui sous-tendait ces conquêtes c'est-à-dire l'esprit machiavélique pour les frics de la part du colonisateur, l'Afrique n'avait pas fait montre d'aucune maturité. C'est ainsi qu'à la suite du succès emporté par les mouvements abolitionnistes de l'esclavage en Europe, que l'Europe va marquer le tournant dans ces relations avec l'Afrique. A quoi bon d'acheter des esclaves si on peut prendre possession des terres et de tous les biens qui s'y trouvent ! Des monopoles sur les côtes Africaines à l'établissement des zones d'influence, l'Afrique sera au centre des intérêts des diplomates européens. Ce qui a constitué le préalable à son partage. A la conférence de Berlin en 1885 plusieurs puissances vont se mettre d'accord pour la placer, entièrement ou partiellement sous leur souveraineté. Il est vrai que la conquête de l'Afrique ne tient, en réalité, qu'au seul esprit de cupidité qui animait les tenants. La découverte imprévue du diamant au Transvaal en 1867, puis de l'or du Rand en 1881, et du cuivre de Rhodésie a fini par ranger l'Afrique parmi les terres, comme l'Australie et les Amériques, à conquérir.

La succession des découvertes minières, réveillèrent les vieilles légendes sur la présence de l'or dans d'autres régions. Tombouctou était pavé d'or, les trésors étaient enfouis dans les montagnes d'Abyssine, "des pays aussi déshérités que le Bahr El Ghazal, par exemple ont été décrits par des savants aussi réputés qu'un Elisée Reclus, … comme d'une rare fertilité… Cinquante millions d'habitants vivraient à l'aise dans cette contrée", " le Sahara nourrirait une douzaine, sinon même deux douzaines de millions d'hommes". La cupidité a été sans commune mesure comme le décrit très bien Joseph Ki-Zerbo: " L'occupation côtière ne suffisait pas pour revendiquer l'hinterland, à moins que celui-ci soit occupé avec notification aux puissances. Les bassins du Congo et du Niger étaient déclarés libres pour le commerce international. Ce fut donc la ruée sur l'Afrique et probablement le principal méfait de l'impérialisme. En 1880 à peine un dixième de l'Afrique était vaguement occupée par les Européens. En moins de vingt ans, tout le reste va être pris. On prend parce que l'on pense en avoir besoin pour protéger des prises antérieures ; puis on prend parce que c'est à la portée de la main ; puis on prend pour devancer le voisin ; on finit par prendre pour prendre, comme en temps de pénurie, parce que "cela pourra toujours servir", ne serait ce que comme monnaie d'échange. Les méthodes sont à peu près partout les mêmes. Le bluff et les "traités" extorqués alternent avec la liquidation de toute résistance et au besoin les massacres. Il est impossible de décrire par le menu cette fièvre prédatrice, dont les grands "champions" furent incontestablement la Grande-Bretagne, la France, le roi des Belges Léopold II et, sur le tard, l'Allemagne de Bismarck".

L'élan des colonies brisé et l'oppression érigée en règle

Il est vrai aussi que la colonisation a été avant tout un système d'exploitation économique sans aucun appareil de développement digne de ce nom mais seulement des éléments embryonnaires d'unités commerciales destinées à faciliter le bradage des ressources naturelles. L'exportation des matières premières et l'importation des produits fabriqués demeurent, dans le système colonial impérialiste, la caractéristique de l'économie des pays colonisés. Le capital importé sert surtout dans le commerce d'importation et d'exportation. Ce qui a conduit à la disparition des industries locales. Elles ne l'ont pas été ipso facto quoique leurs produits finis aient été, d'un certain point de vue, d'une facture plus élevée. C'est toute une machine de guerre commerciale qui a été mise en œuvre pour cette fin.

De l'application de la loi de la jungle capitaliste aux industries locales, ils ont fini par adopter des politiques de prix assorties de subvention au commerce de leurs produits pour faire sombrer totalement les industries locales. L'industrie locale d'armement a été tout simplement anéantie. D'abord réglementée pour une fin de sécurité des colons, la production d'armement a été par la suite suspendue puis interdite. La qualité de la fonte du fer des ancêtres a été appréciée mais elle devait disparaître pour le bien de la métropole et de son industrie lourde. Pour cela des barres de fer vont tout simplement être écoulées à vils prix sur le marché. Les industries du textile, des produits alimentaires, … vont toutes être victimes de cette machine destructive. Que dire de l'affreux système d'indigénat qui a frappé l'Afrique. Il consistait à donner aux autorités administratives le droit de frapper les sujets, pour employer la terminologie officielle, de sanctions pénales, sans avoir à se justifier devant aucune autorité judiciaire. Les textes définissant les infractions sont ambigus. Les infractions portent entre autres sur :

- le refus de payer les impôts, amendes ou de rembourser toute somme à la colonie, ainsi que l'exécution des prestations en nature ; négligence dans ces payements et dans l'exécution de ces prestations.

- le refus ou négligence de faire les travaux ou de prêter les secours réclamés… dans tous les cas intéressant l'ordre, la sécurité et l'utilité publique

- tout acte irrespectueux ou propos offensant vis à vis d'un représentant ou d'un agent de l'autorité. "Ainsi, on sanctionnera le "défaut de salut" au commandant du malheureux qui, faute d'inattention, aura omis au passage de l'administrateur de se mettre au garde-à-vous en faisant le salut militaire".

Les indigènes n'étaient pas des citoyens de la métropole et n'avaient pas le droit de voter ? L'accès au titre de citoyen passait par la validation de certains critères. La citoyenneté donnait le droit de voter mais ne met pas au même pied d'égalité avec le citoyen blanc en termes de justice. L'indigène devenu citoyen était toujours sous le coup du système judiciaire de l'indigénat. Les pénalités prises par l'administrateur restent sans recours et la sanction de la décision par un arrêté du gouverneur n'était qu'une simple formalité. "L'emprisonnement administratif est généreusement utilisé quand on a besoin de main-d'œuvre". L'oppression culturelle tenait une bonne place dans la politique coloniale. La conviction était que toute culture nationale est prise de conscience: elle peut devenir un moyen de résistance. Il s'agissait de s'atteler à la dépersonnalisation de l'indigène. La justification coloniale est, selon Jean Suret-Canale, qu'elle s'applique à des peuples barbares, sauvages, des "peuples enfants", incapables, sans personnalité. Et comble de manquement, toute manifestation culturelle indigène était assimilée à de la barbarie. Les missionnaires y voient au besoin, en plus, le signe d'une manifestation démoniaque. Les instituons africaines en place ont soit été utilisées comme instrument de politique coloniale dans la mesure où elles favorisent le système, soit purement et simplement détruites au cas où elles se seraient posées en obstacle au système colonial.

Il en fut ainsi de ce que l'Afrique avait assimilé de culture arabe des siècles durant. Les maîtres coraniques sont tout simplement réduits à la misère coupant ainsi l'arbre jusqu'à la racine. Le pillage des "brevets" scientifiques et littéraires de l'Afrique fut une catastrophe. Selon Joseph Ki-Zerbo, au cours des conquêtes, les manuscrits saisis dans les bibliothèques des vaincus furent soit détruits, soit se perdirent dans les collections privées, soit expédiés vers la métropole. Ainsi les indigènes vont se voir exproprier des trésors de savoirs écrits, accumulés par tant d'efforts intellectuels pendant des siècles et touchant à tous les domaines de la vie et à toutes les disciplines scientifiques et littéraires, désormais propriétaires de la métropole. Les tenants de ces manuscrits, les intellectuels, les savants seront malmenés, réduits à la misère. Cette oppression contre l'intellectualisme indigène sera le pivot de la politique coloniale pour faire accroupir à jamais les indigènes sous le joug de la domination et de l'exploitation coloniale. Selon Jean Suret Canal les écoles modernes introduites l'ont été tout simplement pour former au besoin des fonctionnaires indigènes de niveau plus ou moins élevé. Le retard économique et social, les conditions générales de vie misérables qui sont l'apanage de l'économie de traite se reflètent dans l'état de l'enseignement : "Plus est accusée l'arriération économique et technique, moins on a besoin de cadres instruits ; plus le système est oppressif, plus l'instruction apparaît comme un danger. Pour le régime colonial, l'instruction des masses présente un double péril : en élevant la qualification de la main-d'œuvre, elle la rend plus coûteuse; d'autre part, elle conduit les masses colonisées à prendre conscience de l'exploitation et de l'oppression auxquelles elles sont soumises. Mais d'autre part, l'appareil d'exploitation économique, d'oppression administrative et politique, ne peut fonctionner sans un minimum de cadres subalternes autochtones, courroies de transmission et agents d'exécution… pour la colonisation. L'instruction est un mal nécessaire. On s'efforcera donc de limiter sa diffusion au minimum strictement indispensable en quantité comme en qualité. Et puisqu'on ne peut se passer de l'enseignement, on cherche à l'utiliser au mieux des intérêts de la colonisation.

La dépersonnalisation culturelle entre ici dans les moyens de cette politique. On donnera à ces agents subalternes une formation purement métropolitaine, on les convaincra de la supériorité exclusive de cette culture européenne dont ils ont le privilège d'obtenir quelques miettes, et on leur inculquera qu'elle les place bien au-dessus de leurs frères restés sauvages, incultes. Jean Suret Canal précise qu'en même temps on s'efforçait de modeler les subalternes suivant les règles du "bon esprit" : ils devaient reconnaître la supériorité du blanc, de sa civilisation qui les a sauvé de la cruauté sanguinaire des "roitelets barbares", lui vouer respect, reconnaissance et surtout obéissance. S'ils sont autorisés à marquer la distance qui les sépare de la vile multitude, ils sont expressément invités à ne pas oublier celle qui les sépare des maîtres européens : on leur rappelle qu'on ne peut, en quelques années, s'élever au niveau d'une civilisation millénaire." La dépersonnalisation des élèves exige que l'on écarte l'emploi des langues locales. L'apprentissage de la langue métropolitaine est le premier objectif de l'enseignement. Pour palier au danger de l'éveil de conscience de l'enseignement on s'efforcera de la vider de tout ce qui n'est pas indispensable aux pratiques de la colonisation. Les programmes éliminent donc toute culture générale, toute discipline susceptible de développer la réflexion : l'histoire locale n'est enseignée que sous forme d'une apologie de la colonisation ; la grandeur et la noblesse de la mission civilisatrice de la métropole.

Le système colonial restreignit les possibilités d'expression politique proprement africaine. Ce sont les résistances armées, les mouvements religieux et l'action politique moderne dont les premières actions apparaissent parmi les premiers ouvriers (cheminots du Dakar-Niger) et les évolués. On s'efforcera tout le long de la colonisation de détourner les regards curieux et dérangeants des colonies pour ne pas étaler sur la place publique le système d'exploitation et l'administration surannés qui s'y pratiquent. Aussi toutes mesures sont-elles prises pour que rien ne filtre de ce qui se passe en Afrique : "Les voyages de journalistes, quand il y en a, sont habituellement suscités et payés, pour chanter la gloire du ministre des colonies ou du gouverneur général, et, par conséquent les bienfaits de la colonisation, tout en vouant aux gémonies les mal informés et les aigris qui découragent par leurs critiques intempestives les "acteurs courageux de la grande épopée coloniale… Agents de commerce ou fonctionnaires coloniaux étaient tenus au silence par la solidarité ou simplement par le désir de ne pas briser leur carrière". Et comme si cela ne suffisait pas l'Afrique sera mise à contribution dans les deux guerres, guerres dans lesquelles elle se trouve étrangère. Selon Jean Suret Canal les deux guerres mondiales vont mobiliser près de 400 000 indigènes sans compter la participation à l'effort de guerre pour approvisionner en denrées alimentaires et en matières premières les machines de guerre européennes.

Des systèmes d'exploitation économiques d'autres temps

Selon Jean Suret Canal les investissements productifs étaient insignifiants. L'accent était mis sur les cultures d'exportation. Et elle devenait obligatoire au besoin par l'impôt malgré la misère très prononcée du paysannat. L'objectif n'est pas d'engager les moyens techniques pour une productivité élevée mais d'acheter peu et à un bas prix : "L'extrême faiblesse de la productivité, correspond à la médiocrité des moyens techniques mis en œuvre, le niveau très bas des prix à la production, imposé par les sociétés de traite et sanctionné par les "mercuriales" administratives, faisait obstacle au développement d'un incitant économique à la production. L'autoconsommation à l'intérieur de la famille patriarcale, quelques échanges marginaux sur les marchés locaux assuraient aux populations, dans leur cadre traditionnel, une subsistance médiocre. L'attrait des marchandises importées, souvent d'utilité douteuse, ne pouvait suffire à pousser le paysan à de nouvelles cultures destinées au marché ; au surplus, ces nouvelles cultures ne pouvaient se développer en règle générale sans une limitation ou une régression des cultures vivrières, elles-mêmes à peine suffisante à assurer la survie des populations, frappées de disettes périodiques. A défaut d'incitant économique, l'obligation de l'impôt personnel constituait un excellent moyen de pression. Pour se procurer l'argent nécessaire à la capitalisation… le chef de famille patriarcale se voyait obliger de consacrer une partie des champs familiaux à des produits exportables marchands, c'est-à-dire en règle générale des produits exportables". D'après Jean Suret Canale les logistiques de transports réalisées suivaient le cheminement du commerce de traite. Ports, chemins de fer et pistes sont à la mesure de la médiocrité du commerce de traite. Les chemins de fer ne formaient pas un réseau mais simplement une série de voies de pénétration rudimentaires. Il s'agissait de voies stratégiques liées au port et construites pour joindre les biefs navigables des cours d'eau de l'intérieur.

Ce n'est pas que ces propos proviennent d'un historien de surcroît blanc qu'il faudrait prendre partie parce qu'ils sont moins subjectifs. Non. Il faudrait plutôt chercher à savoir ce qui a été fait depuis les indépendances jusqu'au jour d'aujourd'hui pour remédier à ces blessures, si on peut les considérer à priori comme blessures. Aucun des faits abordés que ce soit la cupidité du colonisateur, le système d'exploitation économique tourné vers le bradage des ressources naturelles des colonisés, le système de l'indigénat, l'oppression culturelle, la destruction des institutions, le pillage intellectuel, les privations d'expression ne sont étrangers à un système colonial. Que voulaient donc les Africains? Que le colonisateur développe l'Afrique et octroie l'indépendance comme quelqu'un investi d'une mission salvatrice? Si c'est le cas, ils peuvent attendre encore, patience quand même. La logique de la colonisation tient encore, une fois de plus, à l'image donnée par les Africains eux-mêmes. La plupart des échanges que l'Afrique a eu à faire avec l'Europe et bien avant avec les Arabes ont été faits avec de l'or. Que ce soit le fusil, le vin, les perles, les soies,… c'est l'or qui était la contrepartie. Et ce n'est pas la quantité de l'or qui a aiguisé les appétits mais la valeur de la marchandise et tout le bénéfice qui l'entourait à cette époque et qui l'entoure aujourd'hui. Les Africains en étaient tellement pourvus qu'ils pouvaient se permettre de l'échanger contre des produits aussi dérisoires. Ceci ajouté au fait que l'Afrique ait fait montre d’un vide politique pendant la Traite Atlantique des noirs, la colonisation devenait de facto un tournant inéluctable.

Ce n'est donc pas un fait né d'ex-nihilo. L'Afrique a toujours préparé le terrain pour les ingérences de toute nature. Les faits qui se sont déroulés après les indépendances ne me démentent pas. Les programmes d'ajustements structurels sont de ces types de solutions apportées par l'extérieur. Pendant de longues années les Etats africains ont brillé par le népotisme de toute sorte. Copinage, cousinage, amical ont constitué au quotidien les lits des malheurs des Etats africains. Les sociétés et entreprises d'Etat mal gérées, les effectifs pléthoriques dans l'administration, les emplois fictifs, les postes fictifs, les employés fictifs, les frais de mission des personnalités de l'Etat surestimés, les trains de vie de l'Etat à la démesure de ses moyens, … sont autant de faits qui ont été tolérés et qui ont contribué à faire sombrer les maigres ressources de l'Etat. La liberté d'expression n'était pas tolérée et les opposants se cachaient pour s'exprimer par des sobriquets ou s'exiler tout simplement. Aucune mesure, au pire des cas, des mesures timorées, n'a été prise pour remédier à cet état de fait. Or une simple rétrospection historique permettait de se rendre compte de la conception qu'ont les citoyens du pouvoir. L'immobilisme avec lequel les affaires des Etats africains ont été traitées a toujours créé des situations d'attentisme des réactions internationales. La démocratie a été recommandée au sommet France-Afrique de la Baule, dans les hall des Institutions de Brettons Wood les programmes d'ajustement structurels ont été ficelés par des étrangers pour l'Afrique parce que selon Soumana SACKO, ancien Premier Ministre du Mali sous la Transition démocratique et Président du Forum pour le Renforcement des Capacités Africaines, les Africains n'avaient pas la capacité de le faire, et, enfin à Ouagadougou la leçon de la bonne gouvernance a été dispensée au Forum regroupant certains chefs d'Etat africains.

Par ailleurs, il est devenu coutumier de traiter la colonisation de tous « les péchés d'Israël. » La colonisation serait le responsable du malheur et du sous-développement de l'Afrique. Qu'à cela ne tienne. Mais quelles sont les institutions africaines qui ont été réhabilitées au lendemain de la colonisation c'est-à-dire après les indépendances? Quelles sont les œuvres scientifiques et littéraires qui ont été inventoriées et valorisées? En ce qui concerne l'oppression culturelle, quels sont les us et coutumes qui ont fait l'objet de légifération? Les citoyens se reconnaissent-ils dans les textes qui les régissent? N'eût été l'avènement de la démocratie, cela grâce au « concours » de la "métropole", combien de pays africains tolérait la liberté d'expression? En ce qui concerne le bradage des ressources naturelles quel est le pays subsaharien qui a pu exploiter au mieux ses ressources naturelles pour le développement? Il n'y en a pas. Et pourtant ce ne sont pas les ressources qui manquent. Scandales géologiques par excellence, certains pays comme la République Démocratique du Congo, l'Angola, la Guinée, le Gabon, le Congo Brazzaville, ... qui renferment les ressources naturelles les plus recherchées au monde pataugent au bas du classement des pays développés. L'exploitation des ressources n'est plus entre les mains de la métropole. Laissons nos boucs émissaires dormirent enfin en paix.

Pour toute réponse à ces questions, l'honnêteté intellectuelle nous oblige à répondre par la négative, c'est-à-dire rien. Mais depuis l'année charnière des indépendances, 1960, les milieux politiques et intellectuels ne cessent de chanter sur tous les toits que la colonisation a mis en retard l'Afrique par la politique qui l'a sous-tendu depuis. Paradoxalement, ils demeurent incapables d'initier le changement attendu. Alors pris dans leurs propres dits et par leur immobilisme devant l'évolution de la situation internationale, les dirigeants africains facilitent l'ingérence factice de l'ex-métropole qui nous vient comme dresseuse des situations, mais dont les actions font l'objet d'interprétations diverses. C'est vrai que toutes les actions ne sont pas de la philanthropie, mais il est urgent aussi que les dirigeants africains comprennent que l'Afrique n'est pas une exception sur la scène internationale mais que c'est leurs comportements à eux qui en font une exception. Les dirigeants africains doivent cesser d'attendre, au contraire ils doivent souvent anticiper sur le cours de l'évolution politique et sociale.
Par ailleurs si on regarde bien le fonctionnement de la colonisation, on voit bien qu'à l'opposé des valeureux combattants de la résistance aux pénétrations coloniales, certains africains notamment les chefs locaux et les gardes ont été les piliers dans l'exécution des ordres coloniaux. Des chefs locaux qui dans le souci de préserver leur maigre privilège livre leurs concitoyens aux colonisateurs, aux zèles avec lesquels les gardes exerçaient leurs fonctions en excédant les ordres du colonisateur et en terrorisant les populations, les Africains témoignent de leur concours précieux dans la subordination des siens. Le problème est tel que la plupart des gardes, qui ont sévi les populations pendant la colonisation, n'ont pas pu résider dans leur localité d'origine craignant ainsi les revanches. Ceci ajouté au fait que certains africains ont prêtés mains fortes aux colonisateurs pour combattre leurs frères dans la résistance, on est tenu à faire des réserves sur la responsabilité unique des Européens dans cette entreprise.

En outre, les infrastructures, si modestes soient elles laissées sur place après la colonisation, n'ont jamais été évoquées comme bienfaits de la colonisation parce qu'on concède mal à flatter le colonisateur. On veut tout transformer en drame. Or les infrastructures de communication au nombre des routes, des chemin de fer, des téléphones, des moyens de transports, les ponts et barrages, les industries de transformation, les grands chantiers comme l'Office du Niger au Mali, le développement de grandes plantations de café et de cacao en Côte d'Ivoire, au Ghana, … sont autant de réalisations de la colonisation qui méritent reconnaissance bien ce soient les africains qui soient les bras valides de ces différents travaux sous la coupole du travail forcé. Loin de tout esprit de bassesse les bienfaits du savoir-faire du colonisateur doivent être cités et c'est réconfortant et motivant quand on y concède surtout que c'est sur ces mêmes réalisations que les nouveaux Etats africains vont prendre leur envol.

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L'APRES-COLONISATION

A la fin de la colonisation l'Afrique a poussé un grand ouf ! Pour elle c'était la fin des calvaires qui n'ont que trop duré. Pour l'heure, l'esclavage n'était, ni plus ni moins, qu'un vieux souvenir. Déjà, elle avait classé la colonisation dans son passé lointain pour ne plus se souvenir d'elle. Mais c'était oublier que la hantise de la colonisation est mille fois plus ravageant que la colonisation elle-même. Le malheur, c'est qu'aucune préparation n'a été faite, au préalable, pour déblayer les terrains politique, économique, social, culturel, etc. de la colonisation et de ses fléaux. L'indépendance a tout simplement été confisquée par des parvenus intellectuels n'ayant aucune connaissance des savoirs, des savoir-faire ; des valeurs ancestrales qu'ils méprisent d'ailleurs. Qui plus est, ils se déchiraient entre eux pour l'accession au pouvoir. Le pilotage des mouvements d'indépendance par ces pseudo-intellectuels, acculturés, assimilés, dualistes, formés pendant la colonisation pour les besoins de la cause, a été une grande erreur. Il aurait dû l'être par les forces imprégnées des vertus traditionnelles. Et c'est là qu'on peut dire que l'Afrique est mal partie pour, ainsi, paraphraser René Dumont. Des faux dirigeants de l'après-colonisation, manquant de flexibilité nécessaire, ont échoué dans cette tentative fatale de retour à l'authenticité, à ce qui faisait l'être des fils de l’Afrique. Le toilettage n'a pas été possible parce que tout simplement les acteurs n'étaient, eux-mêmes, pas disposés à subir les "supplices". Ils avaient fait le parti pris de tous ceux que le colonisateur leur avait enseignés à savoir :

- Que la civilisation métropolitaine est la meilleure des civilisations dont ils ne reçoivent, là, qu'une miette partie,

- Que l'assimilation de cette civilisation leur met à un rang supérieur au reste des indigènes.

- Et qu'avec cette civilisation ils doivent marquer la distance avec les autres indigènes.

Selon Samuel KODJO l'école moderne a crée, de toute pièce, une nouvelle élite fortement déracinée culturellement qui n'avait plus sa place dans les milieux traditionnels et devait se frayer un chemin nouveau. Mais transposé au beau milieu de cette civilisation sans effort majeur pour y accéder, ils n'ont jamais su quelle peine le colonisateur a dû subir pour en arriver là. Ils comprendront trop tard qu'il est plus facile de vivre une civilisation que de la construire et que la meilleure aurait été de partir de ce qu'on a de concrets, ses propriétés, pour y adjoindre au besoin ou aux nécessités ce qu'il y a de meilleur ailleurs.

Des groupes conservateurs dans les confins lointains de l’Afrique l'avaient compris, mais leur soulèvement n'ira pas loin. Le poussin sera, tout simplement, tué dans l'œuf. Il en a été de même pour les quelques intellectuels avertis qui luttaient pour la fin de l'exploitation économique, de la domination politique, de l'oppression culturelle de l'Afrique: Patrice Emery Lumumba, Gamal Abdel Nasser, l'Empereur Haïllé Sélassié 1er le Négus, Ben Bella et Kwamé Krumah, Modibo Keïta, Sékou Touré, Amilcar Cabral, ... La liste de tous ceux qui tombèrent en Afrique pour avoir voulu d'une indépendance autre que celle pensée dans les capitales occidentales est interminable. L'histoire de la décolonisation est l'histoire des crimes crapuleux, d'attentats en tous genres et de complots permanents. Les sévices des services spéciaux occidentaux, "des barbouzes" aguerris dans l'art de la déstabilisation politique, du coup d'Etat militaire, de l'assassinat, des génocides ethniques ont ouvert des plaies béantes. Personne n'a le droit d'oublier et la jeunesse africaine, plus que toute autre, doit apprendre à connaître les sacrifices de ceux dont le rêve a été de lui ouvrir une voie autre que celle voulue par l'occident, dont elle paye aujourd'hui et plus encore demain les conséquences. Ces intellectuels ont été traqués jusque dans leur dernier retranchement avec la complicité de certains frères africains. Oui personne d'autre n'est venue traquer ces intellectuels et dirigeants africains, si ce n'est les africains eux-mêmes. C'est cette évidence des faits qui créent la frustration.

Quand les bâtisseurs africains parlent de conscientisme, de sursaut national et supranational, de travail, de vertu, d'intérêt général, … d'autres, les taupes ceux-ci, sont là à nourrir des intérêts personnels pour le pouvoir comme au bon vieux temps. Aucun Français, aucun Anglais, aucun Portugais n'est venu traquer un président africain sur le sol africain. L'esprit infantile et primaire des comploteurs africains, leur immaturité, leur manque de discernement, … ont contribué à faire de l'Afrique une poudrière de coups d'Etat comme au temps des chefferies à l'époque de la traite Atlantique des noirs. Le problème est que, à quelques exceptions près, aucun renversement de régime en Afrique ne s'est soldé par une bonne gouvernance ou un développement conséquent.

Qui a fait du président guinéen Sékou TOURE, qui n'est pas exempt de reproches non plus, un sanguinaire? Rien d'autres que les vagues de complots qui se tramaient dans les pays voisins et sur son sol; l'environnement politique. Qui a écarté Gamal Abdel Naser du pouvoir? Ses propres chefs militaires. Patrice Emery Lumumba torturé à mort par ses propres concitoyens. L'Empereur Haïllé Sélassié 1er, le Négus, mort étranglé. Ben Bella et Kwamé Krumah renversés par des coups d'Etat militaire par leurs propres militaires. Qui a assassiné Modibo Keïta? Ses propres milices qui, auparavant, avaient saboté son régime par les excès de toute sorte. Amilcar Cabral, leader du Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap Vert, assassiné.

D'aucuns diront que les choses ne sont pas aussi simples que ça; je répondrais qu'il ne faut pas non plus trop compliquées les choses. Il est vrai que certains leaders ne sont pas des exemples de classe, mais les putschistes se doivent de cesser d'agir avec la bénédiction de l'extérieur. Quand vous devenez les artisans de votre propre autodafé! Et "Jean ne valant pas mieux que Paul" certains régimes révolutionnaires vont surtout se singulariser en tant que machine de répression dirigée contre des soi-disant comploteurs avec l'extérieur dont certains étaient des innocents mais aussi, et surtout, les visionnaires des plus avertis. Des opposants politiques, de simples concurrents dans la cour à une femme, des concurrents économiques etc. vont, tout simplement, subir la justice sommaire pour haute trahison et connivence avec l'ennemi et cela sur un simple "pointage" d'index des indicateurs qui ne sont pas au-dessus de tout soupçon. La peur au ventre, l'effort réel de ces dirigeants se portaient sur la survie du régime et non l'épanouissement des peuples.

A la suite de ces régimes sanguinaires, les coups d'Etat vont entrer à la mode. Des groupes de soldats à la solde de l'extérieur vont se ruer à l'assaut du pouvoir. Et de cette ruée, ce sont les peuples et les richesses minières qui vont en pâtir. Les régimes faibles (militairement s'entend) deviennent des proies faciles à saisir. Et c'est simple. Les marionnettistes provoquent une rébellion quelconque maquillée en complicité tacite avec des subalternes rebelles qui ne savent pas trop ce qu’eux-mêmes veulent, le pouvoir ou quelques grains de poudre d'or ou de diamant, et présentée comme une émanation des populations autochtones et assurent l'approvisionnement en armement nécessaire pour ce faire. Les subalternes rebelles africains créent des zones tampons autour des gisements miniers, dilapident les ressources minières pour alimenter un trafic international dont les relais ignobles se trouvent être des frères africains de sang. Des rébellions dédoublées de carnage et de génocide planifiés sévissent en toute impunité et au meilleur des cas ils sont tout simplement décriés. Alors Nations civilisées qu'avez-vous fait de la Déclaration Universelle des droits de l'homme et de l'enfant en ces parties concernant le droit à la vie?

Le Burundi, le Rwanda, l'Angola, la Sierra Leone, le Liberia, la République Démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, la République Centrafricaine sont autant de terres d'horreur et de honte pour l'Afrique. Ce ne sont pas tout un contingent d'agents de services spéciaux étrangers qui ont atterri sur le sol africain pour rendre inhospitalières ces parties de l'Afrique, mais ce sont des frères Africains armés qui se livrent à des désastres humanitaires sur leurs propres populations. Le crime pour le crime reste le cas des coupeurs de mains et de têtes et les auteurs de mutilation. Les "commanditaires étrangers", si commanditaires il y a, ont quand même plus besoin de poudre d'or et de diamant que des mains ou des têtes coupées. Aux vues de ces horreurs on est tenté de poser la question à savoir à qui profite ces crimes? Bien sûr que l'arsenal engagé ne peut provenir des peuples "qui n'ont jamais rien inventé, ni la poudre, ni la boussole". Mais pas d'amalgame. Les contingents sur les fronts de la rébellion n'ont pas été héliportés. Ce sont tous des Africains dédoublés de maquisards nés. L'habitude de tout mettre sur le dos de l'injonction extérieure doit être bannie à jamais. Il est impérieux de réfléchir à la question pourquoi ces désastres n'arrivent qu'à l'Afrique et aux Africains. Pourquoi ça n'arrive pas aux autres? Pourquoi sont-ils plus faciles à manipuler? Rien d'autre que par un manque de responsabilité et de crédulité. Et quelque soit les injonctions extérieures, personne ne pourra me tenir le contraire qu'un Mobutu Sésé Séko n'est rien dans la décadence de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre). Idem pour la Sierra Leone avec les rebelles du R.U.F., la République Centrafricaine avec Ange Félix Patassé et les rebelles, le Libéria avec les différents fronts rebelles, la République du Congo avec les rebelles et Dénis Sasoun N'guésso, la République de Côte d'Ivoire avec les héritiers de Feu Félix Houphouët Boigny, l'Angola avec les rebelles de l'U.N.I.T.A., le Burundi, le Rwanda, avec les génocidaires…

Dans la suite logique de la prise du pouvoir par la force c'est le zèle de la toute puissance qui voit le jour. Ici on se couronne empereur, là bas on se proclame père de la nation, de l'autre côté on se crée des paradis terrestres au milieu des tonnes de misères, etc. Inconscients que vous êtes! C'est tout simplement écœurant. Il faut que les choses marchent autrement. Mais qu'est-ce qui reste à faire au peuple si les gangrènes du pays sont les dirigeants? Une seule chose: la révolution par les armes ou la révolution par les urnes. Aucune option n'est à écarter. Mais les actions sous coupole ne valent pas mieux non plus.

 Une société en panne

Une jeunesse au bord de la défaillance

De ces dirigeants stéréotypés, l'Afrique a à faire maintenant à des jeunes en manque de repères, d'orientation, d'exemples… à la mesure des illustres disparus; une jeunesse laissée à elle-même, s'autoéduquant dans un labyrinthe d'influences au gré des vagues de modes vagues ou consommant, tout simplement, à souhait ces stéréotypes sans origine. Hé! Fiston l'enfance n'est pas, ipso facto, source d'errements. Comme on le dit si bien "Un enfant éveillé est à même capable de malaxer le dèguè (bouillon de mil fait sous forme de pâte) des adultes." Jeunes, ne vous sous-estimez pas. Ayez confiance en vous-mêmes. La confiance est la base de tout succès. Un peuple qui doute de lui-même, de ses capacités, de ses valeurs intrinsèques est un peuple sans avenir. Donc ayez confiance en vous-mêmes et faites surtout la part des choses. Le vieil adage de Amadou Hamapaté BA selon lequel "En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle" doit être comprise à la dialectique. La vieillesse n'est pas une référence en soi. Et un vieillard peut être aussi stupide que n'importe quel commun des mortels. La synthèse de la somme des expériences acquises qui constituait les atouts d'un vieillard est, de nos jours, sans valeurs notoires. Rarement, aujourd'hui, la vie enseigne. Les valeurs sociales, qui étaient sacrées et qui faisait préférer, l'homme, la mort à la honte, se sont effondrées. Ne vouloir jamais devenir un des cités en exemple doit être votre credo. Le succès se gagne de différentes manières, bonne et mauvaise. La fortune et la renommée se gagnent aussi de différentes manières, ne l'oubliez pas. De même ne dédaignez pas un infortuné, il a peut être préféré la pauvreté à la corruption et à la délinquance financière.

Jeunes, n'oubliez jamais ceci : "Dieu a crée l'homme à son image", il est donc son sosie. Capables de réflexion, vous devez demeurer pour vous-mêmes la référence des références. Ayez conscience du sens aiguë de votre devoir. Au contraire des sportifs qui craignent que l'enjeu ne tue pas le jeu ; l'Afrique doit craindre, pour sa part, que le jeu ne tue pas l'enjeu. La jeunesse s'est beau amusée, elle ne doit jamais oublier que le défi du développement reste son seul adversaire dans la vie. Mais hélas, la déroute de la jeunesse, son attirance excessive vers le jeu font craindre les moins sceptiques. Ces usines de fabrique de boissons alcoolisées qui ne s'arrêtent pas et n'enregistrent jamais de stock parce que n'arrivant pas à satisfaire la demande en alcool ; et, parce que les bouteilles se vident au fur et mesure qu'elles se remplissent. Ces générations sexuelles abonnées des sex-shops qui ne se voient utiles que dans l'attrait sexuel, la saisie du sexe, l'emploi du sexe en ces temps de maladies sexuellement transmissibles. Ces générations prêtes à sacrifier le fruit d'un ou plusieurs mois de labeur dans une soirée de "gala". Ces générations qui imitent et se font appeler par les noms de stars comme Jordan, … et se capent à ce niveau. Cette imitation aurait été une bonne chose en soi si elle touchait au-delà de la forme, le fonds de la chose ; mais peine perdue. Ces générations qui perdent les formalités d'usage du langage dans les rapports. Ces générations de jeunes à qui on offre tout sur un plateau d'argent, à qui on n'apprend pas "comment pêcher du poisson" ; et, qui, devenues majeures, se lèvent un beau matin, les mains vides et en méconnaissance de toute incantation, pour aller "de quoi pêcher." Ces générations de jeunes qui mangent étrangers, s'habillent étrangers, se chaussent étrangers, se coiffent étrangers, se maquillent étrangers, se comportent étrangers, vivent étrangers, … avec des produits étrangers. Ils contribuent consciemment ou inconsciemment à la décadence culturelle et économique de leurs nations. Ces générations de jeunes sans souci qui se droguent, ces générations mégalomanes, cleptomanes, play-boys. Ces jeunes hommes d'affaires tout azimut qui s'habituent déjà à soudoyer à longueur de journées les fonctionnaires de l'Etat avec des dessous de table. Ces générations de jeunes scolaires sortant avec des diplômes à la limite valables. Ces générations qui croient dur comme fer à la facilité. Ces générations désœuvrées, vivant au jour le jour, qui misent dans les jeux de hasard tout en ne sachant pas de quoi demain sera fait. On doit craindre le pire pour un peuple où les générations de classe d'âge s'entassent, faute de moyens pour fonder un foyer, compromettant ainsi la cellule de base de la société : la famille. Le pire est à craindre pour un peuple où l'argent n'a pas d'odeur ; où le héros n'est pas celui qui préfère vivre avec sa dignité sous un toit de chaume mais celui qui arrive, selon une expression populaire, à donner "un bon coup de tête" à l'Etat ou à un particulier pour édifier un château. Le pire est à craindre pour un pays où des cadres supérieurs, ne comptant que sur leur salaire, ne peuvent, mathématiquement, rien faire comme réalisation à plus forte raison les autres catégories. On me dira que les commodités de la vie en ville ont un coût qui n'est pas à la portée de tout le monde. Mais la terre appartient à l'Etat et ceci doit dispenser le fonctionnaire de finir sa carrière en location? Un exemple parmi tant d'autres comme quoi les solutions ne sont pas toutes spectaculaires.

La déroute morale de la société

Les Africains doivent, dans leurs activités de tous les jours, dans les bureaux, les comptoirs commerciaux, les transactions commerciales, les dépouillements d'appel d'offres, la prise des grandes décisions politiques, économiques et sociales etc., s'assurer qu'ils sont avec Dieu et les hommes. Sinon… La déroute actuelle de la société fait craindre le pire. Une société, où la corruption est érigée en règle et le manteau de la dignité trop lourd à porter est suspendu au porte manteau, ne peut aucunement espérer sur quelque chose. Certains corps de fonctionnaires comme les services de finance et certains postes de responsabilités sont classés parmi les boîtes à sous. Etant dans un de ces corps ou à un poste très prisé, gares à toi si tu ne fais pas de réalisations visibles. Des propos accablants vont fuser de partout : mais c'est un monsieur amorphe; il n'a pas le sens des affaires; c'est un maudit; … Ils, ces propos, viennent des parents, des amis, des conjointes ou conjoints, … et, comble de contrariété, parmi eux des personnalités au-dessus de tout soupçon. Selon Edward Van Roy: "La corruption implique la corrosion des valeurs et mœurs traditionnelles et de la sorte l'affaiblissement et l'écroulement des standards de conduite modèle."


Le drame le plus inquiétant de la société est la perte de la foi, une foi dont l'Afrique n'a jamais tari. Les Africains ont été par essence croyants. Cette croyance s'étend à tous les domaines de leur vie. Que ce soit la croyance en tant que croyance religieuse, que ce soit la croyance aux vertus humaines comme la dignité, l'honnêteté, la tolérance, la solidarité, la bonté, la sincérité, le respect de la parole donnée, le travail bien fait etc., que ce soit la croyance aux interdits tels les bois sacrés, les mares sacrées, les animaux et plantes sacrés, que ce soit la croyance à l'ordre de bienséance dans la société dans le sens ascendant allant du vieux patriarche aux chef de famille, aîné, cadet, que ce soit la croyance au charlatan du coin et autre sorcier ou sorcière, que ce soit la croyance au totem, les Africains croient profondément. Leur croyance aux vertus humaines leur faisait préférer la mort à la honte c'est-à-dire la mort à la non observation de ces vertus. Personne ne voulait être classé dans la catégorie des nobles non vertueux.


Amadou Hampaté BA au cours du Premier Colloque International de Bamako disait ceci: "L'Afrique est profondément croyante. Elle croit aussi bien que ce soit aux fétiches, elle croit, que ce soit à la force elle croit, si bien que si vous enlevez la foi à l'Afrique, elle serait une armoire gigantesque sans aucun objet précieux. Si vous voulez comprendre l'Afrique, il faut tenir compte de la religion ? Je ne dis pas religion islamique, chrétienne ou judaïque, je dis religion, c'est-à-dire la foi. Et il faut tenir compte également de l'occulte. Or l'homme moderne, c'est-à-dire l'homme de l'autre rive de l'océan s'est désocculté et nous (Africains), nous le sommes encore." Ce qui est bien dit. Mais force est de constater que certains d'entre les Africains d'aujourd'hui croient à quelques exceptions prêtes. Si ce n'est la mort intangible au bout des transgressions, rien aujourd'hui ne peut leur faire reculer. Ce n'est pas l'emprisonnement pour motifs de vol, de fraude, de corruption, de délinquance financière, de clientélisme, de viol, … qui peuvent les arrêter. La prison est devenue l'antichambre de leur maison. Autre chose, les "laquidjo" (hommes de courbettes) poussent comme des champignons et on s'en fou la dignité. Chose impensable dans un passé pas trop lointain. Mais comment cette déconfiture sociale est-elle survenue si rapidement? Les seules croyances qu'ils "respectent" restent celles dues aux mares et bois sacrés, aux charlatans et sorciers, au totem intangible du groupe social, en somme des croyances pourvoyeuses de mauvais sorts. L'observation de ces croyances l'est plus par la crainte des châtiments de mort liés à ces reliques de la société traditionnelle que par le respect dû à une croyance. La perte de la foi reste donc le péril le plus dangereux pour lequel des actions, au demeurant les plus rigoureuses, doivent être prises afin de conjurer ce mal qui fait saigner la société.

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DES VEXATIONS AU PASSE DE L'AFRIQUE

Des pouvoirs qui calquent mal les réalités africaines

Les pouvoirs actuels en exercice en Afrique ont ceci en commun : leur incompréhension par les populations sur lesquelles ils sont pourtant censés s'exercer. Cette étrangeté manifeste des pouvoirs actuels anime beaucoup de débats en Afrique; des cercles d'intellectuels au commun des mortels en passant par les politiques. Ces débats virent à l'émotionnel. Des pouvoirs judiciaires en déphasage avec les réalités sociales, les us et coutumes. Les magistrats et les avocats sont tous conscients de cet état de fait mais il faut sacrifier les us et coutumes sur l'autel de l'universalité sans autre forme de procès. Un pouvoir judiciaire conduit en représailles contre des populations terrorisées dont il est censé protéger. Le comble de cette crainte est perceptible dans les regards des justiciables quand ils ont des affaires qui trament en justice. Des juges à compétence étendue, une réplique du système colonial, continuent de sévir et, connaissant que la juridiction est rendue dans les langues coloniales, on imagine le chemin de croix des usagers illettrés et ignorants. Pourtant ce n'est plus les ex-métropoles qui dirigent les Etats africains.

Les appareils judiciaires sèment les tourments dans la société. Les arrêts de tribunaux pourvus en cassation sont renvoyés pour un nouveau jugement. Mais, dans tout ça, qui ment? Qui triche ?, s'indignerait un traditionnaliste. Un autre problème est le fossé large qui sépare les lois "modernes" et les règles sociales traditionnelles. Quand la tradition enseigne que l'individu doit honorer partout le nom de la famille, la justice moderne érige en droit que l'individu est responsable de ses actes. Quand la justice moderne érige en droit la liberté individuelle, la tradition maintient qu'il n'y a de liberté en dehors de celle que la famille consente pour l'individu. Dans la conception de la tradition l'individu n'est jamais seul. Il résume lui-même, la famille, la société, l'univers. Il agit en leur nom. Ses actes posés engagent toute la famille, toute la communauté qui partage les responsabilités. On ne dit jamais un tel a fait ceci mais plutôt un des nôtres a fait ceci. Magnifique ! Là où la justice "moderne" érige en droit que l'homme et la femme naissent égaux, la tradition enseigne que l'homme et la femme, de par leur nature, ont des rôles différents à jouer dans cette vie ici bas. Mais ceci demeure un pseudo-débat. Ce ne sont que des formules d'appréciation de valeurs : égalité d'un côté, différence et complémentarité de l'autre. Quand le droit "moderne" cultive à outrance l'individualisme, la tradition enseigne un socialisme familial. On ferme les yeux; pardon, on ne mesure pas les dégâts sociaux que ces droits "modernes" peuvent engendrer à la longue. A leur élaboration on oublie volontiers les tares de la société occidentale dans le domaine du social : la solitude, les établissements d'accueil des personnes du 3ème âge, l'abandon pur et simple des vieilles personnes… Choses impensables ici mais qui peuvent, si on y prend garde, entrer dans les mœurs avec la culture de l'individualisme.

La société traditionnelle est assise sur la culture de la "Baraka". Ce n'est pas un vain mot et quiconque ose le défier en subit inexorablement les conséquences effroyables. Elle est devenue un pacte social et familial inviolable et chaque membre de la société mesure les bienfaits de sa possession et les méfaits de sa défection. La "Baraka" s'obtient par le respect dû aux parents et semblables et tous ceux qui se trouvent être plus âgé que soi, l'obéissance, l'assistance et la prise en charge des parents durant la période de retraite. Qu'on ne s'y trompe pas le fiston blanc peut se permettre de désobéir aux parents, à leur tenir des propos insultants sans se soucier de quoique ce soit, mais le fiston noir Africain ne peut se permettre ce "luxe odieux". Cela est compréhensible dans la mesure où l'occident n'a pas connu la culture de la "Baraka". Ceci dit ce n'est pas le fait qu'on soit autorité aujourd'hui qui doit faire oublier cette culture de la "Baraka". Mais fort est de constater que la situation de la société dont les autorités ont en charge de préserver peut aboutir dans un avenir proche à un désastre.

L'envahissement des médias d'ailleurs constitue un péril dangereux pour la société avec des images exécrables, des scènes horribles et des rapports sociaux imagés, tronqués souvent de fiction et laissés à la portée des couches les plus vulnérables que sont les mineurs, et, qui les prennent pour de l'argent comptant. Droit et protection de l'enfant quand tu nous tiens! Dans les campagnes africaines abondent des Charles Montesquieu, Didérot, Sigmun Freud mais ils n'ont jamais été repérés et inventoriés à plus fort raison d'être valorisés et enseignés aux générations futures. La floraison de l'outil Internet, lieu de rendez-vous des pédophiles, des proxénètes, des réseaux de prostitution, des trafiquants d'armes, des fabricants des bombes artisanales et/ou atomiques, des images de nudité féminine proposant en direct des scènes obscènes font la part belle des criminels. Accessible par toutes les strates d'âge de la société, ces images ne doivent souffrir d'aucune restriction de la part des autorités publiques au contraire, il faut l'étendre à toutes les localités qui en sont dépourvues! Les films porno, de violence, de guerre, de fictions sociales, dans lesquelles de nouveaux types de rapports sociaux sont savamment idéalisés par les maîtres à penser, ne constituent pas non plus un danger; il faut s'ouvrir à d'autres « cultures » et comme ça! Oui comme ça! Comble de frustration les organisations religieuses et autre société civile qui pointent des doigts accusateurs sur ces média étrangers sont taxés d'archaïsme ou de vouloir instaurer un fondamentalisme religieux. Encore un réflexe de raisonnement qui ne disent pas son nom! C'est quand l'homme se trouve incapable devant des problèmes sociaux ambiguës à lui qu'il transforme sa crainte personnelle en désastre social afin d'emballer les esprits faibles. Quelle méthode sordide! Sur la voie de l'universel il n'y a point de rebours ! Disent-ils ? Face à cette situation, seules la libéralisation du secteur des médias en faveur des opérateurs privés nationaux avec en règle une plus grande investigation dans les productions nationales et la censure des chaînes étrangères sont à même de stopper cette hémorragie sociale.

A propos du système judiciaire en Afrique Samuel KODJO disait: "Avec très peu de changement qualitatif, le système administratif colonial de répression et de viol social a été repris par les nouvelles élites africaines. L'effort de rénovation de cette élite semble porter moins sur la révision qualitative systématique et profonde que sur la reproduction et l'élargissement qualitatifs de l'appareil administratif… Le droit étranger n'a subi aucune modification sensible et on l'applique intégralement pour le règlement des affaires d'Etat, des conflits et délits eux aussi codifiés mécaniquement au préalable par ce même droit étranger. Les faits sociaux africains étant cependant, à maints égards, d'une autre nature et orientation et, de ce fait, différents de ceux de l'ex-métropole, les décisions arbitraires se multiplient, dénaturent le contenu et les causes sociaux des actes soumis à la juridiction moderne et les sentences prononcées n'ont très souvent aucun rapport direct avec la réalité. Le mécontentement, l'horreur, le dénuement, la peur, l'insatisfaction et le traumatisme sont ainsi un résultat courant des jugements dans l'Afrique actuelle. Qui plus est, la langue de l'ex-métropole sert toujours de support à l'administration et de moyen d'interaction dans le règlement des litiges". De plus en plus pour trouver le coupable d'un vol, d'un crime, d'un viol etc., les citoyens ont encore très souvent recours aux fétiches auxquels ils font plus confiance qu'à la police. Ils sont nombreux aussi parmi les policiers, les gendarmes, les douaniers etc. à louer les services de ces féticheurs pour traquer les voleurs, les criminels, les trafiquants et fraudeurs. Par ailleurs les agents en uniforme suffisamment versés dans les sciences occultes jouent la vedette parmi leurs collègues. La crainte des fétiches conduit souvent à un aveu sincère du présumé, après avoir prêté un serment en prenant à témoins une divinité religieuse.

Au Mali, en milieu Bwa, personne n'oserait jurer du "Jo de Promou" (fétiche) sur du faux. Pour les populations des campagnes, la vérité est dans ce qui est divinité. La justice "moderne" érigée ne reconnaît pas ces pratiques. Les magistrats et avocats s'insurgent même contre ces pratiques. Par peur d'une révolution judiciaire qui les enlèverait toute importance ou par incompétence criarde par rapport à ces sciences occultes? Les griefs qui sont dressés contre ces juristes modernes et les procédures judiciaires sont nombreux. Ces sortes de témoignages sont édifiants: Si vous emmenez une affaire de vol à la justice officielle à la police, à la gendarmerie et surtout à la justice, vous allez perdre du temps et de l'argent. On vous fait passer de bureau en bureau, on vous demande des papiers, on vous fait attendre ou on vous demande de l'argent pour que votre dossier puisse s'accélérer. Et si votre voleur présumé connaît de surcroît quelqu'un dans la police ou s'il a un parent influent, on le relâche. Dans tous les cas de figure le recours à ces sciences occultes de la part des populations doit amener les décideurs à plus de réflexion.

Des tenants des pouvoirs exécutifs arborant des moralités douteuses continuent de pagayer le navire du pays qu'ils trouent de tous les côtés. Il est sidérant de constater que la plus part des exécutants en chef sont impliqués de tout temps dans des affaires politico-économiques qui dépassent l'entendement : corrupteurs, corrompus, délinquants financiers, trafiquants de tout bord, délinquants sexuels. Il est vrai aussi que des boucs émissaires ne manquent pas pour désarçonner les honnêtes hommes et femmes. Mais que fout la commission chargée d'enquêter sur la moralité des futurs ministres et directeurs ? Le népotisme faisant son chemin d'Autoroute, on foule au pied le sacerdoce de "l'homme qu'il faut à la place qu'il faut".

Diantre ! Des pouvoirs législatifs à la solde du parti ou groupe de partis au pouvoir. Des lois élaborées et adoptées dans une perspective de s'éterniser au pouvoir; des lois électorales taillées sur mesure avec un scrutin majoritaire dans les localités où le parti ou groupe de partis au pouvoir est censé l'emporter à la majorité absolue et un scrutin proportionnel là où il sait n'obtenir qu'un pourcentage en deçà de la majorité absolue. Et ceci sans compter le bourrage des urnes qui incriminent les deux parties. L'élection présidentielle, au départ, limitée à un mandat renouvelable une fois, seulement, a été revue, pour le besoin de la cause, et le président peut se présenter en autant de fois qu'il peut, pourvu que le peuple porte en lui sa "confiance". Ceci ajouté au fait que les candidats potentiels sont écartés de la course aux élections aux motifs de moralité douteuse, de nationalité susceptible, de délinquance financière…, on n'est pas au bout de nos peines. Des personnalités de l'Etat, président, juges…, appelés à prêter serment disent de façon péremptoire : Je le jure. Mais ils jurent de quoi ! De leur ventre, de leur cul, de leur copine et compagnon…! Mais non du Coran ou de la Bible ; laïcité oblige ! Mais même ceux dont ils tiennent cette notion savent que des groupes d'hommes ne doivent pas être dirigés par des non-croyants. Sauf à aller à la dérive, cousine de l'enfer.

Division du pouvoir sans division du pouvoir quand tu nous tiens. La démocratie et le multipartisme dans leurs versions modernes ne sont que des colorations venues d'ailleurs. Ce ne sont que des systèmes de désordres organisés dans leurs pratiques. La culture qui a toujours prévalu en Afrique n'a pris d'autre orientation que la culture de la paix et de la quiétude : la paix publique et la paix sociale. Le système traditionnel avait pour assise le consensus, la tolérance, la dignité, l'humilité, le retenu, le franc-parler, la solidarité. Les critiques violents et vociférant, les insultes et autres ironies des partis politiques actuels sur la place publique s'opposent aux critiques et autres reconnaissances des mérites distillés sous l'arbre à palabre dans un cercle restreint d'hommes, bien sûr, mais des hommes responsables ayant le sens de la responsabilité et disposés à cette gymnastique intellectuelle; et, cela à l'abri des regards indiscrets comme pour donner la leçon que le linge sale se lave en famille. Oui ! Ils avaient raison "le margouillat ne pénètre à l'intérieur d'un mur que si ce dernier présente des fissures". Oui, les débats politiques, les oppositions ne se consommaient pas dans une bataille rangée. La perversion de la scène politique "moderne" nourrissant les rancunes et les rancœurs, la démocratie assimilée aux laisser-aller et laisser-faire au motif que l'autoritarisme est révolu font craindre le pire. Seuls les pays riches, je dis bien seuls les pays riches peuvent se permettent ce "luxe" de liberticide et même là il y a des limites. Il ne s'agit pas d'asseoir un Etat autoritaire, un Etat cravache, loin de là. La clameur des craintifs fait appel à un Etat responsable en lieu et place d'un Etat qui répugne l'autoritarisme au point d'être irresponsable vis-à-vis de lui-même mais aussi des citoyens dont il a en charge. "On est responsable pour prendre des décisions" dixit Boubacar Sada SY autrement dit n'est pas responsable celui qui n'est pas capable de prendre des décisions. Que cela soit clair : Il n'y a jamais eu de décision qui ait pu faire l'unanimité, ni hier, ni aujourd'hui. Aussi, de même qu'on ne peut décider de faire des omelettes sans casser des œufs, de même on ne peut prétendre prendre des décisions politiques, économiques et sociales sans faire des mécontents. Autrement c'est la gangrène qui s'installe. Or il y a tellement de kystes à ces niveaux qu'il faille les soustraire de là. Ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg parce qu'il y a tellement de maux qu'il faille en oublier volontiers.

Des régimes qui fonctionnent sur l'apologie du discours, parlant pour ne rien dire mais parlant quand même comme pour dire je parle comme je veux, je le dis comme je veux et personne ne peut m'en empêcher parce que c'est moi qui ai la parole aujourd'hui. Des discours sur l'état de la nation détournés pour des fins d'ironie et de mépris envers des opposants, des discours truffés de "gros mots", de phrases à la construction parfaite comme dans un concours de connaissance de la langue du colonisateur, des mots de passe sermonnés à l'occasion : je suis convaincu, je suis persuadé, je ne doute pas… matraquent les téléspectateurs affamés à longueur de journée. Tas d'inconscients et d'hypocrites! Les cris envoûtant de beaucoup de solidarité internationale claironnés à toutes les occasions n'aboutiront jamais parce que personne ne sauvera personne ici-bas. Dieu est et reste le Sauveur Suprême et il faut croire en Lui et Lui rend grâce de ce qu'il vous a donné et de la manière dont Il vous a fait au lieu de Le taxer de Créateur injuste dans la répartition de ses grâces par vos logos et actes indignes.

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LES LEÇONS ENTERINEES SANS DISCERNEMENT

L'Afrique est ce continent qui n'a pas su mettre en évidence ces valeurs sociales. Elles sont restées les champs propices des spéculations, de falsifications de toutes sortes. Là aussi l'Afrique n'a pas su s'imposer. Or elle pouvait se faire valoir vue sa richesse dans ce domaine à l'image d'un Rome qui conquit conquière son conquérant. Mais non ! L'Afrique a, encore une fois, péché par son manque d'initiative et du sens de forceps. En la matière quand on est économiquement faible et qu’on n’arrive pas à s'imposer, on subit inexorablement la loi de l'évolution générale sans pouvoir y mettre les siens. Les valeurs sociales des pauvres sont le plus souvent considérées comme responsables d’arriération économique et politique. Et paradoxalement au lieu d'être donneur de leçon, on devient élève. Dans cette logique les leçons sont à la limite des vexations. Que ce soient l'émancipation de la femme, le travail des enfants mineurs, les droits de l'homme, les droits de la femme et de l'enfant, … l'Afrique aurait pu se faire entendre si elle n'avait pas fait main basse sur son passé, ce qui a fait son être. De nos jours l'émancipation de la femme est une imposition de l'extérieur aux Etats. Et ces derniers, sachant bien que de la manière dont elle est conduite constitue un double péril pour l'Etat et la société par rapport à laquelle elle est en déphasage, l'érigent en orientation politique en vendant leur âme au diable contre des miettes promesses d'aide.

Ces maîtres artificiers qui veulent donner là des leçons oublient du coup qu'au moment où ils refusaient le droit de vote à leurs dames, les vieux traditionalistes, rentrant d'une journée de débats houleux sous l'arbre à palabre et sous l'emprise des questions soulevées et restées sans réponses lors de ces débats ou laissées de façon expresse en suspense, profitent de la nuitée auprès de leur bien-aimée pour lui demander conseil c'est-à-dire ses points de vue sur les questions du Conseil et les décisions qu'elles croient les mieux adaptées. Là, la femme travaille son méninge à la perfection pour ne pas compromettre son conjoint par ses prises de position lors des prochains débats. Dans le jargon traditionnel le vieux sage du Conseil Central invite l'assistance à approfondir la réflexion sur les questions pour le lendemain car dit-on "la nuit porte conseil". Mais que diable pourquoi veut-on faire croire que la femme est marginalisée dans nos sociétés traditionnelles tant les vertus qui lui sont attribuées sont à la mesure de la magnificence de l'être ? C'est une conception parmi tant d'autres de par le monde. Aminata SOW et Rose SENGHOR disaient ceci:" On veut comparer la femme africaine à la femme occidentale. On lui prête des préoccupations qui ne sont pas les siennes et on perd de vue sa véritable personnalité. Elle est toujours présentée en être mineur à tous points de vue, et l'on ne s'aperçoit pas qu'au lieu de réclamer la liberté et l'égalité avec l'homme, à l'instar de certains féministes, elle a assumé et assume encore dans la dignité et dans le silence de très importants rôles dont le moindre est celui de complément de l'époux. Cette complémentarité, on la trouve particulièrement dans l'éducation des enfants dans laquelle la femme assume plus de responsabilités que l'homme". Toujours dans le même livre, Siga SOW relevait que la femme africaine a joué un rôle dans l'histoire dans tous les secteurs de la vie et a été une animatrice dynamique de toute l'organisation sociale.

Elle relève: - Sur le plan culturel que la femme a été la gardienne des civilisations, sa puissance créatrice dans l'art et la littérature continue d'être un des traits dominants de notre civilisation. - Dans le domaine économique que la femme a été essentiellement productrice en écoulant les produits de son propre champ. - Sur la scène politique, même si bien souvent son rôle n'était pas de premier plan, qu'elle était toujours consultée pour la prise de grandes décisions: nomination de chef, acte d'alliance, acte de guerre, destitution, etc. Selon Siga SOW empruntant Cheick Anta Diop la première reine de l'histoire de l'humanité est de souche africaine. Le combat actuellement mené pour une plus grande participation de la femme dans le développement du pays n'est qu'une mise en scène. Qui peut dire qu'en Afrique la femme à valeur égale à l'homme fait l'objet d'une discrimination quelconque? Par ailleurs, le combat mené ne doit pas consister à "ôte-toi que je m'y mette". La place doit se mériter pour la dignité et l'honneur même de la femme. Les politiques influencés de l'extérieur tendant à favoriser les femmes ainsi que les injonctions à favoriser les candidatures féminines lors des concours de la part des Organisations Non Gouvernementales constituent plus une insulte à la gent féminine qu'une faveur à elle accordée. Un fait existe : c'est que, dans les sociétés africaines, aucune Maman (femme elle aussi) n'acceptera que son fils soit "dominé" par son épouse. A moins de faire au préalable une purge psychologique de la société et avec quel succès.

C'est surtout l'assimilation, à l'occasion, de tous relents de la société d'aujourd'hui à des faits de tradition par des féministes, marchands des distinctions internationales devenues des références universelles, qui a constitué la bêtise la plus grave. A titre d'exemple: Dans la société traditionnelle un chef de famille supporte mal son grenier vide, mais aujourd'hui les fuites de responsabilité du chef de famille sont mises au compte de la tradition et ceci en occultant les conditions économiques et sociales affreuses des Etats qui sont des pays en  développement. On fait fi du coup au fait que la place de la tradition dans la formation du citoyen s'est amenuisé il y a belles lurettes ! Alors pourquoi veulent-ils nous imposer des conceptions venues d'ailleurs en nous faisant paraître atypiques? Des divergences d'approche des questions posées sont transformées en drame de société. Des centres d'intérêts subjectifs élaborés, ailleurs, dans des salons feutrés font leur petit bonhomme de chemin dans des congrès, conférences, séminaires et autres en Afrique comme s'il n'y avait pas d'autres urgences; effet d'intellectualisme universaliste mais aussi effets de perdiem, de frais de mission et d'études majorés à souhait. La vérité est que la déscolarisation des filles est plus due à un manque de débouchée après les études qu'à un refus catégorique de scolariser les filles. De même à l'école l'éducation sociale est moins accentuée. Or en Afrique la femme est le pilier de la famille. Ne dit-on pas quand la femme est exemplaire on peut beaucoup attendre de ses enfants, mais quand elle est funeste, on doit au contraire craindre le pire venant de ses enfants. C'est le même cas, pour certains garçons qui sont retenus par leurs pères pour les aider dans les travaux champêtres. En résumé les problèmes sont plus du ressort de l'inadéquation des structures modernes aux réalités sociales de l'Afrique.

A l'opposé, l'Afrique spectacle, elle, suit le chemin de la modernité et participe à l'émancipation de la femme! Des habillements à la limite de la nudité sont à la mode ; des habillements expressifs : chéri voici mon dos, chéri voici mon bas ventre, chéri voici mes cuisses de gazelle, chéri voici les formes de mon slip et apprécie-moi bien la couleur. Devant ce spectacle les autorités ne crient gare! Pourquoi s'indigner! Tous ceux-ci participent à l'émancipation de la femme! Des perruques de toutes les couleurs, les faisant paraître en poupée, n'outragent pas outre mesure. Elles ne dénaturent pas, au contraire, elles créent l'harmonie dans un environnement de grisaille et participent à l'émancipation de la femme! Des maquillages et rouge à lèvres à la démesure les faisant paraître diablotins peuvent friser les regards mais ne doivent pas subir d'entorse dans leur cours normal, ils participent à l'émancipation de la femme! Et puis c'est la vie privée des individus, tant pis pour les environnants! Des produits éclaircissants les faisant changer de couleurs: noirs aujourd'hui, jaunes demain, rouges après demain, et ainsi de suite. C'est non seulement une injure à Dieu parce qu'elles refusent l'ordre naturel du créateur mais un dédain pour leur propre personnalité. Parées de ces ombrages elles deviennent les prototypes imagés de la mondialisation.

Les films et romans porno, les publicités de parfum assorties de la nudité féminine, … n'ont jamais pu mobiliser l'énergie de ces énergiques relayeurs féministes ne serait ce que pour la défense de la dignité de la gent féminine. J'oubliais les maîtres à penser ne l'avaient pas décrié jusqu'à présent. Et aujourd'hui qu'ils commencent à le faire, les relayeurs attendent demain pour le faire puisque "le reste de la corde suit toujours physiquement le mouvement imprimé à son bout".

Que dire de la prostitution! Pour son érection au rang de profession officieuse ou officielle on trouve à dire que c'est le plus vieux métier du monde, mais on oublie volontiers de dire que c'était un métier non lucratif contrairement à la pratique contemporaine! Des multitudes de professions existantes sur la place un certain groupe de femmes ne trouve mieux que de s'adonner à la prostitution, à la vente de leur chair. Pourtant ce n'est ni par invalidité physique, ni par défaillance mentale que ces femmes s'adonnent à ce "métier" des plus indignes. Et face à cette prolifération de maisons de passe, les responsables ne bougent pas parce que certains trouvent à satisfaire leur libido de mœurs légères, à mouiller leur gouille dans ces "maisons closes" ou sur rendez-vous dans les bureaux équipés pour ce faire: porte électriquement bloquée, douche intérieure faits pour le confort du travail mais exploités autrement, c'est le blocage. Dans un contexte de maladies sexuellement transmissibles, cette prolifération constitue, pourtant, un danger social. On me rétorquera que ces prostituées suivent régulièrement les tests de sida et autres maladies sexuelles, mais les prix diffèrent selon que l'on préfère les capotes ou "le corps contre corps" comme on aime bien le dire. Les ardents féministes ne trouvent pas à médire cette désacralisation publique de l'intimité féminine. Les braves et honnêtes mères de l'humanité ne méritent pas ce déshonneur et les mauvaises graines, qui les y exposent, doivent être amenées à la raison. Dire que ces femmes prostituées demandent à ce que la prostitution soit érigée en profession légale! La lutte pour l'émancipation de la femme, faite tambour battant, ne doit pas être menée à double vitesses. Elle se doit d'englober l'ensemble de son va-tout de respect dû à la femme et, de là, tout le respect. Personne ne doit se laisser casser les oreilles par le jugement hâtif et irresponsable d'effets de l'évolution de la civilisation urbaine.

Il est vrai que dans un monde ouvert, personne n'a intérêt à s'enfermer. Il demeure indiscutable aussi que les problèmes culturels dans toutes leurs dimensions doivent être réglés moins par la foi que par la raison. L'enjeu est de faire comme les autres sans se défaire soi-même. Rien n'est pire que le conformisme béat. Ne rien rejeter de ce qui fait son être même ce qui paraît de prime à bord comme rétrograde sans y réfléchir mille fois parce qu'après ce sera trop tard. Ayez à l'esprit cette réflexion de Amadou Hampaté BA : "Nous voudrions, connaissant ce que nous sommes, nous avons une civilisation, nous avons une connaissance de nous-mêmes, mais nous voudrions vous connaître." Et il conclut : " Il faut donc que nous restions dans notre élément ; n'ayons pas peur de notre superstition. Il faut avoir le courage de sa superstition pour trouver le vrai chemin de la connaissance." S'instruire du passé ne signifie pas enfermement en regrettant un "paradis perdu" mais pour mieux vous connaître et vous insérer de plain-pied dans la civilisation de l'universel en apportant votre spécificité ou mieux votre différence. En tout cas, la tentation est grande de vouloir faire table rase du passé. Un peuple ne se nourrit pas seulement de "pain mais aussi de personnalité."

Le danger imminent pour un peuple est de perdre sa personnalité. Quelque soit le niveau de développement, tout peuple se doit de préserver sa personnalité, ce qui fait son être, les traits qui l'identifie, qui le fait distinguer parmi d'autres peuples. Aux autres de t'aimer ou de te haïr pour ces traits culturels. Au demeurant un groupe d'hommes ne constitue un peuple que s'il dégage une personnalité, autrement il sera un melting pot culturel sauvage sans diversité de groupe ni d'origine et c'est ça le péril. A propos de la dépersonnalisation des Africains il a été dit ceci: "Quand à ce qui concerne l'africain dit évolué, le dénuement est total. Au comportement mental systématiquement et gauchement copié et à peine représentatif du mode réel de vie des sociétés industrielles vient s'ajouter une tenue elle aussi non représentative des conditions climatiques d'Afrique… Et, pour être "à la mode", il faut substituer aux boissons traditionnelles la bière, le whisky, le gin; le champagne, etc. et aux aliments de base la pomme de terre, la farine de blé, les saucisses et les saucissons, etc. Pis: il est devenu courant dans les cercles évolués de nier sa provenance africaine en prenant une nationalité étrangère et en francisant ou anglicisant son nom… Certains iront jusqu'à vouloir blanchir artificiellement leur peau grâce à l'utilisation fréquente de produits chimiques de toilette importés et, pour cacher ses cheveux crépus dont on a en quelque sorte honte désormais, on portera plus souvent des perruques, tout cela dans l'intention de se rapprocher du blanc." Et pour savoir si tu es acculturé ou pas il faut se confondre à cette idée: "Sur le plan psychologique, on constate chez l'homme acculturé une conscience superficielle des faits telle celle qu'un enfant aurait de la réalité. A ce titre, cette conscience est endémiquement débile et vacillante, d'où une forte crédulité à des propositions même visiblement contraires. C'est cette crédulité qui fait que l'acculturé est facilement influençable par des forces et opinions qui, quelles qu'insidieuses qu'elles soient, pourraient être reconnues par un esprit critique. De surcroît, une telle conscience est labile et surtout évasive lorsqu'elle est confrontée à des problèmes réels d'existence."

Un autre problème social est le comportement de tous les jours de chaque individu. Qu'est-ce que chacun a fait à son niveau pour sortir de ce bourbier ? C'est vrai que le citoyen n'est pas un décideur mais il peut décider du sort des futurs décideurs et doit se croire à même capable de le faire. Mais que peut-on attendre de tant de citoyens analphabètes coupés des informations, méconnaissant les arcanes de la politique "moderne", menés aux élections comme des bêtes de somme et servant "d'escalier" pour monter au pouvoir? Des citoyens analphabètes méconnaissant les réalités politiques, économiques et sociales du pays et du coup incapables de faire la part des choses entre les promesses réalisables et celles irréalisables. Tant que durera ce taux élevé d'analphabètes, les marchands des mensonges et des duperies trouveront les moyens de se frayer toujours un chemin vers le pouvoir. Au demeurant il paraît important, à l'approche des élections générales, d'initier un projet de sensibilisation sur les réalités politique, économique et sociale du pays pour amener les mal informés à faire la part des choses entre les promesses réalisables et celles non réalisables afin de couper court aux duperies de certains partis politiques. Le dernier label à grande audience de l'occident est la décentralisation. Et ce n'est pas fini. Ceci durera le temps qu'il faille tant que les Africains ne se décident pas à "prendre le taureau par les cornes" c'est-à-dire à réfléchir sérieusement sur leurs passés social, économique, politique. Un passé pourtant très riche.

A titre d'exemples pour gouverner les immenses empires, les différents rois avaient adopté, aux dires de Joseph Ki-Zerbo, un système très décentralisé du pouvoir. Leur empire ressemblait à une mangue. Au centre un noyau dur soumis à l'administration directe du roi qui y apparaissait partout de temps à autre. L'empire était subdivisé en provinces administrées par les ministres résidents, investissant le chef local parfois selon les coutumes du pays. Il supervisait les agissements du chef local, ramassait le tribut payé par lui et pouvait, en cas de guerre, réquisitionner des troupes parmi ses gens. Ces genres de provinces étaient encore organiquement et assez fortement rattachés au grand corps de l'empire. Les provinces elles-mêmes se subdivisaient en cantons et en villages. L'autorité villageoise était parfois bicéphale avec un chef de terres religieux et un chef politique. Parfois, un territoire même éloigné était organisé selon ce statut. Autour de ce noyau central donc, une pulpe de royaumes maintenus dans une stricte dépendance mais qui n'étaient gouvernés que par l'intermédiaire de leurs chefs traditionnels. Enfin une troisième zone, en général périphérique, constituait comme la peau de ce fruit. C'étaient les royaumes subordonnés qui reconnaissaient l'hégémonie de l'empereur et le signifiaient en expédiant régulièrement des présents, mais n'étaient pas organiquement et constamment reliés avec le centre. C'était en somme des protectorats dont l'adhérence et l'adhésion au pouvoir central étaient fonction de la vigueur de celui-ci.

Mais pour les intellectuels désaxés ce système décentralisé est caduque, et il ne vaut même pas la peine d'être revu et corrigé! C'est uniquement tout ce qui vient du maître à penser avec sa pensée unique qui compte!

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LES SOLUTIONS CULTURELLES AUX PROBLEMES POSES PAR LES PLAIES DE L'HISTOIRE

La pauvreté à la loupe

Parodie de langage ou bonne initiative restent le combat engagé contre la pauvreté. Mais comment si prendre ? Qu'est-ce que la pauvreté ? Qu'est-ce qui engendre la pauvreté ? Comment survient-elle ? Quels sont les éléments appropriés de lutte contre la pauvreté? Comment lutter contre la pauvreté ? De toutes ces questions il faut savoir de quelle pauvreté l'Afrique souffre puisque cela en vaut la peine. On peut en dénombrer deux : la pauvreté structurelle et la pauvreté conjoncturelle. La première est liée à des éléments culturels anéantis par le relâchement des valeurs et délaissés depuis l'indépendance par les dirigeants tandis que la seconde est liée aux éléments naturels circonstanciels et à des effets de marché à savoir entre autres la détérioration des termes de l'échange. Si la seconde, externe, demeure un facteur incontrôlable vue la préhension difficile des différents paramètres, la première, interne, reste toute fois préhensile et constitue un élément sur lequel les africains doivent à jamais jouer s'ils veulent enfin sortir, pour toujours, de l'ornière, de l'arriération. L'Afrique ne doit pas se leurrer; aucune économie extravertie n'a pu faire le poids dans le concert de l'universel. Toutes les économies, tous les peuples, qui ont pu s'imposer dans le concert des nations, ont d'abord réalisé un développement économique intégré avant d'entamer la conquête des marchés extérieurs. Jamais et nulle part ailleurs, des nations et des peuples ne sont partis sur la base des besoins d'autrui pour poser les jalons de leur développement. Toutes les économies dominantes ont pris d'abord une assise dans leur ferment, créé et soutenu un dynamisme économique mécanique et culturel des besoins chez les populations avant de s'aventurer vers les marchés extérieurs comme pour dire que la meilleure façon d'attaquer est d'assurer ses arrières.

Ces faits dynamisant et structurant l'économie demeure l'apanage de la culture. Et tous les besoins économiques sont, presque sans exception, avant tous des besoins culturels imposés ou non par la publicité et le marketing. Toutes les économies qui se sont développées ont colporté conjointement leurs marchandises, leurs savoir-faire, leurs systèmes de valeurs et leurs structures, mais aussi leurs produits culturels. Or, aux vues de l'ensemble des économies africaines, qui se morfondent dans des difficultés inextricables, on est au regret de constater qu'aucune, oui aucune, n'a une assise culturelle ; une assise culturelle seule capable de structurer l'économie et de la rendre dynamique. L'Afrique doit plus que par le passé jumeler la culture et le développement. Ceci demeure un exercice difficile à jongler par l'esprit. Mais elle doit le faire pour le besoin de la survie. La base de la culture étant la religion elle doit croire pour son bien le plus absolu. Quoiqu'on en dise, les problèmes de l'Afrique restent culturels. Et vain serait de chercher des solutions ailleurs que dans le domaine culturel puisque tous les autres problèmes découlent de lui et leur solution reste liée à la purge possible en son sein.

 
La paire "culture et développement" laissée pour compte

Traiter du thème "culture et développement" n'est pas un exercice facile pas plus que le consensus à obtenir autour de la corrélation entre la culture et le développement. Pendant longtemps et encore aujourd'hui la culture a été un laisser pour compte des politiques de développement. Elle n'a jamais été une chose pas plus que la chose sur laquelle on devait porter une attention particulière. Les regards, qui se sont portés sur elle, ont surtout été motivés par l'affirmation de l'identité nationale "temps des régimes socialistes" et par une réelle reconnaissance de la place à lui conférer. Aux premières heures de l'indépendance, la culture a été prise en otage. Et comme puissant moyen d'éveil de conscience elle a été manipulée dans tous les sens sauf celui du développement. Dans la foulée de l'indépendance, aux heures du nationalisme à outrance et à l'instar d'autres pays, les préoccupations premières en matière de culture était d'arriver à réaliser un mouvement de foule (manifestations culturelles et artistiques, rassemblement de jeunesse à caractère culturel, biennale artistique et culturelle, promotion des orchestres nationaux à rayonnement international, …). Elle n'a jamais été abordée sous l'angle de facteur économique ni de facteur déterminant pour l'activité économique. Dans ces conditions il n'est pas étonnant que la dimension culturelle du développement ait été occultée. Ailleurs déjà le conflit était ouvert entre les tenants d'un investissement plus conséquent dans les industries culturelles et les adversaires qui la considéraient comme un gouffre économique donc un investissement non rentable. Mais ceux-là avaient pris conscience déjà de l'essence de la culture et sa place effective et son rôle possible dans le développement c'est-à-dire son rôle de dynamisme et de structuration du développement.

Les interactions entre la culture et le développement et les grands débats qui l'entourent

Selon Xavier Dupuis l'analyse des interactions entre la culture et l'économie peut se concevoir dans deux sens : soit que la place effective et le rôle possible de la culture dans le développement soient mise en lumière (la culture de l'économie), soit que la vie et les activités culturelles soient appréhendées selon les méthodes de l'analyse économique (l'économie de la culture) et la rigueur qui résulte de l'application de ces deux méthodes présente une utilité indéniable pour la définition et l'évaluation des politiques et projets de développement culturel. Toujours selon lui recourir à une argumentation économique pour légitimer l'engagement des pouvoirs publics en faveur de la culture constitue un véritable engrenage où seront broyés les idéaux et les vrais enjeux de la culture ; et dont le but est d'éclairer les vraies questions et de chercher à y répondre avec des arguments de poids et non avec des arguments idéologiques. Aussi l'investissement culturel ne doit pas être vu sous l'angle de l'investissement industriel ou commercial en entrevoyant des retombées économiques en termes de bénéfice dans un laps de temps. Au contraire, l'investissement culturel doit être compris comme un investissement dans la recherche scientifique dont les résultats tôt ou tard probants dépendent d'une constance dans l'investissement. Au tout début il s'agit de prendre conscience que la culture est la première des richesses, la première des ressources humaines et que parier sur elle constitue un acte de foi en l'avenir, un avenir qui appartient aux hommes et qui répondra à leurs ententes. Un avenir qui sera le garant d'un juste équilibre dans la répartition et les échanges des productions matérielles et immatérielles au sein de l'humanité. L'approche culturelle des problèmes de développement économique et social vise à en accroître les chances de réussite technique, tout en garantissant les aboutissements humains.

Selon Xavier Dupuis le développement est assuré par l'homme, qui doit être également la finalité. L'homme est donc à la fois le moteur et le but ultime du développement. Et, bien que le développement soit un concept qui ait toujours préoccupé les économistes, il se pose aujourd'hui en des termes nouveaux. La dimension culturelle dans le développement a fait l'objet d'un débat soutenu à travers de nombreuses conférences mais sans que ce seuil ne soit franchi. Ainsi à la conférence intergouvernementale de Venise, 1970, il a été reconnu que la culture est inséparable de la vie quotidienne et que la culture scientifique et technique est une réalité qui doit impérieusement être prise en compte. A la conférence de Helsinki, 1972, la recommandation n°1 était explicite :" La culture n'est plus seulement une accumulation d'œuvres et de connaissances qu'une élite produit, recueille et conserve pour les mettre à la disposition de tous, ou qu'un peuple riche en passé et en patrimoine offre à d'autres comme modèle dont leur histoire les aurait privés, la culture ne se limite pas à l'accès aux œuvres d'art et aux humanités, mais est tout à la fois acquisition de connaissances, exigence d'un mode de vie, besoin de communication, elle n'est pas un territoire à conquérir ou à posséder, mais une façon de se comporter avec soi-même, ses semblables, la nature ; elle n'est pas seulement un domaine qu'il convient de démocratiser, mais elle est devenue une démocratie à mettre en marche." A la conférence de Djakarta, 1973, il a été mis en avant qu'aucun modèle ne pouvait être importé sans intégration des dimensions locale, régionale et nationale et qu'en tout état de cause aucun modèle ne saurait être imposé.

Ce principe étant posé, il est par conséquent indispensable de concevoir le développement comme autocentré, c'est-à-dire "le développement, quand il repose sur une conception mécaniste de l'économie, a parfois provoqué une aggravation des disparités et des tensions sociales, entravant ainsi l'édification nationale. Le développement culturel en tant que quête continue de nouveaux systèmes de valeur (la culture est dynamique) et moyen de stimuler la conscience sociale peut être un instrument de libération et de mettre fin à la dichotomie entre le moderne et le traditionnel entre l'urbain et le rural." A la conférence de Bogota, 1978, il a été affirmé qu'une conception du développement fondée sur les facteurs purement économiques engendre des situations structurelles qui aggravent le sous-développement et que seule l'intégration des facteurs culturels permet aux choix faits en matière de développement de répondre pleinement aux besoins et aspirations des groupes que ces choix concernent. A la conférence d'Accra Africa-cult, 1975, sur les problèmes culturels en Afrique il a été constaté que "l'élargissement de la culture aux modes de penser et d'agir et à l'attitude des sociétés face à leur devenir consacre l'idée selon laquelle l'homme est à la fois l'instrument et la véritable finalité du développement, que cet élargissement conceptuel entraîne la reconnaissance du culturel comme dimension essentielle du développement intégral." Et de préciser "Si l'Afrique entend se développer, elle entend aussi préserver sa personnalité. Faire ce choix, c'est tenir à entrer dans l'histoire la tête haute et le cœur fidèle, c'est aussi s'attendre à des difficultés qui, sans être artificielles, ne sont pas aisées à surmonter. L'antinomie en tout cas n'est irréductible que pour autant que l'on continue à séparer les problèmes du développement de ceux de la culture."

 
La culture, source de l'économie

L'histoire de l'humanité le prouve : la culture est le fondement, la source de l'économie. A ses obscures origines, celle-ci se réduisait à une médiocre économie individuelle guidée, dans un environnement hostile, par le souci permanent de la survie, ce qui, bien entendu, limitait l'espace des choix. L'économie se réduisait alors pour l'essentiel à de l'autoproduction alimentaire à partir de la cueillette et de la chasse et elle était subordonnée, insérée, dans un ensemble de cadres et règles d'origine religieuse, morale et sociale. La culture régissait strictement le quotidien. Même quand l'économie s'est développée dans l'antiquité, il ne fait pas de doute qu'elle est restée profondément ancrée aux valeurs spirituelles. L'esclave devait accepter le fait accompli. Il devait s'atteler à la satisfaction des besoins substantiels de la haute classe constituée du clergé et des nobles. Cet ordre était divin et se soustraire équivalait à enfreindre à la loi Divine. L'économie moyenâgeuse sera encore beaucoup plus régie par la religion. En effet, en plus de l'ordre divin tracé dans la hiérarchie sociale, les activités économiques étaient strictement limitées à la vente des produits artisanaux. La pratique de l'usure et autres actes commerciaux étaient contraires à la religion. "L'économie moderne, plus exactement le capitalisme en tant que mode d'organisation, ne serait l'expression, selon Max WEBER, qu'un processus historique de rationalisation et de bureaucratisation, générée par une conception religieuse et spirituelle, par conséquent culturelle, à savoir celle du puritanisme : "seul l'occident a vu s'accomplir, avec le protestantisme ascétique, le transfert de l'ascétisme rationnel dans la vie mondaine. Le protestantisme ascétique est le seul au monde à avoir associé, par principe, dans une unité systématique irréductible, l'éthique de la profession dans le monde et la certitude du salut". Selon Xavier Dupuis rapporte que Michio Morishima, dans son ouvrage capitalisme et confucianisme, démontre clairement que le confucianisme, renforcé par les apports du shintoïsme et du bouddhisme, a crée une dynamique et structuré toute la société et l'économie japonaises, qui sont aujourd'hui, à ses yeux, caractérisées par une "asymétrie étatique", c'est-à-dire un ordre social dans lequel l'enfant cultive à outrance l'esprit de la compétition et de l'agressivité ; tandis que l'adulte, pour sa part, cultive un esprit de coopération, d'harmonie, voire de toute soumission à l'ordre et à la hiérarchie, et ce en premier lieu dans le cadre de l'entreprise". Les motivations métaphysiques ou morales ont amené les individus à se conformer aux règles de "bonne conduite des activités économiques".
Toujours selon Xavier Dupuis "Les facteurs essentiels de l'expérience japonaise sont d'une part, l'existence d'un artisanat très puissant au moment de l'industrialisation, et sur laquelle cette dernière a pu prendre largement appui, d'autre part le rôle de l'Etat qui, à l'exception du secteur des filatures et de l'acier, a été peu important dans le processus d'industrialisation, le développement étant principalement assuré dans les autres secteurs d'activité par les initiatives locales. De surcroît, et ceci constitue un élément fondamental pour comprendre et analyser l'expérience japonaise, le développement ne s'est pas effectué sur la base simpliste d'une imitation-application des techniques étrangères. Il s'est en revanche réalisé à travers un double processus d'adaptation et d’innovation continue et parallèle… L'expérience japonaise souligne donc avec éclat le fait que le transfert technologique n'implique pas fatalement le mimétisme et qu'il doit, pour réussir, prendre appui sur toutes les potentialités locales dans un cadre consensuel". Quelles que soient les considérations d'école, il est indiscutable qu'il n'y aurait pas eu, historiquement, d'économie sans culture. Développement culturel et développement économique entretiennent donc, depuis l'aube des temps, une relation dialectique et, en cela, il est vrai que "tout événement économique est culturel et que tout événement culturel est en même temps socio-économique". Mais, plus encore, la culture a assurément une réelle fonction de structuration des sociétés : une fonction qu'il est indispensable de ne pas omettre dans les plans de développement.

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LES SOLUTIONS CULTURELLES POSSIBLES AUX PROBLEMES ECONOMIQUES POSES A L’AFRIQUE

"La question se pose de savoir comment il a pu se faire que l'Afrique, après en moyenne cent années d'expériences coloniales non pourtant caractérisées par un développement effectif et autocentré, n'est devenue plus critique par rapport à ce que son monde extérieur industrialisé lui a tant prôné et proposé et lui propose encore?" C'est avec ce genre de pensée qu'il convient d'aborder des solutions culturelles aux problèmes de développement de l'Afrique. Pour le faire il est important de faire une certaine mise au point. La culture n'est pas seulement un ensemble de pratiques savantes ou artistiques, elle n'est pas non plus seulement une accumulation d'œuvres et de connaissances élitistes, elle est aussi systèmes de valeurs et structures, savoir-faire, manière de penser et d'agir, conditions de vie, modes de vie. Mais longtemps et aujourd'hui encore les préoccupations culturelles des peuples sont détournées pour les calquer à l'exotisme et l'esthétique de la culture matérielle et chemin faisant nie ce qui façonne cette moitié de la culture c'est-à-dire l'immatérielle. Les tenants ont été suivi en cela par les institutions chargées de la culture des pays en voie de développement; et, leurs institutions, comme pour répondre à un besoin de l'étranger, ont accumulé plus de masques et statues qu'elles n'en ont enregistré de systèmes de valeurs et d'institutions à plus forte raison de les approfondir et de les penser dans la perspective d'une éventuelle transposition dans le présent. La culture a souffert et continue de souffrir de cette distraction qui n'a que trop duré.

Aujourd'hui l'évolution des techniques et de la technologie ont permis les productions industrielles des éléments de la culture. C'est ce qui a donné naissance aux industries culturelles. Les industries culturelles demeurent la partie émergée de la place de la culture dans le développement. Elles ont quand même mis fin à la considération de la culture comme un élément n'ayant aucune valeur économique réelle sinon négative dans la mesure où nombre d'activités culturelles doivent bénéficier de subventions pour survivre. Que ce soit le livre, le cinéma, les vidéogrammes, l'artisanat et le tourisme, … la culture représente une part croissante de l'économie. La maîtrise de l'audiovisuel (la communication et l'information), vecteur des industries culturelles, demeurent un défi pour l'Afrique par leur capacité de façonnement des consciences et de véhicules de schémas culturels. L’audiovisuelle demeure donc un facteur de risque pour lequel il faut inexorablement s'imposer pour préserver l'indispensable affirmation de l'identité.

Xavier Dupuis citant Raymond Chasle disait ceci : " Conditions indispensables d'une pleine souveraineté de l'indépendance, l'affirmation de l'identité culturelle est un instrument privilégié de l'épanouissement des individus, du développement harmonieux des sociétés. C'est un acte libérateur, une arme de combat au service de l'identité effective. L'affirmation de l'identité culturelle passe par le rejet de toute forme d'extraversion et l'abandon des modes de penser et d'agir étrangers. L'identité culturelle est en même temps défense des traditions, de l'histoire, et des valeurs morales et spirituelles et éthiques léguées par les générations passées, sans être traditionalisme, immobilisme ou repli sur soi. Au contraire, elle se renouvelle et s'enrichit au contact des traditions et des valeurs des autres peuples. Elle accroît les possibilités d'épanouissement de l'espèce humaine."

Le dynamisme et l'organisation structurelle sont des facteurs qui manquent le plus à l'économie africaine. Considérer l'économie comme un être humain la structure sera l'aspect physique et le dynamisme l'âme qui fait vivre le corps. Toutes les économies du monde sont basées sur ces facteurs qui sont en même temps complémentaires et interdépendants. Le dynamisme du corps dépendant de l'âme et l'efficacité de l'âme dépendant de la solidité du corps qu'elle anime. De même il n'y a pas de vie tant que l'âme et le corps sont séparés de même il n'y a pas de vie économique tant que la structuration et le dynamisme ne sont pas associés dans une synergie soutenue. Ces effets structuration et dynamisme demeurent l'apanage de la culture qui façonne le facteur humain. En 1958, Odd AUKRUST, dans le cadre d'une étude célèbre, argumentait sur le rôle décisif que joue, dans la croissance, le facteur humain, un rôle en fait tout aussi essentiel que celui que jouent le capital physique et le travail. Selon lui les corrélations statistiques établis entre taux de croissance et investissement montrent sans ambiguïté que la relation entre ces deux variables n'est pas constante. Tous les tests indiquent que le lien entre capital physique et croissance n'est pas seulement d'ordre technologique, et qu'en tout état de cause il est variable… Pour Odd AUKRUST, la raison principale pour laquelle la relation entre investissement et production n'est pas stable réside dans le fait que les capacités des individus (leur inventivité, leurs qualifications, leurs facultés d'adaptation) affectent directement la productivité. Le facteur humain est introduit dans le modèle sous forme d'un indice d'organisation qui est supposé croître à un taux constant… Pour lui, il convient donc de prendre en considération un troisième facteur de production qui recouvre des améliorations de la qualité de la main d'œuvre en termes de qualifications, d'aptitudes individuelles, des améliorations de la qualité du capital consécutives à l'évolution des technologies; et des améliorations des structures économiques (concentration, amélioration des échanges) et sociales (conditions de vie et de travail).

Aussi la culture demeure-t-elle le recours le plus sûr et le mieux indiqué pour palier au manque de dynamisme et de structuration de l'économie africaine sinon de toute économie ? Le dynamisme de l'économie se gagne par la croyance à des principes moraux de base érigés en code de conduite régissant les affaires et les activités économique, politique et sociale de la cité. Un code de conduite comme celui qui régissait la société traditionnelle et basé sur l'observance de la dignité, de l'honnêteté, du travail bien fait, du respect de la parole donnée, de la sincérité, de la tolérance, de la bravoure, … C'est le respect et seulement le respect de ces vertus et des actions rigoureuses menées pour que cela soit qui permettront à l'économie de gagner du tonus. Pour la structuration de l'économie il s'agira, concrètement, pour les africains de partir des savoir-faire artisanaux, des mœurs et coutumes en somme des valeurs morales, des modes d'alimentation, des règles religieuses dominantes, des structures sociales et économiques locales et auxquelles tiennent beaucoup les populations, des systèmes de valeurs, … pour réaliser "l'impossible" en terme de structuration et de dynamisme de l'économie. N'ayons aucune honte, ne laissons dégager aucune frustration quand ils vont nous taxer de révisionnistes, de communistes etc.; que sais-je encore. Au contraire montrons-nous fiers et dignes de ce que nous faisons et ne perdons jamais de vue notre objectif. Notre conviction doit être tout de go. Nos savoir-faire artisanaux, agricoles, nos systèmes de valeurs, nos règles religieuses, nos modes d'habitations, d'alimentation, d'habillement… doivent constituer les fondements de votre espérance, notre foi en nous-mêmes et en notre avenir afin de réaliser avec succès le transfert des nouvelles technologies.

Le transfert des technologies doit se faire en réponse à des problèmes décelés et bien précis. Il s'agit de parer aux problèmes nés de l'importation d'usines clé en main. Ce sont des unités industrielles qui, au lieu de répondre à des besoins précis des populations locales, viennent imposer ou consolider des habitudes venues d'ailleurs et dont les villes servent de voie de pénétration. Il faut donc viser par le transfert de technologie, répondant à des problèmes posés, l'ensemble des améliorations de la qualité de la main-d'œuvre locale en termes de qualification, d'aptitudes individuelles, d'échange d'expériences et de savoir-faire dans des domaines bien ciblés et des améliorations des structures économiques et sociales. Et c'est d'appropriation à appropriation des technologies que les langues africaines s'universalisent et peuvent se substituer intégralement aux langues coloniales dans l'éducation. Mais en attendant l'administration devra faire l'effort d'intégrer les langues nationales dans ses moyens de communication. Ce qui n'est pas hors de portée. Il s'agit à partir des centres de productions artisanales et ou de manufactures et selon les secteurs d'activités (agriculture, élevage, pêche, cordonnerie, forge, tissage, bijouterie, …) de réaliser sur place des concentrations verticales des petites unités de productions œuvrant à la transformation des matières en produits finis ou semi-finis. Entre autres unités de productions: des petites unités agro-industrielles alimentaires; des conserveries des produits de l'élevage (viande, lait), des boissons gazeux à partir des jus de fruits locaux (tamarin, zaban, dabléni,…), des unités pour la transformation des produits secondaires de l'élevage (peau, corne) en produits finis, la transformation des matières premières (mil, sorgho, maïs, riz, igname, patate,…) en produits finis de consommation et les accessoires en aliments bétail, des usines de sac de dah mieux adaptées à l'environnement que les sacs plastiques… Des "taxes de protection" restent des mesures d'accompagnement indispensables dans le pire des cas. Ainsi la transformation des matières premières au niveau de chaque unité industrielle de la chaîne de production verticale dégage de bénéfices mais crée aussi des emplois. Cette structuration permet aussi une meilleure répartition des ressources tirées de l'économie entre les différents acteurs. Elle permet aussi la création d'un marché interne en rendant possible l'amélioration du pouvoir d'achat des agents économiques. Le propre de cette structuration est de satisfaire aux deux principes de base de l'économie à savoir la production et la répartition des ressources. Le bénéfice a tiré de ce type de développement reste évidemment une meilleure répartition de la population sur l'ensemble du territoire en maintenant les populations rurales productrices sur leur sol, dans leurs localités. C'est également ce type de développement qui permet de lutter contre la pauvreté. Il permet aussi de lutter contre l'un des fléaux de ces temps qui courent: l'exode rural qui conduit à l'urbanisation sauvage.

Le phénomène d'urbanisation est à la fois la conséquence mais aussi l'un des principaux facteurs du sous-développement. L'urbanisation sauvage provoque le démantèlement du tissu économique local et la désagrégation du monde rural. Mais au-delà du drame de misère, de déracinement, l'urbanisation s'accompagne de l'adoption d'une norme de consommation, ce qui ne peut que renforcer le déséquilibre des balances commerciales. Pour reprendre les propos de Basile Kossou :" Il ne serait pas excessif de penser que, dans l'esprit de l'Africain moderne, une ville moderne est une ville qui satisfait tous les goûts, tous les besoins, en offrant les produits les plus diversifiés dans les magasins spécialisés et grandes surfaces capables d'afficher régulièrement un tableau de nouveaux arrivages métropolitains. Bientôt la poubelle et le nombre de boîtes de conserve ouvertes et de bouchons qu'elle contient seront les indicateurs du niveau de développement". Il faut plutôt dire du niveau d'extraversion des populations. C'est seulement donc après avoir réalisé une économie culturellement structurée et dynamique que l'Afrique pourra s'imposer sur la scène internationale en contrôlant mieux les prix de ses ressources minières et agricoles ; à partir du moment où son économie est de moins en moins extravertie et de moins de moins dépendante fatalement de la vente de ses ressources minières et agricoles. Le cadre approprié pour ce faire reste la réalisation véritable de l'Union Africaine. En tout cas l'espoir est permis pourvu que les Africains fassent leurs cet adage : "Celui qui oublie d'où il vient, ignorera où il va"

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BIBLIOGRAPHIE:

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